‹ Recherches zoologiques et anatomiques sur les mollusques opistobranches du golfe de MarseilleChapitre 8 sur 84 · LÉO · texte numérisé non relu

LÉO

GENRE APLYSIA, Linné, 1767 Synonymes : Lapzysia, Lamarck

ANIMAL ovale-allongé, convexe, à cou long et saillant; tentacules labiaux ou buccaux larges, charnus, reliés l'un à l'autre par le voile buccal ; tentacules dorsaux ou rhinophores auriculés ; yeux en avant de la base des rhinophores. Pied tronqué antérieurement, aftténué en arrière; parapodies ou épipodes larges, réfléchies à la région dorsale, à bords pouvant se toucher sur la ligne médiane et soudées ou non en arrière. Manteau assez rudimentaire, couvrant la coquille se repliant en arrière pour former un siphon ou tube anal saillant entre les parapodies ; vers son milieu, le manteau offre toujours un petit orifice plus ou moins large. Branchie protégée par la coquille et surtout le bord droit du manteau qu'elle peut dépasser cependant.

Mächoires plus ou moins développées, toujours constituées par de petits bätonnets chitineux. — Radula à dent centrale ou médiane, trapézoïide, multicuspidée, de chaque côté de laquelle se trouvent des dents latérales nombreuses, courbées, à portion réfléchie subtriangulaire et à bords denticulés.

Gésier armé de pièces cornées nombreuses et de tailles différentes.

Pénis inerme.

CoquiLLe flexible lorsqu'elle est fraîche, mais cassante dès qu'elle est sèche, mince, translucide, cornée, convexe, subtrigone, non spirale, à sommet postérieur ou rostre aigu, légèrement incurvé ; bord antérieur arrondi, bord postérieur plus ou moins convexe et constituant l'échancrure anale.

APLYSIA FASCIATA, Porrer, 1780.

Synonymes : À. Vurcaris, de Blainville, A Neapozirana et A. Porana, Delle Chiaje, 1823.

AN1IMAL bombé, oblong, aigu postérieurement, lisse et de couleur noir violacé avec un aspect velouté, quelquefois présentant des taches claires. Les bords des parapodies, des tentacules dorsaux et labiaux et aussi du voile bucal offrent un fort liséré jaune orangé ou rouge vermillon. Manteau avec une ouverture assez petite en son milieu. Pied étroit pourvu de parapodies développées, indépen-

(1) Rang, dans son ouvrage sur les 4p/yséens, donne, PI. VI et VII, plusieurs figures de cette belle

espèce.

dantes, propres à la natation. Mächoires assez grandes, constituées par des bâtonnets chitineux longs et grêles. Radula ayant pour formule 30, 1, 30 (1).

CoquiLLe assez arrondie, peu bombée, échancrure anale longue, maïs peu profonde. Sa coloration est jaune d'ambre pâle.

Nous avons trouvé fréquemment cette espèce d’Æp/ysia dans le golfe de Marseille, ainsi que sur tout le littoral méditerranéen, des embouchures du Rhône à Menton. On la pêche d'ordinaire dans des fonds coralligènes et dans des fonds de zostères de 1 à 7 ou 8 mètres de profondeur; quelquefois on nous en a apporté des exemplaires pris à l'entrée des ports neufs de Marseille (quai au Soufre) où ils vivaient en ce point en compagnie d’autres mollusques et aussi de divers types de crustacés, d'Echinodermes, de la Ciona intestinalis.......

Les individus que nous avons eu en notre possession variaient assez dans leurs dimensions ; les plus petits avaient de 7 à 8 centimètres de longueur, tandis que les plus gros atteignaient près de 20 centimètres ; mais la taille qu’ils présentent le plus ordinairement est de 12 à 16 centimètres. I] nous a été impossible d’en avoir dont la longueur fût inférieure à 7 centimètres; nous le regrettons vivement, car nous aurions désiré savoir si ces mollusques possédaient de bonne heure tous leurs caractères spécifiques ; nous pouvons exprimer le même regret au sujet de l’4. depilans, car parmi les Æplysiail n’y a que des individus appartenant à la punctata (A. Cuvieri), qu'il nous ait été permis de nous procurer relativement beaucoup plus jeunes.

La coloration des téguments est très variable: chez les uns, et ce sont les plus nombreux, elle est d’un rouge sombre violacé uniforme, présentant un aspect velouté ; chez d’autres, la coloration est plus claire et donne un peu sur le vert brunâtre; enfin quelques-uns présentent des taches blanchâtres plus ou moins abondantes sur la face externe des parapodies, sur le manteau et la partie antérieure du corps, tout en ayant une teinte générale analogue à celle d’un des deux types précédents.

