‹ Recherches zoologiques et anatomiques sur les mollusques opistobranches du golfe de MarseilleChapitre 6 sur 84 · FISCHER · texte numérisé non relu

FISCHER

Mollusques présentant une tête sans disque céphalique; un cou allongé; des parapodies plus ou moins développées, libres ou soudées l’une à l’autre au dessus du dos; manteau rudimentaire protégeant souvent une coquille, ou bien dans quelques cas recouvert par lui. Tentacules généralement au

nombre de quatre et auriculés.

Dans cette section nous avons deux familles : celle des Ap/ysiade et celle des Oxynoide.

La première possède cinq représentants dans le golfe de Marseille, tandis que la seconde n’en offre qu’un seul très rare, le Lobiger Philippii de Krohn.

FAMILLE DES APLYSIADÆ

CE

Nous avons trouvé dans le golfe de Marseille cinq représentants de cette famille: trois espèces d’Æp/ysia (les À. fasciata, depilans et punctata) ; une espèce d’4p/ysiella (YA. Weebbii); et une espèce de Notarchus (le N. punctatus ).

Bien que certains de ces animaux aient été l’objet d’un assez grand nombre d’études zoologiques et anatomiques, nous avons cru toutefois qu’il serait bon de ne pas nous contenter d’en donner ici une simple énumération.

L'un d’entre eux, le Notarchus, étant peu connu, il fallait en fixer les caractères par une étude complète de son organisation et c’est ce que nous avons fait en donnant une sorte de monographie de l’espèce méditerranéenne.

L’Aplysiella Weebbi, confondue jusqu’à ces derniers temps avec les Æp/ysies vraies, n'a été étudiée avec quelque soin qu’en 1872 par M. P. Fischer quia établi pour elle un sous-genre; l'anatomie de ce mollusque, particulièrement son système nerveux, nous a montré que cet animal doit former un genre distinct, moins voisin des Æ/p/ysia que ne le supposait M. Fischer, et devant au contraire être rapproché du Norarchus.

Quant aux Ap/ysia, si leur anatomie est assez bien connue, on ne peut pas en dire autant de leurs caractères zoologiques; il est souvent impossible d’arriver, avec l’aide des descriptions et des figures de Delle Chiaje, de Rang... à déterminer telle ou telle espèce. Aussi nous pensons qu’il sera utile, à l'exemple de O. Sars, de Meyer et Mobius et de quelques autres naturalistes, de ne pas nous contenter d’une description sommaire des caractères extérieurs, caractères souvent variables chez la même espèce, mais de joindre aussi tous ceux que l’on peut tirer de la structure des mâchoires et dela radula.

Un naturaliste attaché à l’Université d'Heidelberg, M. Blochmann nous a même précédé en partie dans cette voie; il a en effet publié dans les « Mitheil. aus dér Zool. stat. zu Neapel, » un mémoire intitulé « Die im Golfe von Neapel vorkommenden Aplysien, dans lequel il a figuré les radula des trois espèces méditerranéennes que l’on retrouve un peu partout et qui sont précisément celles que nous avons prises nous-même à Marseille et à Villefranche.

Ce naturaliste a établi pour ces trois espèces d’#p/ys5ia deux groupes. Le premier

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qui ne comprend que |’. fasciata (V4. limacina de Linné d’après lui), serait caractérisé par la présence de lobes natatoires ou parapodies libres en arrière jusqu’en bas sur le pied; d’un étroit canal mettant en communication la cavité coquillière avec l'extérieur, et d’une glande en grappe dans l’intérieur de la cavité viscérale du corps, en arrière de l’orifice génital. Le second groupe, composé des A. depilans et punctata, offrirait les caractères suivants : lobes natatoires soudés en arrière jusqu’au point de sortie du siphon anal; un large trou à rebords non renflés en bourrelet conduit dans la cavité de la coquille; et en arrière de l’orifice sexuel, contre les paroïs internes de la cavité viscérale, une multitude de glandes unicellulaires avec conduit excréteur particulier pour chacune d’elles.

Tout en acceptant en principe cette division qui nous paraît basée sur plusieurs caractères exacts, nous croyons qu'il est inutile de compliquer la systématique de ces mollusques par la création de nombreuses divisions. Il vaut mieux attendre pour les établir de bien connaître lescaractères de toutes les autres espèces d’4p/ysia vraies de la Méditerranée ou des autres mers pour adopter un groupement qui aura quelque chance d’être définitif.

