‹ Recherches zoologiques et anatomiques sur les mollusques opistobranches du golfe de MarseilleChapitre 52 sur 84 · C. Amphihola · texte numérisé non relu

C. Amphihola

Dans ce genre, le pneumostome (fig. 213, vi) est moins en arrière que chez Auricula et Chilina. La conformation extérieure est, pour le reste, analogue à celle des Limnéens, et il y a sous le pneumostome un lobe palléal inférieur traversé par l'ouverture anale (fig. 213, sx). Mais, outre l'anus, il n’y a qu'un seul orifice au côté droit du corps : c’est le vestibule commun aux deux conduits génitaux, sous le bord du tentacule droit. D'autre part, un caractère que Amphibola est seul à présenter chez les Pulmonés, est la présence d’un grand opercule corné porté sur la partie postérieure du pied.

a) Système nerveux (fig. 214). — Le collier œsophagien est tout en avant du bulbe buccal. Les centres cérébraux sont écartés l’un de l’autre, alors que les pédieux sont au contraire assez voisins; le pénis est innervé par le ganglion cérébral droit. Les connectifs cérébro-pédieux et pleuropédieux sont courts.

La commissure viscérale est assez longue (moins que chez Chilina toute-

ispèce étudiée : À. nux avellana Chemnitz; prove Te ’elle-Zélande, 1 Espèce étud A ell CI tz; provenance : Nouvelle-Zéland

fois) et porte trois ganglions séparés! : le gauche (vrr), très voisin du pleural, donne un nerf palléal antérieur; le médian (abdominal, 1v) donne deux nerfs viscéraux principaux, du côté droit, et en outre un troisième, à gauche, qui semble sortir de la commissure ; enfin le ganglion droit (supra-intestinal, 11) innerve par deux troncs le manteau et l'osphradium.

Les yeux sont un peu enfoncés dans les téguments; les otocystes se trouvent sur les centres pédieux, un peu en avant. Quant à l'osphradium, il est, comme dans Chilina et les Limnæidæ, auprès du pneumostome, au plafond de la chambre palléale (fig. 213, n), en avant de l’orifice rénal.

b) Systèmes digestif, circulatoire et excréteur. — Le bulbe buccal (fig. 216, n) est prolongé ventralement, en arrière, par un fort cæcum radulaire; les glandes salivaires sont longues, de diamètre assez uniforme et peu lobulées. L'œsophage présente en son milieu deux renflements successifs : le premier, petit et à parois épaisses, le second, plus grand et à parois minces, pourvu d’un petit cæcum latéral (v). Une valvule cardiaque existe à l'entrée de l'estomac ; celui-ci est assez vaste, joint à l’œsophage par le côté; il porte un gésier latéral, à cavité très réduite, entre deux forts hémisphères museulaires; en face du gésier, se trouve un assez grand orifice hépatique. L'intestin, né de la partie postérieure de l'estomac, est assez enroulé et s'ouvre au dehors sur le lobe palléal inférieur, en dessous du pneumostome.

Le cœur est « prosobranche »; je n'ai vu aucune trace de prolifération branchiale au plafond de la cavité palléale ?.

Le rein est situé au plafond de la cavité palléale, dans la même position que chez Auricula el avec la même conformation, mais son ouverture extérieure est plus voisine du pneumostome (fig. 213, x), comme dans les Limnæidæ, et portée sur un tubercule saillant (fig. 217, 1). Intérieurement, sa cavité est divisée par des replis et des cloisons portant des saillies épithéliales (fig. 217, mn).

! Et non cinq, comme l'indique Hutton (On the structure of Amphibola avellana, ANx. Mac. Nar. Hisr., sér. 5, vol. LIT, pl. XXIE, fig. 9).

2? On sait que Amphibola vit dans l’eau saumâtre et que sa cavité palléale est remplie d’eau. — La prétendue branchie supposée par von Jhering (Vergleichende Anatomie des Nervensystemes und Phylogenie der Mollusken, p. 220) et par Korschelt et Heider (Lehrbuch

der vergleichenden Entwicklungsgeschichte der wirbellosen Thiere, p. 1033), d'après Quoy et Gaimard, est le rein.

ce) Système reproducteur (fig. 219). — D’après Lehman !, les deux sexes seraient réunis sur le même individu, mais les glandes mâle et femelle, séparées. Or, il y a non seulement une seule glande génitale hermaphrodite, mais encore, chaque acinus de celle-ci produit des ovules et des spermatozoïdes (fig. 215) : il y a à noter, toutefois, que les ovales naissent plutôt d’un côté des acini, et qu’à ce côté femelle s'ébauchent de petites saillies, rudiments d'acini secondaires; cette glande (fig. 219, 1v) se trouve enchässée à l’intérieur du foie, dans les derniers tours du tortillon (fig. 213).

