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GENRE HAMINEA, Leacn. 1847 (1).
ANIMAL pouvant rentrer dans sa coquille; disque céphalique assez grand, tronqué en avant, légèrement bilobé en arrière ; au dessus des parties latérales du disque se trouvent des organes olfactifs lamelleux.
Veux à peine visibles, enfouis dans l'épaisseur des téguments du disque. Manteau recouvert par la coquille, très rudimentaire, si ce n’est dans sa région postérieure où il forme une sorte de lobe. La face plantaire du pied est un carré long ; les parapodies ou épipodes sont réfléchis sur la coquille et peuvent recouvrir avec le concours du lobe palléal la majeure partie de celle-ci.
Mâchoires petites, en forme de croissant ; sont constituées par de petits bâtonnets placés les uns contre les autres.
Radula formée d'un nombre variable de rangées ; chaque rangée possède une dent médiane, sur chaque côté de laquelle se trouve une dent intermédiaire, puis un grand nombre de dents latérales.
Gésier très musculeux, offrant trois grandes plaques cornées, de méme volume, ayant l'aspect de trilobites recourbés ; un peu en avant de ces trois plaques et entre elles se trouvent six petites plaques disposées par deux.
CoquiLLe ovale, ventrue, enroulée sur elle-même, n'offrant pas de spire; test calcaire assez délicat, plus ou moins translucide et recouvert d'un épiderme très mince. Ouverture aussi longue que la coquille; sommet non perforé, du moins offrant à peine la trace d'une perforation ; columelle lisse.
HAMINEA CORNEA, Lamarck.
ANIMAL oblong, complètement rétractile dans sa coquille; téguments d'une coloration générale noir violacé ou gris foncé, possédant un aspect velouté. Disque céphalique trapézoïde, bord antérieur le plus long, bord postérieur arrondi et bilobé. Manteau rudimentaire caché par la coquille, si ce n’est en arrière où il forme un lobe étendu qui se réfléchit en partie sur l'organe testacé. Pied occupant les deux tiers antérieurs de la longueur du corps ; parapodies assez grandes, se relevant sur les côtés de la région céphalique et surtout de la coquille.
Mächoires en forme de croissant et constituées par de petits bâtonnets prismatiques à quatre faces.
(1) Ce genre a été formé en 1847 par Leach; les mollusques qui le composent faisaient autrefois partie du genre Bla de Lamarck.
Radula ayant pour formule 55,1, 1,1, 55; les dents intermédiaires sont près de deux fois plus groses que les premières dents latérales.
Coquizce de forme bombée; extérieurement avec stries transversales accentuées et un peu onduleuses, intérieurement surface lisse. Coloration cornée hyaline chez les jeunes, cornée opaque chez les grosses; cette teinte est due à la présence d'un épiderme offrant un très grand nombre de petites bandes transversales jaunes rapprochées les unes des autres et qui recouvrent exactement les stries du test.
Lorsque ce mollusque est en marche, il a une forme beaucoup pius allongée que celle que nous lui avons donnée fig. 6.
La coloration de ses téguments est due à la présence dans l'épaisseur de ceux-ci, sous l’épiderme, d’une multitude de petits amas pigmentaires noir violet.
Le disque céphalique n’est pas soudé au corps dans toute son étendue, mais seulement dans sa moitié antérieure; le reste est libre, ce qui permet à l’animal de relever la région bifurquée et de la diriger en avant. Sur le milieu de cet organe, nous trouvons les yeux placés à peu de distance l’un de l’autre, chacun au centre de tissus à peu près incolores, ce qui permet de les distinguer assez bien malgré la teinte générale des téguments. Même sous les bords latéraux du disque céphalique, nous trouvons les organes olfactifs qui sont constitués chez ces mollusques par de petits feuillets placés les uns à la suite des autres, de chaque côté d’un axe médian et sur une certaine longueur; dans un précédent travail, nous avons figuré de profil un de ces organes (1).
Le manteau est peu développé chez ce mollusque; dans la majeure partie de son étendue, il se réduit à une mince pellicule qui recouvre la masse viscérale, pellicule protégée à son tour par la coquille; mais à sa partie postérieure, le manteau devient assez charnu et forme alors une expansion arrondie que de prime abord on serait tenté de considérer comme l'extrémité du pied. Cette expansion nous paraît être l’analogue du lobe palléal postèrieur de droite que l’on observe chez le Doridium Meckelii, mais qui serait privé de son flagellum; ce prolongement flagelliforme, qui fait toujours défaut aux espèces d’Haminea, se retrouve chez un type très voisin, l’Æera bullata, dont nous n’avons pu malheureusement étudier l’organisation.
Le pied, qui s'étend en avant jusqu’au dessous du bord antérieur du disque céphalique, s’élargit rapidement dans sa partie moyenne et produit ces deux expansions latérales, les parapodies, organes charnus, assez épais, impropres à la natation et qui relevés sur les côtes du corps protègent une bonne partie de la coquille.
(1) Reiberches anatomiques sur les Mollusques de la famille des Bullidés, PI. XII, fig. 6.
Lorsqu'on enlève la coquille et que l’on a eu le soin de fixer latéralement sur le fond de la cuvette à dissection les parapodies, on trouve vers le milieu du dos, en arrière du disque céphalique, l’orifice génital placé sur une sorte de petit mamelon ; de cet orifice part le sillon séminal qui contourne l’extrémité du disque, passe au dessous de l'organe olfactif de droite et arrive enfin à l'ouverture péniale. Cette dernière ouverture est située sur le côté droit de la tête, à peu de distance de la bouche,
La branchie est cachée par le rebord que forme le manteau du côté droit ; cet organe ne se montre pas à l’extérieur, même lorsque l'animal est dépouillé de sa coquille. L’anus est placé immédiatement en arrière de l’insertion branchiale.
Mächoires. — Ces organes en forme de croissant (fig. 9) occupent les parties latérale et supérieure de l'ouverture de la cavité buccale ; leur surface examinée au microscope sous un faible grossissement, présente l’aspect d’une mosaïque. Si on étudie leur constitution intime, on voit que les mâchoires sont formées par une multitude de bâtonnets cylindriques, accolés les uns aux autres et offrant l’aspect de disques empilés (fig. 10). Ces bâtonnets sont tous d’une belle teinte jaune d’ambre, foncé chez ceux qui occupent les bords antérieurs des mâchoires, parce qu’ils sont les plus anciennement formés.
Radula. — Cet organe lamelliforme, complètement étalé, est presque aussi large que long; il présente d'ordinaire de vingt-deux à vingt-huit rangées de dents de diverses sortes dont la formule est 55, 1, 1, 1, 55. Cette formule peut varier un peu dans le nombre de dents /atérales qui parfois arrive à soixante, d’autres fois n’atteint pas cinquante.
La dent médiane est de forme carrée trapézoïde et se recourbe en avant pour donner naissance à un fort crochet réfléchi, de chaque côté duquel nous trouvons un denticule (fig. 7). Les deux dents istermédiaires, de forme triangulaire avec un fort crochet falciforme réfléchi (fig. 7), se trouvent placées une de chaque côté du rachis, tournant la partie dentelée de leur crochet vers les dents /arérales : quant à ces dernières qui lui font immédiatement suite, elles n’ont pas toutes la même forme ; d’abord assez semblables à la dent zyfermédiaire, maïs un peu moins grosses et sans dentelures au bord externe du crochet, elles se modifient peu à peuet diminuent de volume, leur crochet de falciforme devient lamelleux, s'allonge et se relève peu à peu jusqu’à former presque un angle droit avec le corps de la dent.
Gésier. — Cet organe, que l’on supposait autrefois armé seulement de trois grandes plaques en forme d’écusson d’armoiries, comme le disait Cuvier, possède
en outre six lamelles chitino-cornées que nous avons signalées et décrites dans un précédent travail (1); dans le dessin que nous donnons ici (fig. 11) de l’ensemble de l’armature stomacale, l’on voit, entre deux grandes plaques consécutives et un peu en avant, deux de ces lamelles implantées l’une à côté de l’autre par une de leur extrémité.
Coquille. — La coquille toujours fragile est ovale-globuleuse, ventrue, enroulée sur elle-même, n’offrant jamais de spire concave au fond d’une espèce d’ombilic, comme on l’observe chez les Bulla. Son test calcaire, translucide et un peu flexible chez les jeunes individus, devient quelquefois opaque et alors résistant chez les gros. On remarque sur toute sa surface externe de nombreuses stries transversales, un peu onduleuses et fréquemment coupées par les stries d’accroissement (fig. 12); sa surface interne est complètement lisse. La coquille a une teinte jaune verdâtre, jaune ou jaune corné, suivant sa grosseur, la véritable teinte cornée, ne venant généralement que lorsque l’animal est bien adulte. La coloration est due aux bandes transversales jaunes que présente la couche épidermique granuleuse qui recouvre toute la surface externe de la coquille. Ces bandes colorées, loin de masquer les striations du test, les font au contraire ressortir, elles décrivent les mêmes simuosités qu’elles. Quant au reste de la surface épidermique, il offre une teinte jaune très pâle.
L'ouverture est de la longueur de la coquille; elle est assez large en avant, mais en arrière plus étroite ; columelle lisse ; le bord externe est simple et tranchant.