Ces taches ne sont pas dues, comme l’avançait Rang, à la présence de | quelque peu d'air sous l'épiderme, mais bien à l’absence ou à la diminution de pigment en ces points. Si l’on examine lesdites taches à la loupe, on remarque qu’au milieu de la plupart d’entre elles se trouvent plusieurs ponctuations blanches dues à de petites concrétions calcaires enfoncées dans les tissus.

La face inférieure du pied est toujours un peu moins colorée que le reste du

(1) Les formules radulaires n’ont le plus souvent, quant au nombre des dents latérales, qu’une valeur relative, attendu que, suivant la grosseur des individus, le nombre de ces dents peut varier; nous donnons le chiffre le plus habituel que nous avons observé.

corps ; il en est de même de la face interne des parapodies qui d'ordinaire ne présente pas de revêtement pigmentaire.

Mais ce qui dans la coloration caractérise le mieux cette espèce d’Æp/ysia, et ce qui lui a valu sa dénomination spécifique de fasciata que nous croyons devoir lui conserver, c’est la présence d’une forte ligne orangée ou rouge vermillon sur les bords libres des parapodies, sur le bord droit du manteau, sur les bords du voile et des tentacules buccaux ainsi que sur ceux des tentacules dorsaux. Aucune autre espèce d’Æplysia ne présente de bandes colorées continues en ces points.

Les lobes des pieds (que nous désignons sous le nom des parapodies, mais que l’on nomme aussi épipodes), sont très grands chez cette espèce d’Æp/ysia et ne se soudent pas postérieurement ; tout en se rapprochant beaucoup l’un de l’autre en avant, chacun va se terminer derrière le tentacule dorsal de son côté, son point d'insertion demeurant ainsi assez éloigné transversalement de celui de l'autre côté.

Ces parapodies ainsi développées permettent à l’animal de nager avec assez de facilité ; nous avons vu plusieurs fois ces mollusques monter, descendre et exécuter divers autres mouvements dans les aquariums où nous les conservions. L'Aplysia fasciata nage toujours la face ventrale tournée en bas et elle ne présente le pied en l'air que lorsqu'elle vient ramper en quelque sorte à la surface de l’eau, suspendue dans le liquide; dans ce cas, les parapodies demeurent immobiles ou n’exécutent que des mouvements très lents destinés à faciliter la circulation de l’eau autour de l'appareil respiratoire.

Le manteau est relativement assez développé chez cette espèce ; 1] recouvre toute la coquille et forme en arrière un enroulement qui constitne un tube dirigé d'avant en arrière et sortant entre les parapodies. L’anus est placé dans l'intérieur de ce tube, sur les parois postérieures, un peu au dessus de la coquille ; il forme en ce point une tache plus foncée que la teinte environnante.

Rang, dans son histoire des Æp/ysies, dit à la page 54, en faisant la description de cette espèce : « L'opercule (la coquille) est très grand, la membrane qui le revêt paraît fréquemment déchirée » ; puis, croyant avoir fait une erreur, le naturaliste met la note suivante : « C’est à tort que nous avons porté une petite ouver- « ture à la membrane de l’opercule dans la figure au trait de la pl. VI, ce caractère « doit être remplacé par un petit tube ». C’est parfaitement un petit orifice et non une déchirure que l’on a presque sur le milieu du manteau, un peu à droite ; cet orifice qui met à nu une bien petite partie de la coquille, puisqu'il ne dépasse pas 3 millimètres de diamètre chez les plus gros individus, peut se fermer selon la volonté de l'animal ; même lorsque l'animal se contracte fortement ou après un séjour dans l'alcool, les bords de l'orifice peuvent se relever un peu et former

alors un petit tube très court. De cet orifice partent en rayonnant de nombreuses petites lignes noirâtres.

Chez un de nos individus, nous avons observé deux orifices placés à peu de distance l’un de l’autre.

Sous le bord droit du manteau, nous trouvons la branchie; cet organe, d’une teinte rouge grisâtre assez pâle, s'aperçoit un peu en dehors du manteau, la pointe dirigée vers la base du tube palléal, au dessous de l’orifice anal.

Le voile buccal dans sa partie centrale est peu proéminent ; il présente en son milieu une forte échancrure sous laquelle nous trouvons la bouche; sur les côtés, il est plus développé et forme en se recoquillant en dessous, les tentacules labiaux.