Le conduit hermaphrodite (fig. 219, v), pelotonné, occupe la face columellaire des tours de spire de la masse viscérale, et arrive à la masse génitale annexe (11), formée des glandes albuminipare et muqueuse. Il se continue alors, toujours sans se subdiviser, passant au-dessus du muscle columellaire, sous le rectum, et arrive dans la masse musculaire dorsale de la tête, au côté droit. C’est là seulement qu'il se divise en deux branches :

«) L'oviduete proprement dit, conduit femelle très court, débouchant sous le tentacule droit (fig. 219, n), et qui ne présente pas de poche copulatrice ;

£) Le spermiducte, assez court (fig. 219, vi), arrive au pénis musculeux ; celui-ci reçoit un long cæcum « prostatique » pelotonné, situé dorsalement (fig. 219, vu). Dans l’intérieur du pénis, le conduit prostatique très large (fig. 220, n) et le spermiducte étroit (1) restent distincts jusqu’à l'extrémité : le dernier débouche le plus distalement par une terminaison spatuliforme (fig. 218,1). Le pénis s'ouvre à côté de l’oviducte, dans l'orifice génital placé sous le tentacule droit.

Hutton ? et Bouvier 5 n’ont pas réussi à voir les différentes parties de l'appareil génital de A. nux avellana. Toutefois Bouvier donne de cet appareil chez À. fragilis une description peu différente de celle ci-dessus; il n'y a donc pas, dans les organes reproducteurs des deux espêces, les différences qu’il suppose #.

Le caractère essentiel de cet appareil est la brièveté de l'oviducte (conduit

1 LEHMAN, Analomie von Amphibola nux avellana, Gmelin (MaLakozooL. BLärr., Bd. XII, 1866, p. 113).

2 Hurrow, On the structure of Amphibola avellana, loc. cit.

3 Bouvier, Sur l'organisation des Amphiboles (Buzz. Soc. Paizow. Paris, sér. 8, t. IV,

p. 150). 1 4 Ipen, p. 150.

femelle proprement dit), c’est-à-dire la division très tardive du conduit hermaphrodite : caractère archaïque évidemment, mais moins toutefois que dans Auricula susmentionné, où le conduit mâle ne commence qu’à lorifice morphologiquement hermaphrodite (fonctionnant physiologiquement comme femelle), de sorte que le conduit femelle proprement dil y est par conséquent nul.

D. Siphonaria !.

Avant que j'aie pu publier mes observations sur l’organisation de Siphonaria, deux travaux ont paru ?, qui me permettent d’être très bref à propos de ce genre. Cependant, comme tous deux font de ce Gastropode un : Opisthobranche Tectibranche, ainsi qu'autrefois von Jhering 5, je suis obligé de combattre cette manière de voir.

En effet, Siphonaria est un Pulmoné :

a) Par le rétrécissement de son ouverture palléale #, plus étroite encore que chez Chilina et située comme dans Amphibola (fig. 213, vi);

b) Par la position de son anus hors de la cavité palléale, sur le lobe palléal inférieur , comme chez Chilina, Amphibolu et les Limnæidæ ;

c) Par son cœur « prosobranche » (c'est-à-dire à oreillette antérieure) et à vaisseaux afférents (veines branchiales ou pulmonaires) multiples $ (disposition qui n'existe que dans les Pulmonés);

d) Par sa branchie, qui n’est comparable au ctenidium des Gastropodes ni par sa structure ni par ses rapports : en effet, son extrémité distale est