Cette espèce était autrefois très abondante dans les nouveaux ports de Marseille, près le bassin de radoub ; mais les derniers travaux que l’on a exécutés dans cette partie l’ont maintenant à peu près complètement chassée ainsi que la plupart des animaux et des algues qui vivaient en ce point. C'était dans des fonds de zostères et de vase (cinq à dix mètres de profondeur), qu'on la péchait.
Depuis on l’a trouvée plusieurs fois sur divers points du golfe de Marseille, mais jamais en abondance.
Nous l'avons aussi rencontrée deux fois dans la rade de Villefranche.
Mais les plus beaux exemplaires d’'Haminea cornea qu'il m'a été possible de me procurer, me viennent du golfe de Fos (fond de vase et de sable, à dix ou quinze mètres); les coquilles de ces individus sont le plus souvent opaques et présentent toujours une belle coloration jaune corné. Chez les vieux individus, l’épiderme se détachait facilement par place et laissait voir le test blanchâtre de la coquille. C’est à M. Honoré Martin, collectionneur bien connu dans le midi de la France, que je doistous mes exemplaires de cette dernière localité. RE Re Re RE
(1) Recherches anatomiques des Bullidés, p. 86. PI. XII. fig. 111, 112 et 113.
HAMINEA HYDATIS, Linné.
ANIMAL oblong, rétractile dans sa coquille. Disque céphalique presque triangulaire et profondément bifurqué en arrière. Manteau rudimentaire, si ce n'est postérieurement où il constitue un petit lobe charnu remontant contre la coquille. Pied avec parapodies développées seulement en avant du corps.
Mächoires assez étendues et en forme de croissant. Radula ayant pour formule 36, x, 1, 1, 36.
CoquiLLe #n peu moins bombée que celle de l'E. cornea, par suite proportionnellement plus allongée; test assez hyalin présentant des stries d'accroissement sensibles, mais pas de stries transversales. L’épiderme est granuleux, d'une teinte violacée plus ou moins pâle et sans la moindre trace de bandes transversales plus colorées.
Dimensions : longueur 8 millimètres, largeur maximum près de $ millim.
Comme on le voit, cette espèce s'éloigne fort peu de la précédente, aussi n’y a t-il rien d'étonnant que beaucoup de naturalistes l’aient prise pour un jeune individu de la cornea.
Nous donnons (fig. 13) le dessin grossi de l’un d’eux vu par la face dorsale. Les parapodies ne sont guère développées chez cet animal que sur les côtés de la région antérieure du corps; elles ne se prolongent pas en arrière jusqu’à venir se joindre avec le lobe charnu du manteau, comme cela a lieu chez l’AÆ. cornea.
Un peu en avant des mâchoires, nous avons remarqué, implantés contre les parois de la base de la trompe, une série de bâtonnets chitineux, de forme irrégulière et constituant en ce point un anneau complet. Nous avons déjà eu l’occasion de citer une disposition analogue chez un mollusque voisin, le Gaséropteron Meckelii (1).
Les dents de la radula n’offrent pas de différences avec celles de l’Æ. cornea, seule la dent médiane nous paraîtrait être un peu plus quadrangulaire. Il en est de même pour les trois grosses et les six petites plaques cornées du gésier.
Cette espèce se rencontre dans le golfe de Marseille, à quelque distance des côtes, par dix à trente mètres de profondeur, fonds coralligènes ou de zostères. Ces molluques dont la nourriture paraît être surtout herbivore (algues et feuilles de zostères), servent à leur tour de pâture à des Opistobranches plus gros. Ainsi l'unique individu de Doridium carnosum que nous avons pris dans ces fonds en
Voir nos Recherches anatomiques sur les Bullidés (p. 24 et fig. 17, PI. 2).
avril1884, a rejeté, quelques jours après sa capture, plusieurs exemplaires de cette espèce d’'Aaminea en partie digérés.
HAMINEA HYDATIS, variéTÉ ELEGANS, Leacn.
Cette toute petite espèce, à part ses dimensions plus minimes, ne se distingue de la véritable Aydatis que par sa coquille plus bombée, plus hyaline, qui, fraîche, a une teinte violacée assez intense, mais une fois sèche ne tarde pas à tourner au vert pâle.
GENRE ACERA, O.-F. MuLLer, 1776.
Synonymes : Eucamre, Leach, 1847.
ANIMAL éncomplètement rétractile dans sacoquille. Disque céphalique déprimé, long et étroit, tronqué en avant, atténué en arrière; yeux distincts, placés latéralement. Manteau rudimentaire, caché par la coquille, offrant sur son bord droit un renflement charnu plus développé en arrière, et remontant un peu contre la spire. Pied peu marqué, long et étroit ; parapodies très larges, se repliant sur la coquille et pouvant, au dessus de celle-ci, superposer leurs bords sur une certaine longueur.
Branchie placée sous le rebord charnu du manteau, assez en arrière de l'insertion de l'organe respiratoire ; orifice générateur un peu en avant et relié au pénis par un sillon longeant le flanc droit de l'animal.
Méchoires séparées, ovales et à surface réticulée.
Radula lamelleuse, étalée; dent centrale quadrangulaire avec sommet recourbé et dentelé; dents latérales nombreuses, recourbées et dentelées sur leur bord externe.
Gésier armé de plusieurs pièces (une douzaine), coniques, de nature cornée cartilagineuse.
CoquiLLe externe, imperforée, enroulée, mince et fragile, cornée, translucide et recouverte d'un épiderme. Spire tronquée, tours canaliculés; ouverture allongée, évasée en avant, rétrécie en arrière; bord externe mince, tranchant, arqué, disjoint à la suture où il forme un profond sinus.
ACERA BULLATA, Muzcer,
Synonymes : BuzLa aKERa, Gmelin.
BuzLa FRaGiLis, Lamarck, Blainville.
D'après la description de Meyer et Mobius, l'animal de l’Acera bullata offrirait
une coloration rougeâtre avec des taches ou ponctuations fauves ou blanches. Par suite du grand développement des parapodies, ce mollusque peut nager avec facilité, et dans la planche consacrée à cette espèce, les naturalistes allemands nous l'ont représenté dans diverses positions (fig. 10 à 16).
A la partie postérieure du corps et partant du rebord charnu du manteau, nous constatons la présence d'un flagellum filiforme plus long , mais plus grêle que celui que l’un constate chez le Gastropteron Meckelii et chez le Doridium membranaceum.
Cette espèce est excessivement rare dans le golfe de Marseille ; dans ces vingt dernières années, elle n’a été trouvée qu’une seule fois (en 1869). La coquille de cet individu se trouve dans la collection de la Faculté des Sciences, et par ces dimensions (environ 25 millimètres de longueur sur 16 millimètres de largeur) montre que l’on était tombé sur un exemplaire de forte taille.
À peu de distance du golfe de Marseille, près des embouchures du Rhône, dans le golfe de Fos, un collectionneur, M. Martin, des Martigues, a rencontré assez souvent l’Æcera bullata; elle se trouve sur des fonds de sable, à dix à quinze mètres de profondeur.
Vérany l’a aussi prise sur les côtes de Nice.
Cantraine l’a recueillie à Livourne, Ostie et dans le golfe de Cagliari.
En dehors de la Méditerranée, on constate que l’Æcera bullata a une aire géographique assez étendue; on la trouve sur les côtes océaniques de la France et des Iles Britanniques, sur les côtes de la Norwège et dans le golfe de Kiel.
FAMILLE DES SCAPHANDRIDÆ
Mollusques à disque céphalique sans tentacules, parapodies assez développées et épaisses. Radula multisériée, dent médiane petite et très caduque, dent intermédiaire forte et crochue, dents latérales absentes ou petites et unciformes.
Coquille externe très développée, enroulée et dans laquelle l’animal peut rentrer complètement.
GENRE SCAPHANDER, MonTrorT, 1810.
Synonymes : AssuLa, Schumacher, 1817.
ANIMAL possédant un corps non complètement rétractile dans sa coquille. Disque céphalique charnu, simple, quadrangulaire, un peu échancré en avant ; manteau rudimentaire recouvert en entier par la coquille; pied très musculeux, ne s'étendant pas tout à fait jusqu'à l'extrémité postérieure du corps, formant latéralement deux expansions très charnues, les parapodies, qui sont un peu relevées sur les côtés.
Branchie triangulaire, placée un peu en arrière, sous le bord droit du manteau et par suite de la coquille. L'orifice anal est situé immédiatement après le point d'insertion de la branchie, l'orifice génital un peu en avant; ce dernier orifice est relié à l'ouverture péniale par un sillon qui longe tout le côté droit de l'animal.
Mächoires nulles. Radula trisériée (formule 1, 1,1), dent médiane petite et quadrangulaire, dents latérales grandes et à sommet crochu.
Gésier armé de trois plaques calcaires, deux latérales grandes, symétriques et subtrigones, une médiane petite et comprimée.
CoquiLLe externe, enroulée, munie d'un épiderme et à spire cachée ; ouverture très grande occupant toute la longueur de la coquille, dilatée en avant, rétrécie , en arrière. Bord externe tranchant, pas de columelle.
SCAPHANDER LIGNARIUS, Linré.
ANIMAL à téguments charnus et résistants, d'un blanc jaunätre uniforme. Mächoires nulles. Radula allongée et étroite ayant pour formule 1, 1,1.
