‹ Recherches zoologiques et anatomiques sur les mollusques opistobranches du golfe de MarseilleChapitre 7 sur 84 · NS · texte numérisé non relu

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On sait que le collier œsophagien de ces mollusques présente six ganglions reliés entre eux par des commissures ou des connectifs. Ces centres nerveux sont : les deux ganglions cérébroïdes, placés au dessus de l’æœsophage, accolés l’un à l’autre et reliés chacun aux autres ganglions par deux connectifs assez forts; les ganglions pédieux, situés sur les côtés de l'œsophage, un peu inférieurement, et réunis entre eux par deux commissures, l’une forte et courte, l’autre grêle, mais trois fois plus longue. Presque du milieu (toujours un peu vers la gauche) de cette seconde commissure, part un petit nerf qui se rend aux membranes sous-jacentes. À l'intérieur de cette dernière commissure, entre elle et la forte commissure pédieuse, passe l’aorte antérieure.

Enfin, un peu en arrière et au dessus des ganglions pédieux, se trouvent les deux ganglions viscéraux (un de chaque côté) qui viennent compléter le collier œsophagien. De chacun de ces ganglions viscéraux part un tronc nerveux, volumineux, se dirigeant en arrière et allant aboutir tous les deux à une double masse ganglionnaire que l’on peut nommer ganglions viscéraux médians ou postérieurs (1). Ce sont ces ganglions que nous comptons décrire avec soin, ainsi que tous les nerfs qui en sortent (fig. 51).

Ces deux centres nerveux, placés en avant et au dessus de la cavité péricardique, sont accolés l’un à l’autre ou bien reliés par une commissure large et excessive ment courte ; ils présentent chacun l’aspect d’un corps fusiforme ou ovoïde. Les cellules nerveuses qui composent ces ganglions offrent une belle teinte orangée, analogue à celle des centres inférieurs du collier æsophagien.

Voici quels sont les nerfs qui sortent de ces ganglions, nous les avons suivis autant que possible sur tout leur parcours.

Le filet nerveux a sort de la face dorsale du ganglion de droite et va se ramifier à la partie supérieure du péricarde.

Le nerf 4’, un peu plus fort que le précédent, envoie toutes ses ramifications dans les parois péricardiques voisines du conduit de la poche copulatrice.

Le filet 4” complète l’innervation du péricarde; sorti du bord postérieur du ganglion viscéral de gauche, il se rend dans les parois inférieures de cet organe,

près du point de départ de l'aorte antérieure.

(r) Ces quatre ganglions forment la partie du système nerveux chargée d’innerver les appareils de la vie organique moins le tube digestif, c’est pour cette raison que nous leur donnons le nom de centres viscéraux ; d’autres dénominations leur ont été appliquées; ainsi, pour M. Lacaze-Duthiers, ces ganglions forment le centre asymétrique; pour M. Huxley, ils constituent le groupe pallio-splanchnique, pour M. Jhering, les latéraux sont les ganglions commissuraux et les postérieurs le centre génito-branchial, enfin; pour M. Spengel, les latéraux sont les ganglions pleuraux et les ganglions viscé-

raux postérieurs le ganglion abdominal supraintestinal.

Sur le bord du ganglion de droite, nous trouvons un quatrième petit nerf c., qui va se ramifier à la base du conduit génital commun et autour de l’orifice externe de ce conduit.

Il nous reste à parler des trois troncs nerveux produits par ces ganglions accolés; deux qui prennent naissance sur le bord postérieur du ganglion de gauche, sont plus spécialement chargés d’innerver tous les organes de la génération, ainsi que l’orifice anal, les glandes opaline, de Bojanus et de la pourpre; quant au troisième, qui est le plus fort, il se rend à la branchie et aussi à un organe sensitif spécial.

Le tronc r, à sa sortie du ganglion de gauche, contourne en avant et au dessus, les glandes annexes de la génération, produisant dans cette première partie de son parcours un petit nerf” qui va se ramifier dans les téguments voisins de l’orifice génital ; puis le tronc7 continue sa course, passe derrière la masse viscérale et va atteindre le rectum au point où celui-ci quitte le foie pour se diriger vers l'anus. Dans toute cette partie, le nerf donne de nombreuses ramifications à l'intestin, ainsi qu'aux tissus qui entourent l'orifice anal.

A côté du précédent et du même ganglion, sort le tronc g. Après avoir cheminé, à côté du précédent, d'avant en arrière, il ne tarde pas à se bifurquer; l’une de ses branches }’ se dirige vers le bord droit du manteau et envoie ces différentes ramifications dans les organes glandulaires de la pourpre, de Bojanus et aussi, croyons-nous, à la glande opaline.