Avant de décrire nos trois Æp/ysia, nous voulons signaler quelques {particularités anatomiques que nous avons observée chez tous les individus appartenant à ce genre.

D'abord nous ferons connaître le rôle que nous paraît jouer une organe glandulaire spécial que M. Blochmann a étudié dans le travail que nous avons précédemment cité; Cuvier (1) avait observé cet organe et dans son Mémoire sur l'Anatomie de l'Aplysia le désigne sous le nom de corps en forme de

grappe.

Glande opaline. — Chez l’ À. fasciata, on voit déboucher très près de l’orifice génital, un peu en avant et au dessus, une glande que l’on ne peut mieux comparer qu’à une grappe de raisin, de forme cylindrique, dont les grains seraient très serrés les uns contre les autres. Cet organe est maintenu contre les parois internes de la cavité viscérale par quelques bandes musculaires. £a coloration est d’un rose orangé mat dans sa partie centrale, tandis que les parties périphériques très hyalines présentent un aspect glaireux.

Chez les deux autres espèces d’4p/y5ia, nous avons, implantées sur les parois de la cavité viscérale au point où chez l’A. fasciata vient s'appuyer l'organe glandulaire en grappe, une multitude de vésicules en bouteilles, de dimensions très différentes. Ces vésicules à parois assez épaisses et très hyalines offraient en leur milieu une masse sphérique, tantôt rose orangé, tantôt vert violacé. Si chez ces

(1) G. Cuvier. Mémoire sur le genre Aplysia, p.24, PI. IV fig. 1 et 2.

deux espèces on examinait à l'extérieur cette partie des téguments, on remarquait en ce point une surface elliptique plus foncée et nettement délimitée, présentant dans toute son étendue une multitude de petits orifices qui, sous un faible grossissement ou à l'œil nu, offraient l’aspect de petites ponctuations claires. Cette surface d’excrétion est en partie cachée par les premières lamelles branchiales.

Chez l’4. punctata, les premières vésicules étaient disposées en grappe; nous avons donc chez cette espèce une disposition intermédiaire entre celles de l’A. fasciata et de VA. depilans.

Lorsque l’on tracasse une de ces trois espèces d’Æplysies, plus particulièrement la fasciata et la depilans, on voit s'échapper entre les parapodies, surtout par le siphon anal, un liquide opalin, d’une forte odeur de citron mélangée à une odeur d'angélique. La coloration blanche de l’eau ambiante passant alors autour de la branchie est due au liquide sécrété par cet organe glandulaire; le pouvoir colorant de ce liquide est considérable; car, comme nous avons pu nous en assurer, il suffit d'en mettre une goutte dans un verre d’eau pour donner à la masse cette teinte opaline. Mais ce qui nous a le plus frappé, c’est l'intensité de l’odeur de cette sécrétion, ainsi l’eau dans laquelle une ou deux gouttes ont été versées conserve pendant plusieurs jours cette odeur.

Nous supposons que ce liquide excréteur doit avoir un rôle défensif pour les Aplysia, en troublant l’eau et surtout en éloignant les ennemis par sa propriété odoriférante.

L'A. fasciata et surtout l’4 depilans ne se décide à sécréter sa liqueur violette, qui en troublant tout à fait l’eau la dérobe mieux à ses ennemis, que lorsque sa provision de sécrétion opaline est épuisée. Nous avons pu nous assurer plusieurs fois de sa manière de faire; ainsi en agaçant pendant longtemps un animal, en le fixant même par ses parapodies au fond d’une cuvette à dissection, nous ne parvenions pas à lui faire sécréter sa liqueur violette, il continuait à ne donner que de son liquide opalin. Mais lorsque la sécrétion opaline diminuait, ou bien si nous venions à entamer ses téguments en un point quelconque de son corps (hormis le manteau pour ne pas déchirer la glande du pourpre) alors seulement il se décidait à laisser échapper de sa liqueur violette.

Pour tout ce qui concerne la structure dela glande (ou des glandules) à sécrétion opaline, nous renvoyons le lecteur au travail de M. Blochmann.

Ganglions Viscéraux postérieurs. — Nous n'avons pas l'intention de décrire le système nerveux des Æplysia, attendu que plusieurs naturalistes en ont fait connaître depuis longtemps la disposition générale, nous voulons seulement indiquer quelques particularités qui ont échappé à nos devanciers, ou qu’ils ont

vues incomplètement.

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