Gésier composé de trois plaques calcaires, fort épaisses, d'une teinte jaune plus ou moins foncé au centre de leur face interne, blanc laiteux dans tout le reste de leur étendue; deux de ces plaques, disposées symétriquement, sont triangulaires à angles arrondis; quant à la troisième, placée sur le côté droit du gésier, entre les deux précédentes, elle est petite et très comprimée.
CoquiLLe jaune avec raies transversales d'un jaune beaucoup plus accentué, parfois
presque brun.
Le disque céphalique, fort épais, est un peu trapézoïde; sa grande base dirigée en avant, présente en son milieu un enfoncement qui la divise en deux parties symétriques; sa petite base régulière est ordinairement cachée par le bord antérieur de la coquille; ses bords latéraux offrent une légère concavité au dessous de laquelle nous trouvons de chaque côté du corps un de ces organes olfactifs rudimentaires, ici représentés par une simple bandelette arrondie à ses deux extrémités et offrant pour toute différenciation tégumentaire qu'une teinte jaune orangée assez marquée.
Les yeux ne sont nullement visibles à l'extérieur.
Si les téguments dorsaux antérieurs sont très développés, il n’en est pasde méme pour ceux qui recouvrent la masse viscérale; c’est à la présence d’une coquille externe très développée que doit être attribué cet état rudimentaire du wanteau. Celui-ci est en effet réduit à une membrane transparente qui s’épaissit un peu le long de ses bords antérieur et latéral de droite. Sur l'animal muni de sa coquille il n’est jamais possible d’apercevoir le manteau; aussi, pour montrer celui-ci dans notre figure 1 5,avons-nous été obligé de représenter ce mollusque sans son organe protecteur.
Le pied est au moins aussi charnu que les téguments céphaliques; cette disposition ne permet à l'animal d’adhérer que fort peu à la surface des corps sur lesquels il chemine. Le bord antérieur du pied dépasse un peu l’orifice buccal et sa forme est convexe, comme on peut le voir sur notre figure 15; en arrière il s'arrête vers le milieu de la masse viscérale, suivant une ligne à peu près droite. Le pied se trouve donc être moins long que chez les Haminea.
Sur les côtés, en se relevant, il forme deux parapodies peu étendues, mais charnues et très épaisses.
La branchie occupe une espèce de cavité assez allongée, située sur le côté droit de l'animal et formée par le bord du manteau et la parapodie de ce côté.
L’anus est placé en arrière du point d'insertion de l'organe respiratoire; l'orifice génital un peu en avant. De ce dernier part le sillon séminal qui, passant à égale distance du bord du disque céphalique et de la parapodie droite, vient
aboutir à l’orifice pénial. L’organe copulateur est peu développé, inerme, il présente seulement de nombreuses papilles charnues à son sommet.
Lorsqu'on tracasse un peu trop un individu du Scaphander lignarius, où bien dès que. l’on commence à fendre ses téguments pour étudier son organisation, On le voit laisser échapper une substance floconneuse d’un blanc jaune de soufre, de consistance visqueuse, qui se dissout dans l’eau en lui donnant l'aspect d’une eau de savon. Cette sécrétion, parfois très abondante, est produite par de petits amas glandulaires contenus dans l'épaisseur du bord du manteau ; elle doit servir, croyons-nous, à protéger l'animal en troublant l’eau autour de lui et aussi en communiquant au liquide ambiant une certaine âcreté désagréable à ses ennemis. Chez l'Umbrella, nous avons trouvé une glande analogue, occupant l'épaisseur des téguments palléaux et devant jouer le même rôle.
Mächoires et Radula.— On ne trouve pas de trace de mâchoires chez le Scaphander lignarius. Quant à la radula, elle est rubanée et présente d'ordinaire une quarantaine de rangées de dents. Chaque rangée se compose d’une dent médiane (fig. 16) quadrangulaire (1), très petite de chaque côté de laquelle nous trouvons une forte dent intermédiaire. Celle-ci, en forme de crochet lamelleux, d’une coloration jaune d’ambre très foncé, parfois presque noir, dirige son bord concave et lisse vers la ligne médiane, tandis que son autre bord, ou côté postéro-externe de la partie lamelleuse, présente de nombreux petits denticules dans toute son étendue (fig. 17).
Nous avons vu assez souvent, en dehors des dents intermédiaires, sur les bords de la radula, de petits dépôts chitineux, ayant parfois la forme de dents atrophiées; ces organes, que nous avons signalés et figurés (PI. 10, fig. 93 et 94) dans un précédent travail sur l’Anatomie de quelques Bullidés, pourraient bien être les homologues des uncinis ou dents latérales que l’on trouve chez certaines espèces de Philine. En effet, chez ces derniers Mollusques, nous passons par toutes les phases du développement des uncinis ; absents chez la Philine aperta, ces petits organes apparaissent assez rudimentaires, et un de chaque côté chez les Phil. catena, scabra, Loveni….; puis nous en trouvons deux plus développés, chez la Philine quadrata, et chez les Ph. pruinosa et flexuosa, elles atteignent pres-
(:) Cette dent wédiare échappe souvent à l'observateur, parce que chez le Scaphander lignarius, les deux rangées longitudinales de dents intermédiaires, à peine sorties du fourreau, s’écartent considérablement l’une de l’autre, entrainant bien à droite ou à gauche les dents médianes; maïs celles-ci, par suite de leur délicatesse et de leur peu d’adhérence sur la membrane radulaire, ne tardent par à tomber; aussi est-on obligé, pour bien constater leur présence, d'examiner surtout avec soin la partie de la
radula conte nue dans le fourreau.
que la moitié de la grosseur des dents intermédiaires et sont au nombre de six de chaque côté.
Gésier. — II n'existe pas de mollusques avec une armature stomacale aussi forte que celle que présente la Scaphander lignarius. Nous trouvons, en effet, chez cet animal, deux grandes plaques calcaires, très épaisses, de forme triangulaire (triangle à sommets arrondis et côtés peu inégaux), placées symétriquement; entre ces deux plaques, un peu au dessous du point d'entrée de l'œsophage, une troisième plaque, de même nature, mais beaucoup plus petite, allongée et très comprimée latéralement. Parfois cette petite plaque est divisée transversalement en deux parties distinctes, mais cette particularité nous paraît être tout à fait accidentelle.
La partie centrale de la face interne de ces trois plaques blanchâtres est couverte de rugosités; autour de cette portion rugueuse, on observe toujours un liséré jaune plus ou moins large,
On comprend facilement qu’un animal avec une semblable armature stomacale, puisse se nourrir presque exclusivement de vers ou de molluques, protégés euxmêmes par une enveloppe calcaire. Aïnsi dans le gésier de la plupart des Scaphander que nous avions à notre disposition (en 1878 et 1879, quand nous poursuivions nos recherches sur l’anatomie de ce mollusque), nous trouvions des débris de coquille de Turritella, laquelle ne protégeait pas le gastéropode qui l’a construite, mais un Géphyrien (une espèce de Phascolosoma) qui en avait fait sa demeure, soit en dévorant le propriétaire primitif, soit en prenant une coquille abandonnée.
Coguille. — Nous croyons inutile de revenir sur la description de la coquille, cet organe testacé étant aussi bien connu de tous les naturalistes que des conchyliologistes; nous nous contenterons de signaler la particularité suivante constatée chez des individus pris soit dans le golfe de Marseille, soit à Nice; leur coquille était souvent revêtue d’un épiderme jaune rouille, brunâtre, parfois presque noir, ayant une certaine épaisseur.
M. le professeur Marion, daus ces dragages au large des îles de Pomègue et Ratonneau (golfe de Marseille), a souvent pris une variété minor de cette espèce qui paraît n'habiter que ces fonds de gravier vaseux (100 à 200 mètres de profondeur).
Nous croyons devoir mettre les uns à la suite des autres, les trois genres Cylichna, Utriculus et Volvula, sans leur assigner une place spéciale dans une des
familles précédentes, vu le peu d’accord qui règne au sujet de leurs caractères distinctifs et de leur groupement entre les divers naturalistes qui s’en sont occupés. Il n'est pas douteux, croyons-nous, que l’on doive mettre ces mollusques dans le voisinage des PAilinide et surtout des Scaphandrideæ avec lesquels ils présentent de nombreuses analogies.
En rapprochant les genres Cylichna et Utriculus Yun de l’autre, nous suivons l’ordre adopté par M. G.-O. Sars, le naturaliste qui a le mieux étudié ces êtres. Dans son ouvrage sur les Mollusques des côtes de la Norwège, Sars, non seulement dans ses diagnoses génériques, précise les caractères principaux se rapportant aux animaux de ces deux types, mais il donne en outre, dans sa PI. XI, plusieurs figures de la région antérieure du tube digestif, et des détails de cette région du corps (mâchoires, radula et plaques stomacales).
Nous n'avons pu nous-même observer ces détails, n’ayant eu à notre disposition que des coquilles vides, trouvées en triant les sables ou les graviers coralligènes, pris en différents points, du golfe de Marseille ou de celui de Fos.
GENRE CYLICHNA, Love, 1846.
Synonymes : BuzLa, de tous les anciens auteurs.
ANIMAL rétractile dans sa coquille, disque frontal déprimé ; pied allongé. Michoires rudimentaires ; radula rubanée; chaque rangée composée d'une dent médiane petite et bilobée ; d’une dent latérale grande, unciforme et dentelée sur son bord concave; dents marginales ou uncinis, petites et crochues, en nombre variable suivant les espèces.