L'autre branche g’, que l’on peut considerer comme étant le vérritable #erf génital, se rend à la base des glandes annexes de la génération et forme en ce point un petit ganglion cordiforme; de celui-ci on voit sortir deux nerfs, un assez grêle qui forme bientôt un nouveau renflement ganglionnaire, duquel partent plusieurs ramifications allant se perdre dans les glandes de l’albumine et de la glaire; l’autre, beaucoup plus fort, passe au dessus du point de départ du conduit génital commun, puis longe le conduit excréteur de l’organe hermaphrodite en se dirigeant vers cette glande qu'il ne tarde pas à atteindre et dans laquelle se terminent ses ramifications nerveuses; toutefois, avant d’atteindre la glande, ce nerf produit une branche assez importante g’” qui retourne vers le conduit génital commun qu'il suit et innerve dans presque toute son étendue.

Entre les deux troncs g et r, on voit sortir un filet nerveux / qui demeure quelque temps accolé à r, puis s’en sépare pour aller compléter l’innervation du conduit génital commun.

Le tronc à est formé par le prolongement postérieur du ganglion de droite, se dirige de suite vers les téguments latéraux du corps à l’intérieur desquels il poursuit sa course jusqu’au moment d'entrer dans la branchie. Avant de pénétrer dans l'organe respiratoire, il donne naissance à un nerf p qui longe les téguments

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latéraux de droite et va se perdre dans la partie antérieure de l’amas glandulaire de la pourpre (1).

De l’autre côté du tronc branchial sort un nerfo qui, après un très court trajet, aboutit à l'organe sensitif spécial, que nous avons déjà signalé et dont nous donnerons la description un peu plus loin.

Au moment d'entrer dans la branchie, le tronc nerveux 4 se renfle deux fois de suite, formant ainsi deux petits ganglions ovoïdes, desquels partent les premières ramifications branchiales; puis il poursuit sa course dans le reste de l’organe de la respiration, donnant de nombreuses branches destinées à l’innervation des dernières lamelles respiratoires.

Revenons maintenant à l'organe sensitif spécial. L'existence de cet organe, que M. Lacaze-Duthiers est le premier à avoir fait connaître chez les Gasteropodes pulmonés dans un mémoire publié en 1872 (2), a été signalé chez l’Aplysia dix ans après par M. Spengel. Ce naturaliste, dans un mémoire publié dans le Leitschr f. Wissensch Zool. t. XX XV, indique la position exacte de cet organe et donne quelques détails sur sa structure.

Nous avons pu nous-même constater sa présence chez nos trois espèces d’Ap/ysia.

Pour apercevoir cet organe, il faut étendre la parapodie droite et soulever le bord charnu du manteau, afin de mettre à découvert la branchie;en avant de l'insertion de l'organe respiratoire, on remarque alors l’orifice génital et immédiatement en arrière et un peu au dessus, une petite tache jaune, de forme arrondie, plus ou moins diposée en creux, suivant les espèces et dont les bords tranchent sur la teinte sombre des téguments voisins.

Chez l'A. fasciata (3), cette tache jaune est toujours un peu enfoncée dans les téguments, tandis que chez la depilans et surtout la punctata elle arrive à être presque complètement au niveau de la surface du corps. Cet organe présente toujours un revêtement épithélial vibratile.

Sous la tache, dans l’épaisseur des téguments, nous trouvons un ganglion cons-

(1) Cet amas glandulaire n’est pas Jocalisé en un point du bord droit du manteau, il occupe au contraire toute la partie charnue qui protège la branchie, émettant à l'extérieur son liquide excréteur violet par un grand nombre d’orifices distribués sur toute cette surface.

(2) Lacaze-Durmiers : Du système nerveux des Gasteropodes pulmonés aquatiques et d’un nouvel organe d’innervation. — Archiv. de Zoologie Expér.T. I. p. 437-500 PI. 17-20.

(3) M. Spengel a dû examiner cet organe chez V4. fasciata ct non chez la véritable 4. /eporina de Delle-Chiaje qui est synonyme de la dépilans de Linné. Nous sommes porté à croire que c'est bien la fasciata que ce naturaliste a étudiée, parce qu’en nous rapportant à sa figure 20, de la PI. XVIII, nous voyons la glande opaline représentée sous la forme d’une grappe et comme nous venons de le dire, quelques pages plus haut, ce n’est que chez VA. fasciata que cette glande offre cet aspect, chez les deux autres espèces elle est diffuse.

titué par quelques cellulés nerveuses assez grosses; ce ganglion est relié au tronc branchial par deux nerfs o et o’ de longueur un peu variable, l’un assez gros sort près du nerf p, l’autre plus grêle prend naissance à côté du premier ganglion branchial.

Nous avons aussi observé que ces deux nerfs qui relient l’organe sensoriel au tronc à, au moment d'atteindre le ganglion, se subdivisent en de nombreux filets qui englobent celui-ci; dans une de nos préparations, de la périphérie de ce ganglion nous avons vu s'échapper des filets nerveux, allant aboutir chacun à de petites taches jaunes, peu marquées et placées dans le voisinage de la tache principale. L’organe sensoriel dans ce cas ne serait pas seulement localisé en un point, mais s’étendrait sur toute la partie des téguments où nous trouvons la branchie, la vulve et le ou les orifices de la glande opaline.