Les rhinophores ou tentacules dorsaux sont longs, en forme d'oreille de lièvre et un peu coniques, surtout lorsque l'animal se contracte. L'ouverture des tentacules est toujours latérale.

Les yeux sont placés un peu en avant et en dehors des rhinophores ; ils sont assez enfoncés dans les téguments qui en ces points sont presque totalement dépourvus de pigment.

De l’orifice génital part le s#//on séminal qui, pour arriver à l'ouverture péniale, contourne le point d'insertion de la parapodie de droite et suit le côté du corps en passant au dessous et dehors du tentacule dorsal. Ce sillon qui est assez profond, moins cependant que chez les deux autres espèces, présente à son intérieur une coloration rouge pâle.

Pour terminer la description de cette espèce, il nous reste à parler de sa coquille, de ses mâchoires et de sa radula.

Radula. — La radula de |’ 4. fasciata est moins oblongue que celle de |’ depilans que nous avons dessinée (fig. 57), sans être quadrangulaire comme celle de l’Aplysiella Weebbii (fig. 74).

Chez les plus gros individus, cet organe m'a présenté 50 à 52 rangées de dents, maïs chez les individus moyens il n’y en a que 45 et de 35 à 38 chez les petits. Comme on le voit, le nombre de rangées est en rapport direct avec la taille de l'animal ; il est probable que tout-à-fait chez les jeunes (ceux qui viennent de quitter leur phase larvaire pélagique), ce nombre est encore bien inférieur à 35, de même qu'il dépasse 52 chez certains individus de taille exceptionnelle. Ainsi une Æ. fasciate prise à Nice, possédait 72 rangées de dents à sa radula.

Chaque rangée se compose d’une dent médiane où rachidienne et d'ordinaire d’une trentaine de dents latérales de chaque côté ; le nombre de ces dernières est

ou — aussi très variable ; ainsi, chez nos plus petits individus, 1l descend à 22, et s’est élevé à 39 chez l’exemplaire de Nice.

La dent rachidienne, de forme trapézoïde, présente un fort denticule recourbé en son milieu, puis de chaque côté de sa base quelques dentelures (fig. 63 4).

La première dent latérale b, de forme triangulaire, offre un fort denticule avec dentelures latérales, plus deux petits denticules sur son bord externe. Si nous observons ensuite les dents /atérales suivantes, en nous éloignant du rachis, nous remarquons que les deux denticules latéraux externes sont plus accentués, que le gros denticule est plus long et qu'il offre des bords plus fortement dentelés, surtout du côté interne.

Dans notre figure 64, nous représentons de profil, et vue du côté interne, la dixième dent latérale qui est dessinée de face dans la figure précédente (fig. 63 c).

Les dernières dents /a/érales sont comme toujours plus ou moins rudimentaires; chez la dernière, les denticules mêmes disparaissent et il ne reste plus que la partie basilaire de la dent.

Mächoires. — Ces organes (fig. 60) forment chez 4. fasciata deux grandes plaques chitineuses, placées latéralement, mais occupant en réalité tout le tour de l’orifice par suite de leurs dimensions transversales, qui permettent à leurs bords de se toucher presque au dessus comme au dessous. Quant à leur longueur (dimensions d'avant en arrière), elle est proportionnellement plus grande que chez nos deux autres espèces d’Æplysia ( À. depilans et À. punctata) ainsi que chez | 4p/ysiella et le Notarchus.

Leur coloration est d’un jaune chitine assez intense.

Ces organes sont constitués par des bâtonnets assez grêles, mais beaucoup plus longs que ceux qui forment les mâchoires de tous nos autres Ap/ysiadés ; pour voir ces bâtonnets avec toute leur longueur, il faut avoir le soin de les prendre à la partie antérieure des mâchoires et non postérieurement où se trouvent ceux qui sont en train de se développer.

Nous donnons figure 61 à un grossissement de trente fois, le dessin de quelquesuns de ces bâtonnets accolés les uns aux autres et réunis par leur base; puis figure 62, à un plus fort grossissement, deux d’entre eux isolés pour montrer la courbure que présente d'ordinaire leur partie supérieure; cette courbure cependant peut être moins accentuée et disparaître même quelquefois.