Gésier muni de trois plaques calcaires, ovales ou un peu triangulaires et à surface interne lisse.
CoquiLLe externe plus ou moins cylindrique, enroulée et tronquée en arrière ; spire cachée et enfoncée; ouverture de toute la longueur de la coquille, dilatée en avant, étroite en arrière ; columelle lisse ou avec un pli peu marqué.
CYLICHNA DIAPHANA.
CoquiLee blanche, ventrue au milieu, atténuée à ces deux extrémités. Surface externe lisse, mais offrant en avant six à sept stries transversales accentuées et seulement trois à quatre en arrière.
Cette espèce a été trouvée quelquefois dans les graviers des fonds coralligènes
du golfe de Marseille.
GENRE UTRICULUS, Brown, 1846.
ANiMAL rétractile dans sa coquille; disque céphalique déprimé, bilobé en arrière; pied ne formant pas de parapodies sur les côtés du corps. Mächoires et radula nulles ; gésier présentant trois plaques elliptiques, de nature cornée, hérissées de pointes à leur face interne. Coouiire plus ou moins cylindrique, à spire saillante on enfoncée ; ouverture de toute la longueur de la coquille, plus ou moins dilatée en avant, étroite en arrière; columelle lisse avec un pli plus ou moins distinct.
UTRICULUS TRUNÇCATULUS, BRUGUIÈRE.
Synonymes : BuLLa seMmisuLcaTa, Philippi.
CoouiLee cylindro-conique, près de trois fois plus longue que large, blanchätre avec une bande transversale très hyaline en avant du milieu de la coquille; stries d'accroissement très sensibles ; spire profondément enfoncée ; ouverture étroite dens ses deux tiers postérieurs, assez élargie en avant; columelle avec un pli plus ou moins distinct. Longueur 4 millimètres.
On trouve assez souvent cette espèce dans les sables voisins des fonds coralli-
gènes.
UTRICULUS OBTUSUS, MoxraGu, var. Minor.
Coquizee cylindrique, blanche, à stries d'accroissement sensibles ; spire un peu Q J que, > ; enfoncée ; ouverture très étroite, si ce n'est en avant; columelle avec un petit pli. Longueur 2 millimètres.
Une variété venant du golfe de Fos, plus petite que la précédente et d’une teinte fauve hyaline, présente une spire un peu proéminente.
UTRICULUS UMBILICATUS, Moxracu.
CoquiLee oblongue cylindrique, un peu ventrue, blanche hyaline, à stries d'accroissement peu visibles ; spire enfoncée ; ouverture étroite en arrière ; élargie en avant; columelle avec un pli peu sensible. Longueur 3 millimètres.
Des graviers des fonds coralligènes des golfes de Marseille et de Fos.
UTRICULUS NITIDUEUS, Loven.
CoquiLLe oblongue cylindrique, légèrement conique, blanchätre, à stries d'accroissement sensibles; spire enfoncée; ouverture étroite dans ses deux tiers postérieurs, élargie en avant, columelle lisse. Longueur 2 millimètres.
Un seul individu pris dans les sables du golfe de Marseille.
GENRE VOLVULA, À. ADams, 1850.
ANIMAL rétractile dans sa coquille; disque céphalique subquadrangulaire, bifurqué en arrière; pied ne formant pas de parapodies sur les côtés.
CoquiLce subcylindrique, enroulée, rostrée à ses deux extrémités; spire non visible. Ouverture allongée, plus large en avant; bord externe simple; columelle avec un pli peu accusé.
VOLVULA ACUMINATA, BruGuière
CoquiLee en forme de grain d'avoine, blanchätre et très hyaline, à surface externe lisse; pli columellaire peu sensible. Longueur environ 3 millimètres.
Cette petite espèce, très élégante, a été prise quelquefois dans les sables voisins des fonds coralligènes de Marseille,
FAMILLE DES PHILINIDÆ
Mollusques à disque céphalique sans tentacules et à parapodies plus ou moins étendues et généralement épaisses. Radula multisériée, sans dent centrale ; dent intermédiaire, grande et unguiforme, dents latérales petites, peu nombreuses ou absentes.
Coquille interne, cachée par le manteau et ne recouvrant qu’une partie des viscères.
GENRE PHILINE, Ascanius, 1772.
Synonymes : Logaria, Muller, 1776.
Buzzæœa, Lamarck, 1801.
Laoma, A. Adams, 1865.
UrricuLopsis, SaRs, 1870.
ANIMAL ovale; disque céphalique grand, de forme variable, mais toujours plus long que large. Manteau contenant dans son épaisseur une coquille. Pied occupant les deux tiers antérieurs de la longueur du corps, se relevant sur les côtés pour former des parapodies peu étendues, mais très charnues.
Mächoires nulles; radula rubanée, n’offrant pas de dent médiane, mais possédant de chaque côté du rachis inerme, une forte dent intermédiaire et de o à 6 dents latérales; gésier le plus souvent armé de trois plaques calcaires égales ou tnégales.
CoquiLLe enroulée, imperforée, blanche, de forme de sculpture différente suivant les espèces ; spire d'ordinaire-distincte, mais courte. Ouverture très large surtout en avant ; bord simple et tranchant, columelle mince, aiguë et incurvée.
Comme nous le disions dans un précédent travail (1), les mollusques appartenant au genre Philine doivent servir de type dans le grand groupe des Bulléens, pour la netteté des divisions du corps; en effet, la face dorsale de ces êtres présente toujours quatre parties bien distinctes: une antérieure, le disque céphalique, une postérieure, le manteau, et deux latérales, les parapodies. Ces diverses parties peuvent bien subir, suivant les espèces, quelques variations dans leur forme
(1) Recherches anatomiques sur les Bullidés, p. 75.
générale, leur longueur relative ou leur épaisseur, mais ces variations ne sont jamais bien grandes et la division en quatre de la face dorsale est toujours nettement accusée.
Nous ne croyons pas devoir adopter les subdivisions créées par plusieurs naturalistes dans le genre Philine, tant que l’on ne connaîtra pas mieux l'anatomie de ces diverses espèces. M. ©. Sars, qui est celui qui s’en est occupé de la manière la plus approfondie, a signalé dans les espèces de ce genre, en dehors des caractères tirés de la coquille, de nombreuses variations dans les formules de la radula, dans l'existence ou la non existence des plaques du gésier. Nous-même, en parlant de la PA. catena, nous ferons connaître quelques particularités anatomiques, qui montrent combien une étude sérieuse de ces petits mollusques serait nécessaire, pour établir des divisions naturelles parmi les Philine ou créer même de nouveaux genres.
Nous allons donner maintenant la description des trois espèces que nous avons eues du golfe de Marseille ou de la rade de Villefranche.
PHILINE APERTA, Linné
ANIMAL convexe, ovale, tronqué à ses deux extrémités, surtout en arrière; téguments d'une coloration blanche laiteuse un peu hyaline. Disque céphalique trapézoïde. Pied arrondi en avant, légèrement échancré en arrière, muni de parapodies peu relevées et très épaisses.
Radula ayant pour formule x, O, 1. Gésier armé de trois plaques inégales, deux latérales, grandes et un peu triangulaires, une inférieure, trois fois plus petite et un en forme de losange.
CoquiLiLe d'une forme ovalaire très large, blanche hyaline, à stries d'accroissement marquées; spire petite et un peu enfoncée; la face interne présente un aspect irisé dû à la présence de fines granulations ; ouverture très grande surtout en avant, bord simple et tranchant, columelle lisse.
Cette espèce, que l’on rencontre dans toutes les mers européennes, est abondantes sur nos côtes; nous l'avons prise souvent en différents points du golfe de Marseille, surtout dans les fonds de sable vaseux. M. Martin la trouvait fréquemment dans le golfe de Fos, et notre ami, le docteur Jules Barrois, directeur de la station zoologique de Villefranche, l’a pêchée quelquefois à l'entrée de la rade de cette dernière localité.
Nous donnons, PI. 1 (fig. 18 à 21) un dessin de ce mollusque un peu contracté, vu par la face dorsale, puis d’une dent de la radula, d’une des deux grandes plaques stomacales et de la petite plaque.
Nous n'avons jamais pu assister à la ponte de cette espèce etexaminer par suite les premières phases du développement de leur œufs, comme ont pu le faire M. Lacaze-Duthiers à la station zoologique de Roscoff, et MM. Meyer et Mobius à Kiel. D’après les observations de ces naturalistes, cette PAiline produit une masse glaireuse sphérique, au centre de laquelle on remarque un ruban nidamentaire, enroulé irrégulièrement sur lui-même.
Nous n'avons rien à ajouter à la diagnose spécifique de la Philine aperta ; pour ce qui est de la connaissance de son organisation, nous renverrons le lecteur aux travaux relativement récents de Lacaze-Duthiers, Jhering, Vayssière.
PHILINE MONTEROSATI {1}, Gw. Jerrreys. /» litter.
Pine MonrerosaTi, Monterosato, Nomenclatura generica e specifica di alcune conchiglie Mediterranes
Pie Monterosari, Marion, Cowsidérations sur les Faunes profondes de la Méditerranée.