1 Espèce étudiée : S. algesiræ, Quoy et Gaimard; provenance : Atlantique.

2 KôuLer, Beiträge zur Anatomie von Siphonaria (XXIX. Bericur D. OBERHESS. GESELLSCH. k. NaTUR- UND HEILKUNDE). HALLER, Die Anatomie von Siphonaria gigas (ArB. 001. Inst. Wien, Bd. X). — Pendant l'impression du présent travail, le mémoire définitif de Kôhler a paru [Beiträge zur Anatomie der Gattung Siphonaria (ZooL. JaurB. ABTH. F. ANAT. U. ONToc., Bd VII]. 1 a été publié aussi une note de PLaïE [Mittheilungen über zoologische Studien an der Chilenischen Küste (Sirzucsser. Aka. Wiss. BERLIN, Heft IX, 1893, p. 58)], dans laquelle Gadinia, voisin de Siphonaria, est également rapporté aux Opisthobranches.

3 von JuErING, Vergleichende Anatomie des Nervensystemes und Phylogenie der Mollusken, p. 204.

# HaLLer, Loc. cit., pl. IL, fig. 11. — PELsENEER, Introduction à l'étude des Mollusques, Bruxelles, 1894, p. 122, fig. 83.

$ PELSENEER, ibidem.

6 Inem, ibidem.

la plus profonde et la plus éloignée de l'ouverture palléale, tandis que sa base ou extrémité reliée à l'oreillette est voisine de cette ouverture !;

e) Par le rein ?, qui a la structure et les rapports de celui de Amphibola el, comme celui-ci, une ouverture extérieure sur une papille saillante 5 auprès du pneumostome, ce rein traversant d'ailleurs la cavité palléale dans toute son étendue, comme chez beaucoup de Pulmonés #;

f) Par les organes génitaux *, analogues à ceux de Amphibola et de Gadinia $, et dont les deux orifices mâle et femelle débouchent, comme chez ces genres, dans un atrium commun, voisin de l'œil droit;

g) Par le système nerveux, absolument pareil à celui de Gadinia T et

ressemblant aussi à celui de Amphibola (sauf qu'il y a fusion des centres pleuraux avec les « intestinaux » );

h) Par l'existence d’une cavité palléale pourvue d’un osphradium circulaire, qui se trouve, comme dans Gadinia $, Amphibola, Chilina et les Limnæidæ, auprès du pneumostome, entre lui et l’orifice rénal;

i) Par les conditions d'existence : il vit indifféremment dans leau et dans l'air, mais plutôt dans l'air ?.

4 PELSENEER, Introduction à l'étude des Mollusques. Bruxelles, 1894, p. 122, fig. 83. — Je ferai connaitre prochainement un second Pulmoné pourvu d’une branche secondaire encore plus nettement différente du ctenidium des Gastropodes.

2 HacLer (loc. cit., p. 80, etc.) décrit deux reins. Mais, de même que Hurron (Votes on the structure and development of Siphonaria Australis (AN. Mac. Nar. Hisr., sér. 5, vol. IX, p. 342) et KôuLer (loc. cil., p. ), je n'ai vu qu'un seul rein, d'apparence double, en ce sens que sa partie la plus profonde s'étend sur le plancher de la cavité palléale (c’est le rein gauche de Haller, auquel il n’a d’ailleurs pas trouvé d’orifice péricardique : Loc. cit., p. 81) et dont l’« orifice extérieur » n'existe pas dans S. algesire.

3 Hazuer, loc. cil., pl. II, fig. 33.

# PELSENEER, {ntroduction à l'étude des Mollusques, fig. 83.

5 None, en 1889 [Contribucoes para a anatomia das Siphonarias (Rey. DE SC. NATUR. E SOC. Porro, vol. 1, p. 127), décrit Siphonaria comme dioïque, contrairement à Sruper (Mitth. naturforsch. Gesellsch. Bern für 1880) et Hurrox (loc. cit., p. 342), qui avaient indiqué précédemment que ce genre est monoïque, à glande génitale hermaphrodite. — Cet hermaphroditisme est mis absolument hors de doute par les observations de KOHLER (loc. eit., p. 6) et de HaLzer (loc. cit., p. 83), que je puis confirmer.

6 pe Lacaze-Durmiers, Le système nerveux et les formes embryonnaires du Gadinia Garnoti (COMPTES RENDUS, t. C, p. 149).

7 Inew, pp. 147, 148. 8 Inem, p. 149. 9 Hurrow, loc. cit., pp. 342-343

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