Coquille. — La coquille de cette espèce est proportionnellement plus fragile, plus délicate que chez les deux autres espèces du golfe de Marseille ; elle est arrondie, peu bombée, translucide ; sa teinte est jaune ambre pâle. Son échancrure

postérieure ou échancrure anale est peu concave, peu profonde, mais plus large, que chez l’4. depilans; son sommet est moins incurvé que chez cette dernière espèce et les bords de ce sommet viennent un peu sur la face dorsale de la coquille, mais sans former de pli (fig. 59).

Si vous laissez macérer dans l’eau pendant quelques jours une coquille que vous aurez prise sur un animal frais, il vous sera facile de séparer l’épiderme corné de la substance calcaire qui le tapisse intérieurement et de voir que cette dernière a une très faible épaisseur. Vue par transparence, cette coquille est légèrement chagrinée. Ces stries d’accroissement ne sont pas très marquées, tandis que les sillons longitudinaux (lesquels vont du sommet vers les parties antérieures et latérales de la coquille), sont très sensibles; ces sillons n'intéressent pas la substance coquillière en l’amincissant, mais forment des sortes de gouttières produites par l’ensemble de l’organe.

Lorsque la coquille a atteint tout son développement, ses bords ne sont plus membraneux, ou ne le sont que très légèrement à la partie antérieure.

APLYSIA DEPILANS, Bonarscn, 1761.

Synonymes : LapLysia DEPILANS, Linné.

Apzysia LerorINa. Delle Chiaje, 1823.

DozaseLLa Lepus, Risso, 1826,

ANIMaAL très bombé, oblong, aigu postérieurement, lisse, d'une teinte olivâtre, ou vert de vessie, plus accentué à sa face dorsale qu'inférieurement et présentant souvent des taches claires assez grandes. Manteau oblong, avec une ouverture en son milieu. Pied assez développé et se relevant de chaque côté pour former les parapodies; ces parties sont moins mobiles et moins grandes que chez l'A. fasciata, elles sont soudées l'une à l’autre postérieurement.

Méchoires lamelliformes, deux fois plus larges que longues et constituées par des bâtonnets chitineux courts et crochus supérieurement. Radula ayant pour formule 25 à 30, 1, 25 à 30.

Coqurzee d’une coloration jaune d’ambre, avec le sommet presque blanc; de forme

oblongue et relativement assez concave; son échancrure anale est peu large,

mais accentuée.

Cette espèce d’Aplysia se rencontre souvent dans le golfe de Marseille ; on la trouve généralement près des côtes, au milieu des rochers couverts d’algues, toujours à une faible profondeur (o" à 2 ou 3 mètres), ce qui explique la présence de nombreux individus jetés à la côte après le mauvais temps.

Nous avons pris ces animaux sur tout le littoral, du cap Janet à la pointe de

Montredon, mais c’est surtout vers ce dernier point et même au fond de l’anse de la Pointe-Rouge qu’ils abondent.

L’Aplysia depilans atteint ici des dimensions presque doubles de celles de l'A. fasciata ; 1 n’est pas rare de trouver des individus dont la longueur dépasse 25 centimètres lorsqu'ils sont en marche, sur une largeur maximum d’environ 10 centimètres.

Les figures de cette espèce données par Rang (PI. XVIet XVIT) sont exactes et c’est à elles que nous renvoyons le lecteur; elles représentent fidèlement ce mollusque sous toutes ses faces, seulement la teinte générale est un peu différente de celle des individus du golfe de Marseille. Ainsi nos Æp/ysia, au lieu d’avoir une teinte brun verdâtre pâle comme celle des figures de Rang, possèdent une coloration brun verdâtre sombre (vert de vessie) ou mieux la teinte de la majorité des Fucacées. Cette coloration n’est pas uniforme, elle est plus ou moins accentuée suivant les parties du corps (sombre dans la region céphalique et sur le dos, claire à la face inférieure du pied....); elle est aussi fréquemment interrompue par des taches très claires, presque blanchâtres (olivacé blanchâtre) et non bleues comme celles de l’individu figuré dans l’Æ4flas du Règne animal (1).

La coquille de cette espèce n’est jamais complètement cachée par le manteau, car ce dernier est percé en son milieu d’une ouverture qui a plus de six millimètres de diamètre. Cet orifice, qui met à nu une petite partie du test de la coquille, est proportionnellement plus grand chez la depilans que chez la fasciata. Quelques raies noires, disposées en rayons, partent de cet orifice et ne tardent pas à disparaître.

Le manteau n’est pas plus développé que chez l’4. fasciata; il forme du côté droit un rebord charnu, qui protège d’abord la branchie, puis s’enroule pour constituer postérieurement le tube anal. Celui-ci est moins allongé, mais plus large que celui de la précédente espèce.