ANIMAL
CoquiLee fragile, d'un blanc laiteux très hyalin, de forme ovale, un peu plus longue que large et très dilatée en son milieu ; spire à peine distincte et légèrement enfoncée. Ouverture très grande, un peu arrondie, tronquée en avant ; bord externe convexe, formant en arrière un prolongement très marqué, qui se relève vers la columelle en s’arrondissant.
À sa surface externe elle présente sous son épiderme très délicat, des stries transversales, moniliformes, à éminences irrégulières.
Cette espèce a été trouvée par M. le professeur: Marion, dans des dragages effectués au large du golfe de Marseille; elle habiterait les fonds vaseux, par plus de trois cents mètres de profondeur.
Pour cette espèce, ainsi que pour les Philine scutulum, quadrata, …. M. le marquis de Monterosato a créé, dans sa Nomenclatura generica e specifica di alcune conchiglie Mediterraneo, une nouvelle section qu’il a nommée Ossiania, en l’honneur du professeur Ossian Sars; il place dans cette section les PAiline ayant « une ouverture ample, subquadrangulaire et une sculpture spirale, linéaire et très fine ». Comme nous l'avons déjà dit plus haut, nous ne croyons pas devoir adopter de divisions dans le genre PAiline, tant que l’organisation de la plupart des espèces ne sera pas plus connue.
(1) Cette espèce a été créée, il y a déjà quelques années par M. Jeffreys, mais sa diagnose n’a pas été encore pub.iée par son auteur. Celle que nous donnons a été établie par nous, d’après les deux coquilles prises dans notre golfe et que M.le marquis de Monterosato nous a assuré appartenir bien
à l'espèce signalée par Jeffreys.
Nous donnons dans notre première planche (fig. 22-23), le dessin de la coquille, vue sur ses deux faces; quant à notre figure 24, elle représente un fragment grossi de cette coquille pour montrer les détails d’ornementation de sa face externe. Comme nous le disons dans notre diagnose, les nodosités qui constituent les stries transversales n’affectent pas ici la forme un peu en losange de celles des PA. catena, Lovenii, lima, scabra.….., elles sont toutes plus ou moins irrégulières.
Nous regrettons de ne pouvoir rien dire de l'animal; car, sauf la petite plaque du gésier d’un individu, nous n’avons eu à notre disposition que les coquilles. Cette petite plaque en forme de losange serait plane et non incurvée comme celle de la PA. aperta, que nous représentons (fig. 20); à sa face externe elle offre près de ses bords, comme particularité, un sillon faisant le tour de la plaque.
PHILINE CATENA, Moxracu.
ANIMAL oblong, assez allongé, avec téguments d'une coloration grisätre, plus pale à la face inférieure qu'à la face dorsale. Disque céphalique grand, allongé et de forme quadrangulaire; manteau petit, mince et se terminant en arrière par un bord convexe, au dessous duquel se trouvent deux prolongements. Pied ayant les 4/5 de la longueur du corps, arrondi en avant, tronqué en arrière, se relevant sur les côtés pour former des parapodies peu épaisses et peu étendues.
Radula ayant pour formule 1,1,0,1, 1; gésier armé de trois grandes plaques cornées calcaires, égales, de forme ovale allongée et à contours irréguliers.
Coquize fragile, translucide, oblongue et dilatée ; spire distincte, offrant près de trois tours. Ouverture grande, arrondie, tronquée antérieurement; bord externe droit, relevé un peu vers la columelle et formaut en ce point un angle arrondi; columelle avec un pli très marqué.
À sa surface externe, des stries transversales obliques, se dirigeant du sommet vers les bords; ces stries, nettement séparées, sont constituées par de petites éminences calcaires, en forme de losange, et placées les unes à la suite des autres.
Nous avons eu plusieurs fois des individus appartenant à cette espèce, ils provenaient des fonds coralligènes (vingt à trente mètres de profondeur) situés entre la côte et les îles.
Leurs dimensions variaient de quatre à douze millimètres de longueur sur 1,5 à cinq millimètres de largeur.
La coloration des tégumentsétait jaune pâle avec ponctuations grisâtres chez les jeunes, uniformément gris verdâtre chez les autres; la teinte est toujours beaucoup plus pâle à la face ventrale.
Si on examine au microscope un débris des téguments dorsaux, on remarque que leur coloration grise est due à la présence d’une multitude de ponctuations pigmentaires brun verdâtre disséminées sous l'épiderme.
Nous avons remarqué chez quelques-uns de nos individus une bande ou raie longitudinale, d’une teinte brun foncé, divisant en deux le disque céphalique; cette bande est souvent interrompue en plusieurs points.
Le disque céphalique est très développé chez la Philine catena,il occupe les 2/3 antérieurs de la partie du corps; sa forme est un quadrilatère, très allongé, légerement incurvé en avant.
Les téguments du manteau offrent une épaisseur bien moindre que ceux du disque céphalique; aussi peut-on deviner par transparence, non seulement la forme de la coquille, mais même la diposition et presque la structure des stries de celleci. Nous avons tâché de reproduire cet aspect dans notre dessin (fig. 25). Les téguments palléaux se terminent en arrière par un bord convexe, un peu au dessous duquel nous avons deux prolongements charnus, que l’on peut prendre pour le bord postérieur du pied lorsque l’animal est contracté.
Le pied n’occupe que les 4/5 de la longueur du corps, comme il est facile de s’en assurer en examinant la face ventrale de l’animal; c’est dans le milieu de la masse viscérale qu'il s'arrête en formant un bord postérieur oblique allant de gauche à droite; son bord antérieur s’avance jusqu’à l’orifice buccal. Sur les côtés, les téguments pédieux se relèvent pour former les parapodies; celles-ci sont un peu inégales, par suite de la direction oblique du bord postérieur de cet organe; la parapodie de droite est plus développée en longueur et en largeur que celle de gauche.
Nous ne reviendrons pas sur la description de la coquille, la diagnose et les deux dessins que nous donnons (fig. 26 et 27) indiquant suffisamment les caractères de celle-ci; nous ferons observer seulement que le bord externe de nos exemplaires n’était jamais un peu concave, comme celui de la coquille figurée par M. Sars, au contraire il était plutôt légèrement convexe.
Ayant eu à notre disposition plusieurs individus vivants de cette espèce, il nous a été possible d’en étudier quelque peu l’organisation et surtout d’en observer les différences anatomiques qui existent entre ces petits mollusqueset la PAiline aperta.
Le tube digestif n'offre de différences à signaler que dans la structure de la radula, des plaques stomacales et des glandes salivaires.
Les glandes salivaires sont proportionnellement plus développées en longueur et en largeur que celles de la PA. aperta.
La radula est rubanée et se compose d'environ une trentaine de rangées de dents. Chaque rangée est constituée par quatre dents, deux de chaque côté d’un intervalle rachidien assez grand ; la première dent, à partir de cet intervalle,
nl
est très forte, à base large, sommet très recourbé (fig. 28 # et 29); son bord concave présente sur plus de la moitié de son étendue de nombreux petits denticules. Par sa position, cet organe peut être considéré comme étant une dentirfermédiaire, tandis que la dent que l’on trouve en dehors de celle-ci, serait une dent larérale (marginale ou uncini de divers auteurs); elle est beaucoup plus petite que l’intermédiaire, son extrémité libre est droite et sa base assez large (fig. 28 / et 29).
Le gésier est armé de trois grosses plaques cartilagino-calcaires ; dans la constitution de ces plaques, il entre peu de sels de chaux; les substances organiques prédominent, ce qui leur donne une consistance un peu molle et une teinte cornée. Ces plaques sont toutes les trois de même grosseur et de même forme, elles sont tantôt ovales allongées (fig. 30), tantôt triangulaires à angles très arrondis.
Examinées par leur face interne, elles montrent de nombreuses striations, allant de la partie centrale vers les bords ; ces striations sont un peu sinueuses, par suite de fréquentes interruptions, occasionnées par les stries circulaires d’accroissement; au centre même de ces plaques nous voyons sur une certaine étendue une surface rugueuse.
Chez un de nos individus, nous avons observé dans le gésier, en avant des grosses plaques stomacales, trois petites lames de même nature.
Nous avons presque toujours trouvé dans l’intérieur du tube digestif de cette espèce de PAiline des Diatomées assez grosses et des Foraminifères ; ces êtres semblent former la base de leur nourriture.
L'organe copulateur s'éloigne par sa structure de celui de la PA. aperta. Il se compose d’une partie renflée très volumineuse, que l’on peut regarder comme la gaine péniale; à la base de celle-ci se trouve un tube d’abord d’un fort calibre (fig. 31 «) à parois épaisses et cassantes, qui ne tarde pas à diminuer de volume, jusqu’à devenir près de trois fois moins large. Alors, sur les côtés de cette région étroite et sur une certaine longueur (fig. 31 5), viennent s’insérer vingt à vingt-cinq corps fusiformes, mamelonnés à leur surface, et présentant un canal central. Ces corps sont terminés à leur partie libre par un léger renflement qui, vu sous un fort grossissement, montre un orifice mettant en communication leur canal central avec la cavité générale du corps (fig. 34). Nous avons pu nous assurer que cette communication avec la cavité générale existait bien chez tous ces corps; car, en observant les organes d’un animal frais, on pouvait voir, comme nous l’avons représenté dans notre figure 34, des cils vibratiles faisant mouvoir à l’intérieur des canaux de petits corpuscules hyalins, qui étaient projetés en dehors par cet orifice. Quel est le but de cette communication avec la cavité générale du corps et est-ce bien à des glandes prostatiques que nous avons affaire ? Nous ne pouvons le dire.