Quelle est l’action de cet organe sensoriel ?

Nous adoptons pleinement l’idée émise par M. Lacaze-Duthiers, au sujet des fonctions à attribuer à ce petit organe. Il nest pas douteux que son rôle consiste « à apprécier les quelques qualités spéciales du monde ambiant et ces qualités sont probablement en rapport avec la respiration (1). » Que le milieu soit aérien ou liquide, cet organe doit permettre à l’animal d’avoir conscience des émanations qui peuvent se produire autour de lui et l’avertir ainsi, dans le cas où elles lui seraient nuisibles, de soustraire son organe respiratoire à leur action. Qui sait même si quelquefois cet organe ne pourrait pas faire pressentir à ces mollusques l'approche de quelque ennemi lorsque celui-ci répand une odeur particulière ?

Un organe semblable nous paraît être tout à fait l’homologue d’un organe d’olfaction.

Organe copulateur. — Nous terminerons ces quelques observations anatomiques, par la description de l’organe copulateur des 4p/ysia.

Chez ces animaux comme chez les Téctibranches Céphalaspidea, l'appareil génital est relié au pénis par un conduit externe placé sur le flanc droit. Ce canal, en forme de gouttière, est constitué par deux replis des téguments disposés parallèlement et chevauchant souvent l’un sur l’autre; dans toute son étendue, ce canal présente un revêtement épithélial vibratile. Les spermatozoïdes sortis de l’orifice génital sont poussés par les battements des cils vers l’orifice du pénis, lequel est situé même au dessous du tentacule labial de droite.

Dès que l’on ouvre la partie antérieure de la cavité viscérale du corps, on aperçoit entre le bulbe buccal et les téguments de droite l'organe copulateur.

(1) Lacaze-Dureaiers, ce. cit., p. 495.

Celui-ci forme une espèce de corps cylindrique, d’une teinte grisâtre parfois un peu jaune en arrière, d’un diamètre assez fort et se terminant postérieurement en cul-de-sac ; sur cette extrémité arrondie viennent s’insérer tantôt une (fig. 52 #), tantôt deux fortes bandes musculaires qui, rattachées un peu plus bas aux parois de la cavité viscérale, remplissent les fonctions de muscles rétracteurs. Quant à la sortie du pénis, elle est produite par l’affux du liquide sanguin dans l’épaisseur des parois de cet organe.

Le corps cylindrique lui-même est composé d’un tube membraneux, sorte de gaine, au fond duquel se trouve le pénis; celui-ci constitue une masse très charnue, un peu conique, offrant sur ses flancs une gouttière ciliée, qui ne se termine qu’à son extrémité (fig. $2 7). Sur toute sa surface ce corps est complètement lisse; seulement chez l’Æ. fasciata et surtout chez l’Æ. depilans, on observe à sa base et tapissant plus ou moins le fond de la gaîne, une multitude de nodosités charnues qui, vues sous une loupe, offrent l’aspect de celles que l’on observe à la surface des spicules calcaires des Æ/cyonnaires. Ces nodosités ne tapissent pas uniformément tout le fond de la gaîne, elles sont disposées par groupes qui diminuent d’étendue à mesure que l’on s'éloigne de la base du pénis et qui disparaissent vers le tiers, parfois le milieu de la gaîne.

Examinée sous un grossissement microscopique, chaque nodosité présente la constitution suivante : un petit mamelon charnu du sommet duquel partent quatre ou cinq prolongements coniques de même nature, indépendants les uns des autres.

Sur le reste de l'étendue de la gaine, c’est-à-dire sur ses deux tiers antérieurs, nous voyons que ses parois présentent de forts replis longitudinaux au nombre d’une vingtaine environ.

Au milieu de ces replis et placé parallèlement à eux, on aperçoit le canal spermatique (fig. 525). Celui-ci, parti du bord antérieur de la vulve, descend, comme nous l’avons déjà dit, le long du flanc droit du mollusque, passe sous le tentacule dorsal et arrive sur le bord postérieur de l’orifice de l'organe copulateur ; en ce point, le canal pénètre à l’intérieur de l'organe, se dirige en droite ligne vers la base du pénis, tout en conservant son même aspect de canal ouvert. A la partie inférieure du pénis, il prend d’abord un diamètre un peu plus fort, puis continue sa course jusqu’à l’extrémité sans offrir de nouvelles modifications.

L’organe copulateur chez les Aplysies paraît être dépourvu de glande prostatique distincte. Nous croyons cependant devoir considérer comme prostate une multitude de cellules glandulaires que l’on trouve disséminées dans l’épaisseur des parois du pénis.

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