Chez un de nos individus, l'organe glandulaire en tubes offrait une disposition
un peu différente (fig. 33) ; les tubes ou corps fusiformes, au lieu d’être disposés latéralement sur une certaine longueur du conduit excréteur, étaient tous insérés au même point.
Quant au pénis, il est cylindrique (fig. 31 p), replié sur lui-même et terminé par un fort crochet chitineux, que traverse dans toute sa longueur le canal spermatique. Nous avons dessiné séparément et plus grossie (fig. 32) l'extrémité du pénis, avec son crochet pour montrer la marche du canal.
I] nous reste à dire un mot du système nerveux.
Le collier æsophagien est constitué par deux ganglions cérébroïdes un peu ovoides, reliés l’un à l’autre par une commissure sus-æsophagienne assez longue ; des deux ganglions pédieux de forme sphérique et sur le bord postéro-externe desquels se trouvent les otocystes ; et enfin de ganglions viscéraux, du côté droit, au nombre de trois complètement distincts les uns des autres, et d’un seul assez volumineux du côté gauche. Nous voyons donc une différence assez marquée entre la disposition et le nombre des ganglions viscéraux chez la PA. aperta et la PA. catena.
Quant aux organes des sens, ils offrent, eux aussi, quelques modifications. Chez la Ph. catena, les otocystes, d’une forme arrondie un peu ellipsoïdale, sont plus grands que chez la P#. aperta; les otolithes contenus dans ces organes sont petits et très nombreux.
Les nerfs optiques sont plus longs chez la PA. catena que ceux de l’aperta; cette particularité tient au développement des organes visuels. Tandis que chez la Ph. aperta les Yeux demeurent complètement enfoncés dans les téguments du disque céphalique et qu’il est impossible de les apercevoir au dehors ; chez la présente espèce ils offrent presque le même développement que chez les Haminea et viennent toujours se montrer à la surface du disque.
Teïis sont les quelques détails d'organisation que nous avons pu observer un peu grosso modo, sur les individus vivants ou conservés dans l'alcool, que nous avons disséqués; nous avons cru utile de les indiquer ici, pour montrer combien il serait indispensable de connaître l’organisation de toutes les espèces de PAiline pour pouvoir établir parmi elles des subdivisions naturelles.
FAMILLE DES GASTROPTERIDÆ
Mollusques à parapodies très développées, attachées au corps seulement par leur partie antérieure ; disque céphalique sans tentacules, manteau rudimentaire, se prolongeant du côté droit sous forme d’un flagellum. Radula multisériée, sans dent médiane, avec une forte dent intermédiaire de chaque côté du rachis et plusieurs dents latérales petites et aculéiformes.
Coquille nautiloïde, très petite, cachée sous les téguments palléaux.
GENRE GASTROPTERON (1), MECKkEL, 1813.
Synonymes : CLio, Kosse, 1813, Cuvier 1817 et Delle Chiaje, 1823. SarcoPTERUS, Rafinesque, 1814.
ParTHenopra, Oken, 1815.
AN1MAL ovale, bombé. Disque céphalique triangulaire, tronqué en avant, pointu en arrière. Manteau rudimentaire, peu épais, enveloppant comme un sac toute la masse viscérale; sur le côté droit il forme un rebord charnu, qui 5e prolonge postérieurement en un flagellum assez long. Pied en forme de semelle, dont la pointe serait dirigée en arrière, donnant naissance latéralement à deux grandes expansions horizontales, aliformes et très mobiles, les parapodies, qui peuvent en se recourbant au dessus du dos, envelopper tout le corps de l'animal.
Branchie semi-pennée, assez grande, libre sur ses deux tiers postérieurs et un peu protégée par le rebord charnu du manteau. En arrière de l'insertion branchiale, l'anus, en avant l'orifice vulvaire, qui est réuni à l'ouverture péniale (placé sur le côté droit de la tête) par un sillon assez marqué.
Méchoires lamelleuses, très rudimentaires, constituées par de petits bâtonnets chitineux de forme irrégulière. Radula lamelleuse ayant pour formule 5,1,0,1, 5. Estomac inerme.
CoquiLie presque microscopique, hyaline et calcaire, placée à l'extrémité postérieure d'une membrane transparente, sorte de cuticule qui occupe toute la cavité coquillière.
(1) On dit aussi Gasteropteron.
GASTROPTERON MECKELII, Kosse, 1813.
Synonymes : Crio Amari, Delle Chiaje, 1823.
AN1IMAL d'une coloration générale variant entre le rouge pourpre et le rose pâle, souvent avec quelques taches d'un blanc bleuâtre; sur le pourtour du disque céphalique et des parapodies, se trouve un liséré bleu irisé. La face ventrale du pied, proprement dit, est d’une couleur toujours plus pâle que celle du reste du corps.
Mächoires rudimentaires ; radula ayant pour formule 5,1, 0, À, 5.
CoquiLLe #icroscopique, calcaire et très hyaline.
Habitat. — Ce mollusque se trouve assez fréquemment dans le golfe de Marseille, par des fonds vaseux sablonneux, de soixante à cent vingt mètres de profondeur ; on le trouve surtout entre les îles de Pomègue et de Ratonneau et le phare de Planier. Les pêcheurs le prennent du côté de Carri, par soixante mètres, sur des fonds de même nature, On le rencontre aussi quelquefois, moins profondément, sur les limites des fonds coralligènes et de zostères.
Il a été trouvé plusieurs fois, par divers naturalistes, au large de Nice, près de l’entrée de la rade de Villefranche, et au large du port de Gènes.
Bien que nous ayons pu en conserver de nombreux exemplaires, pendant des semaines entières, dans de petits aquarium, il ne nous a jamais été possible de voir ces mollusques s’accoupler ; nous pouvons même dire que chez aucune de nos espèces de Bullidés, nous n’avons assisté à ce phénomène. Nous ne pouvons donc rien dire de la forme du ruban nidamentaire du Gastropteron Meckelii ni de ses œufs; ces derniers ont cependant été vus et un peu étudiés en 1860, par Krohn, qui a pu suivre les premières phases de leur développement.
Le Gastropteron nage avec assez de rapidité, grâce aux dimensions considérables des parapodies et à leur indépendance vis-à-vis du reste du corps (fig. 35). Ce mollusque pour nager agite simultanément ses parapodies de chaque côté et en les iriclinant postérieurement, tandis qu'il dirige sa tête en haut, en bas ou par côté, suivant le sens dans lequel il veut aller; la partie antérieure de son corps lui sert en quelque sorte de gouvernail. Lorsqu'il veut monter rapidement, on le voit agiter violemment ses parapodies et celles-ci, au lieu de décrire dans leur évolution un arc de cercle de go à 100 degrés, décrivent alors presque un arc de 180°, car à chaque coup donné par les parapodies, on voit leur bord venir se toucher alternativement au dessus et au dessous du corps de l’animal.
Mais l’animalne nage pas toujours et malgré l’état d’atrophie assez accentué
re de la face plantaire, il peut cependant ramper à la surface des corps sur lesquels il se trouve (pierres, sable, surface lisse comme celle d’un cristallisoir.…..) ; pour cela, il relève au dessous de son dos les expansions latérales de son pied et les fait même se croiser, chevaucher l’une sur l’autre (fig. 36) en laissant cependant une ouverture par laquelle sort le flagellum. Le disque céphalique, qui dans les autres positions de l'animal se trouve étalé sur le corps, sa pointe dirigée en arrière, est maintenant ramené en avant; sa pointe s’enroule et forme une espèce de tronc de cône creux. Cette partie du corps semble alors remplir le rôle des rkinophores, des Aplysies, car elle a l’air de flairer les objets qui se trouvent en avant du mollusque.
Le Gastropteron dans cette position rampe alors, mais lentement, cherchant sa nourriture de droite et de gauche sur les corps environnants; il contracte très peu d’adhérence avec ceux sur lesquels il se trouve et il lui serait impossible de monter ainsi le long des parois d’un cristallisoir, même lorsque celles-ci forment un plan un peu incliné.
On est étonné de trouver chez ce mollusque des organes visuels et olfactifs rudimentaires, en voyant l’agilité qu'il déploie lorsqu'il nage, jointe à la volonté qu'il semble mettre pour se diriger. Malgré une observation très attentive de toute la région céphalique, on ne peut distinguer les yeux ; ces organes sont complètement enfoncés dans l'épaisseur des téguments de cette région. Quant aux organes olfactifs, si développés sur les côtés de la région céphalique des Haininea, \s font totalement défaut au Gastropteron et cette fonction, comme nous l'avons dit précédemment, paraît être dévolue’ en partie au disque céphalique.
Ilserait difficile de confondre ce mollusque avec toute autre espèce de Bullidés; la présence de ces deux grandes parapodies presque indépendantes du reste du corps auquel elle ne sont retenues que par la partie antérieure, constitue le caractère le plus marquant. C’est cette disposition qui, lui donnant une vague ressemblance avec les Préropodes, avait amené certains naturalistes à le placer dans ce groupe et à en faire une espèce de Co.
Nous ne reviendrons pas sur les caractères externes de ce mollusque, les diagnoses générique et spécifique que nous donnons nous paraissent suffisantes ; pour la connaissance de son organisation interne, nous renvoyons le lecteur à la monographie que nous avons publiée en 1879-80 dans les Annales des Sciences Naturelles. Seulement nous terminerons ce paragraghe par quelques détails complémentaires sur la structure des #4choires, de la radula et de la coquille.
Méchoires. — Ces organes sont peu développés chez le Gastropteron Meckelii ; ils consistent en deux petites plaques lamelleuses, situées à la partie supérieure de
l’entrée de la cavité buccale, sur les côtés de la ligne #édiane. La surface externe
de ces plaques offre l'aspect d’une mosaïque, aspect dû à leur constitution ; elles sont en effet formées par de très petits bâtonnets chitineux, plus ou moins cylindriques, pressés les uns contre les autres. Ces bâtonnets sont tous d’une coloration jaune d’ambre.
En avant des #dchoires, c'est-à-dire vers la fin de la trompe, nous trouvons chez cette espèce un certain nombre de petites papilles chitineuses qui forment un anneau complet. Ces papilles, guère plus grosses que les bâtonnets des mächoires, sont de forme très irrégulière et d’une teinte jaune d’ambre pâle.
Radula. — La radula est constituée par une bande longitudinale deux fois plus longue que large; la moitié postérieure de cet organe enroulée sur elle-même longitudinalement, est contenue dans le fourreau, tandis que la moitié antérieure se trouve étalée sur le mamelon radulaire.— On observe d’ordinaire une quarantaine de rangées de dents; chaque rangée se compose de 12 dents dont la formule est 5, 1, 0, 4, 5. La dent wédiane fait toujours défaut et l’espace laissé entre les dents £nfermédiaires est toujours assez grand; dans l'étendue de ce rachis inerme, on trouve assez souvent de petites granulations chitineuses
Les dents r/ermédiaires ont comme forme beaucoup de ressemblance avec les dents de la radula de la PAiline aperta; elles sont quatre ou cinq fois plus grosses que les dents latérales ou uncini ; leur extrémité est assez crochue et leur bord concave dentelé dans toute sa partie médiane. Qnuat aux wxcini, elles sont proportionnellement plus grêles que les dents vtermédiaires, leur extrémité est moins recourbée et leur bord concave dépourvu de toute trace de dentelures.
Coquille. — Nous avons observé chez ce mollusque une cavité coquillière assez vaste, occupée dans toute son étendue par une fine pellicule, très hyaline, à ia partie postérieure de laquelle se trouve une véritable petite coquille nautiliforme.
L'existence de cette coquille presque microscopique (4 à 5 dixièmes de millimètre de diamètre) n'avait été signalée, avant la publication de notre monographie anatomique du Gastropteron Meckelii (1879), que par un seul naturaliste, Krohn, lequel en 1860 en donna dans les Ærchiv. fur Naturgesch. (1), une description accompagnée de deux figures au trait.
Quant à la membrane hyaline, elle avait été déjà observée antérieurement par plusieurs naturalistes, mais aucun d’eux n’en avait reconnu la signification anatomique.
La coquille est nautiliforme, hyaline et translucide ; son test rappelle celui de
(1) Kronn, Ueber und die Larven des Gastropteron Meckelii, p. 64-68.
no —
la coquille de la Carinaire. Elle décrit de un tour et demi à deux tours de spire, mais elle ne paraît être constituée que par le dernier tour, tant il est développé. Si on l’observe sous un très fort grossissement, on remarque de très fines stries transversales correspondant aux stries d’accroissement. Cette coquille se trouve à la partie postérieure de la masse hépatique qui envoie même un petit prolongement dans sa cavité ; par rapport à l’anus, elle est située un peu en arrière et à droite de cet orifice, sa convexité tournée vers le pied.
Du bord de l'ouverture de cette coquille et adhérant à ce bord, part la membrane coquillière qui en s’élargissant finit par recouvrir toute la face dorsale et une partie des côtés de la masse viscérale ; elle s’avance en avant jusqu’à l’extrémité antérieure de la cavité, presque sous la pointe du disque céphalique Il n'est pas douteux que cette membrane doive être considérée comme le prolongement de la cuticule externe de la coquille, cuticule sous laquelle ne s’est formé aucun dépôt calcaire.
FAMILLE DES DORIDIIDÆ
Mollusques à disque céphalique sans tentacules, à parapodies assez développées ; bulbe buccal dépourvu de #ächoires et de radula.
Coquille interne, petite et lamelleuse, cachée par les téguments palléaux.
GENRE DORIDIUM (1) Meckez, 1809
Synonymes : Acera, Cuvier.
ip. Lamarck, 1812.
AGLAJA, RENIER, 1804.
Logaria, Blainville, 18109.
Eiporxea, Risso, 1826.
PosreroBRANCHEA, d’Orbigny.
ANIMAL ovale-oblong, bombé. Disque céphalique tronqué en avant, atténué et plus ou moins en pointe en arrière; yeux cachés dans l'épaisseur des téguments du disque; organes olfactifs, d'aspect chagriné, placés un peu en dessous du disque sur les côtés du corps. Manteau charnu, formant postérieurement deux expansions membraneuses distinctes, ou se confondant l'une avec l'autre suivant les espèces, et pouvant présenter du côté gauche un flagellum assez court. Pied tronqué, arrondi en avant, obtus en arrière, plus ou moins de la longueur du corps ; parapodies assez développées, mobiles, se recourbant latéralement sur la face dorsale, sans pouvoir toutefois se rencontrer.
Branchie semi-pennée, placée à la partie postéro-droite du corps, ainsi que les orifices génital et anal; ouverture péniale située en avant, sur le côté droit, entre le disque céphalique et le pied, et relié à l'orifice génital par un sillon.
Pas de mâchoires et de radula ; gésier inerme.
CoquiiLe lamelleuse, petite, terminée en arrière par un nucléus spiral.
(1) Nous avons adopté la dénomination de Doridium bien qu’elle soit moins ancienne que celle de Aglaja donnée par Renier, parce que la première est généralement adoptée par tous les naturalistes. Ajoutons aussi que nous n’avons pu nous procurer le premier travail de Renier sur ce mollusque et que dans les (Osservazziont posrume di Zoclogia adriatica) les diagnoses des deux espèces citées ne nous paraissent pas suffisantes, Ces deux raisons nous ont fait préférer la dénomination de Meckel.
DORIDIUM CARNOSUM, Cuvier, 1817.
Synonymes : AGLAJA DEPICTA ? RENIER, 1804.
DoripiuM APLYSIFORMIS et carnosuM, Delle Chiaje, 1826. AcERa MARMORATA, Cantraine, 1840.
ANIMAL d'une coloration générale violacé noirâtre, d'un aspect velouté; les bords des parapodies, des lobes palléaux postérieurs ainsi que du disque céphalique offrent, même sur le tranchant, un liséré bleu tendre et en dedans, maïs distinct du précédent, un liséré jaune orangé. La membrane postérieure flottante du manteau nest pas divisée en deux lobes bien nets et n'offre pas de flagellum du côté gauche. Pied très grand, plus long que le corps qu'il dépasse un peu en arrière.
Coquizce lamelleuse, mais assez concave, à nuclêus spiral prononcé ; d'une teinte cornée un peu hyaline.
C'est le 21 avril 1884, que le patron pêcheur du Laboratoire a trouvé, dans des fonds de filet provenant du Canoubier, cette belle espèce de Doridium que l’on prend pour la première fois. Elle a été capturée sur des fonds de zostères, à vingt mètres de profondeur, entre le Canoubier et les Catalans.
Cet animal, qui n’est autre que la variété £. du Doridium carnosum représentée par Delle Chiaje, PI. CVIU, fig. 2, offre aussi de nombreuses analogies de forme et de coloration avec l’Acera marmorata que Cantraine a figuré, PI IL, fig. 2 et 2 4. Ces deux dessins laissant à désirer, tout en étant les meilleurs que nous ayons pu trouver de cette espèce de mollusque, nous en donnons ici une figure noire qui pourra, croyons-nous, donner une idée assez juste de cette espèce de Doridium (fig. 42.).
La longueur totale de notre individu variait de 48 à 60 millimètres suivant qu’il était au repos ou en marche, sa largeur maximum était d'environ 26 millimètres. Le disque céphalique avait près de 24 millimètres de longueur sur une largeur variant entre 12 et 22 millimètres (la partie la moins large étant en avant). La hauteur maximum du dos était de 16 à 18 millimètres.
La coloration fondamentale des téguments de cette espèce était d’un beau violacé noirâtre et d’un aspect velouté; les bords de tous les lobes sont lisérés de bleu tendre même surle tranchant, et en dedans de jaune orangé. Les deux bandes bleu et jaune sont toujours séparées l’une de l’autre par une bande violacée ayant un millimètre à un millimètre et demi de largeur; quant aux lisérés eux-mêmes, ils n’ont jamais plus de 5 à 6 dixièmes de millimètres.
A la surface supérieure ou dorsale du Doridium, nous avons, comme chez tous les types de Bullidés, en avant le disque céphalique, en arrière le manteau proprement dit.
Le disque céphalique a une forme trapézoïde, avec les angles arrondis ainsi que la base antérieure (cette dernière offre cependant un aspect assez mobile; elle sera arrondie lorsque l’animal est en marche et elle sera au contraire légèrement échancrée lorsqu'il est au repos); quant à la base postérieure, elle s’arrondit d’abord, puis se termine en pointe en son milieu. Cette dernière partie du disque céphalique est libre sur une assez grande étendue, de telle sorte que l’animal peut relever un peu cette pointe et la diriger en avant, sans toutefois l’avancer autant que le Gastropteron peut le faire avec celle de son disque céphalique (1).
Le manteau proprement dit, qui constitue plus de la moitié de la face dorsale, est plus bombé que la région céphalique ; il est entouré latéralement par les lobes du pied, qui remontent le long des flancs du mollusque sur presque toute la longueur de l’animal. Mais ce qu’il y a de caractéristique chez cette espèce de Doridium, c’est la disposition de la #embrane postérieure flottante qui décrit une ellipse non fermée du côté du pied. Cette #embrane à bords sinueux et découpés présente sur ses deux faces une teinte générale analogue à celle du corps; son bord est bleu irisé pâle, presque blanchâtre en certains points, puis du côté externe à un ou deux millimètres du liséré bleu, se trouve le liséré jaune orangé qui est fréquemment interrompu.
La partie gauche de la portion inférieure de la #embrane postérieure, au point où elle est interrompue, passe, comme on peut le constater sur notre figure 42, un peu au dessus de la partie droite. La branchie et l’orifice anal se trouvent sous ces prolongements; 1l ne nous a pas été possible de les apercevoir tant que notre individu a été en vie, l'animal ne relevant jamais assez la partie inférieure de la membrane pour les mettre à découvert.
C’est du milieu de cette région postérieure du corps que s'échappe continuellement et en abondance un mucus très hyalin, que sécréte ce mollusque.
Au dessus et dans l’épaisseur des téguments circonscrits par cette membrane, se trouve la partie contournée de la coquille.
Le pied est très développé chez cette espèce; ainsi inférieurement il occupe toute la longueur du corps, de telle sorte que les prolongements membraneux du dos dépassent rarement et jamais de beaucoup son bord postérieur. Il en est de même en avant où le bord céphalique est à peu près de niveau avec celui du pied. Sur lespartieslatérales, on voit cet organe se relever également des deux côtés, sur plus des deux tiers postérieurs ducorps de l’animal, et constituer des parapodies
(1) Voir la figure 36 que nous donnons du Gastropteron Meckelii en marche.
Eee assez grandes qui protègent les bords du disque céphalique et surtout ceux du manteau.
Chez notre individu il n’y avait pas cette différence de colorationque présentent les figures données par Cantraine de son Acera marmorata, entre la teinte générale du corps et celle de la face plantaire. La couleur fondamentale est dans toute l'étendue du corps violet noirâtre ou un peu brunâtre. Nous n'avons pas vu non plus de taches ou marbrures blanchâtres.
La présence des taches blanches irrégulières à la surface des téguments n’aqu'une importance secondaire au point de vue spécifique chez beaucoup de mollusques, comme nous avons pu nous en assurer; ainsi chez les 4plysia fasciata, qui, comme teinte générale, offrent une grande ressemblance avec la coloration du Doridium carnosum, nous trouvons assez fréquemment des individus dont la surface externe des parapodies présente des taches blanches dues à l’existence de concrétions calcaires. Chez ces individus, la teinte générale est d'ordinaire plus claire que chez ceux qui sont complètement dépourvus de taches.
Branchie. — L'organe respiratoire se trouve placé sous le lobe membraneux de droite, à la partie postéro-inférieure du corps, entre celle-ci et les téguments pédieux. Sur l'animal vivant on ne peut distinguer cet organe; ce n’est que lorsque ce mollusque est prêt de mourir que, par suite du relâchement de tous les tissus musculaires, il est possible de voir une partie de la branchie s’avancer entre le pied et le corps. Cet organe est semi-penné, sa pointe dirigée obliquement vers la ligne médiane du corps; il offre une teinte brune, légèrement hyaline.
Sur le flanc droit de l'animal, entre les téguments dorsaux et le pied, on distingue une rainure assez profonde, à bords plus foncés que les tissus environnants, rainure qui relie la vulve à l’orifice pénial. Ce canal est dirigé un peu obliquement d’arrière en avant, la vulve placée en avant de l'insertion branchiale étant plus élevée que l’orifice du pénis ; ce dernier orifice est situé, comme chez toutes les espèces de Bullidés, sur le côté droit dela tête.
Quant à l’anus, il se trouve placé en arrière de la branchie.
Cet animal résiste assez à l’action de l’eau douce; ainsi il m'a été possible de le conserver vivant pendant quelques heures, dans un mélange de 70 pour cent d'eau douce et 30 pour cent d’eau de mer. Cette résistance à l’action de l’eau douce nous paraît être due à l’abondante sécrétion de mucus qui protège quelque temps les parois du corps et particulièrement la branchie.
Sous l’action de l'alcool, ce mollusque meurt immédiatement, en se contractant beaucoup, et arrive à perdre ainsi plus des quatre cinquièmes de son volume primitif.
Son anatomie ne m’a présenté aucune différence avec celle du Doridium membra-
naceum; mème absence des mâchoires et de la radula à l’intérieur du bulbe buccal, estomac inerme et peu musculeux, organes de la génération et système nerveux identique. Aussi nous renvoyons le lecteur pour tout ce quiest anatomie à notre précédent travail sur l’organisation des Bullidés, nous contentant de donner ici quelques indications sur les différentes teintes que présentent les organes internes. Le bulbe buccal, qui serait proportionnellement plus long que chez le Dor. membranaceum, offre une coloration gris perle violacé; l’œæsophage et l’estomac est d’un blanc jaunâtre légèrement rosé, l'intestin brun. Le foie possède une coloration jaune grisâtre et la glande hermaphrodite blanc sale. Les ganglions nerveux ont une teinte orangée moins accentuée que celle des centres nerveux du
membranaceum.
Coquille. — La coquille, placée sous les téguments palléaux, occupe presque toute la cavité que l’on trouve entre ceux-ci et la masse viscérale. A l'abri des causes extérieures de dégradation, elle n'a pas besoin d’avoir une forte épaisseur ; celle de notre individu était membraneuse dans plus de la moitié de son étendue et par suite hyaline dans cette région, tandis que la partie voisine de la spire, qui seule offrait un épaississement calcaire, était opaque.
Sa coloration générale est d’un jaune corné. De forme un peu quadrangulaire (fig. 43et44) et assez concave, cette coquille décrivait deux tourscomplets; le premier de peu d’étendue et enroulé sur lui-même constituait la spire proprement dite ou noyau spiral; il se trouve caché dansles parois postéro-inférieures de la cavité, lorsque l’on met l'organe testacé à nu. Quant au second tour, qui à lui seul formait les neuf dixièmes de la coquille, il était étalé sur le plancher de cett cavité, son bord droit se prolongeant en arrière et allant se terminer dans l'épaisseur de la membrane du dos.
Les stries d’accroissement très sinueuses sont assez marquées, comme on peut le voir dans la figure 44 que nous donnons de cette coquille, vue par la face dorsale et à un grossissement de deux fois en diamètre.
DORIDIUM MEMBRANACEUM, Meckez, 1800.
Synomes : Dorinrum MecxeLn, Delle Chiaje, 1826.
ANiMaL d'une coloration générale brune, avec des ponctuations noires répandues irrégulièrement sur toutes les parties du corps, ainsi que quelques ponctuations blanches. Disque céphalique moins grand et de forme plus trapézoide que chez le Dor. carnosum. La partie postérieure du manteau forme deux expansions membraneuses distinctes ; celle de gauche possède en outre un petit flagellum. Pied n'occupant que les trois quarts antérieurs de la longueur du corps.
CoquiLLe lamelleuse, peu concave, à nucléus spiral très prononcé, hyaline et d'une coloration blanche.
Comme je le disais dans un précédent travail publié en 1879, je n’en ai trouvé que deux exemplaires, un dans le golfe de Marseille et un second dans la rade de Villefranche; depuis cette époque, il ne m'a pas été donné de m'en procurer d’autres.
En dehors de la coloration des téguments, ce qui distingue le mieux cette espèce de la précédente, c’est la conformation de la région portérieure du manteau.
En effet, au lieu d’avoir une membrane formant collerette, le Doridium membranaceum offre deux lobes distincts produits par le rapprochement de la partie supérieure de la membrane, on pourrait même dire par sa soudure, avec la partie inférieure. On constate aussi sur le bord postéro-interne du lobe de gauche, l’existence d’un appendice flagelliforme, dont nous ne trouvons aucune trace chez le Dor. carnosum.
L'examen de la coquille montre un nouveau caractère différentiel entre ces deux espèces de Doridium. Chez le s#7embranaceum, l’organe testacé est proportion nellement plus petit, moins concave et n'offre jamais la teinte cornée de la coquille du cernosum : il est d’un blanc laiteux dans sa partie centrale et plus ou moins translucide vers ses bords; la spire, sorte de nucléus spiral, se réduit à peine à un tour, le second tour formant toute la portion dilatée de la coquille.
Tels sont les quelques caractères sur lesquels nous devions insister un peu, pour compléter la diagnose spécifique de ce mollusque.
Quant à l’organisation interne, nous n'avons rien à ajouter à Ce que nous avons dit précédemment, la structure anatomique étant à peu près identique chez les deux espèces.
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