Les tentacules labiaux, formés par le recoquillement du voile buccal, sont déprimés et ondulés sur les bords; les rhinophores ou tentacules dorsaux sont longs, très auriculiformes, particularité qui a valu plusisurs fois à cette espèce la dénomination de lièvre marin (4. leporina..... ). Les yeux, enfoncés au milieu des tissus, sont placés un peu en avant et en dehors des rhinophores; il est facile de les apercevoir parce que les téguments sont en ces points dépourvus de pigments.

Le sillon séminal, partant de l’orifice vulvaire, se dirige en avant, longe le flanc droit et va se terminer à l'ouverture péniale.

Après la coloration générale, le caractère le plus marquant de l’Æ depilans

Cuvier. Règne Animal; Mollusques, PI. 33, fig. 1.

consiste dans la largeur relativement considérable de la face inférieure du pied et cela au détriment des parapodies. Ces dernières, par suite, moins développées que celles de V4. fasciata et soudées en arrière, ne peuvent exécuter que des mouvements d’une amplitude moindre, ce qui ne permet pas à cette espèce de se déplacer en nageant avec autant de facilité; maïs par contre, en rampant sur les rochers et dans nos aquariums contre les parois de ceux-ci, elle contracte une adhérence plus forte, grâce à cette largeur de son pied, et lorsqu'on veut la dégager, il faut vaincre une certaine résistance.

Méchoires. — Ces organes sont ici proportionnellement moins développés en longueur que chez nos deux autres espèces d’Aplysia; ils forment à l'entrée de la cavité buccale deux bandelettes chitineuses placées latéralement, mais se touchant presque au dessus comme au dessous (fig. 54).

Leur coloration est jaune d’ambre.

Les bâtonnets qui constituent ces mâchoires sont beaucoup plus courts, mais aussi gros que ceux des À. fasciata ; ils sont à peu près cylindriques, amincis et terminés en pointe recourbée à leur extrémité supérieure (fig. 56). Ces bâtonnets, qui sont très serrés les uns contre les autres, donnent aux mâchoires un aspect un peu particulier et c’est pour montrer cet aspect que nous avons représenté (fig. 55) un fragment grossi d’un de ces organes.

Radula. — La radula est constituée par une lame linguiforme (fig. 57), d'une belle teinte jaune d’ambre.

Elle présente une soixantaine de rangées de dents, mais ce nombre peut varier suivant les dimensions de l'animal.

Chacune de ces rangées est formée par 25 à 30 dents latérales, placées de chaque côté et un peu au-dessous d’une dent médiane ou rachidienne, ce qui nous donne pour formule dentaire de cette espèce 30, I, 30.

La dent médiane, de forme trapézoïde, présente un prolongement, sorte de lame recourbée d'avant en arrière et sur les bords postérieurs duquel on peut reconnaître la trace de trois denticules atrophiés (fig. 58).

Chez les premières dents latérales (x) de forme triangulaire, les denticules sont peu développés; on en distingue un médian relativement assez fort et deux latéraux (un de chaque côté); le denticule latéral interne est d'ordinaire double et forme chez les dents suivantes une lamelle, tandis que le denticule latéral externe n’arrive jamais à constituer une lamelle, même lorsqu'il se

(1) Dans notre figure 44, nous avons représenté une dent wédiane suivie des 3 premières dents latérales de droite, puis de la 16°*, dela 23*° et enfin des deux dernières (29°° et 30°).

no —

dédouble. Quant au denticule médian, il se développe aussi chez les dents suivantes, et offre sur les côtés une série de dentelures qui descendent jusqu'aux denticules latéraux. Il va sans dire que chez les dernières dents tous leurs denticules s’atrophient aussi bien que les dents elles-mêmes.

Coquille. — La coquille, de forme oblonge, offre une teinte jaune d’ambre, le sommet presque blanc. Flle est plus épaisse que celle de lÆ. fasciata; sa surface calcaire étant plus abondante, et sa translucidité est, par suite, moins grande. Elle est assez concave dans toute son étendue; son sommet ou rostre est recourbé en dessous et ses bords dans cette partie remontent un peu sur la face supérieure de la coquille en formant quelques plis.

L'échancrure postérieure ou échancrure anale est d’une concavité accentuée (lg. 53).

Les stries longitudinales, plus prononcées que celles d’accroissement, sont plutôt des sillons que de véritables stries; car, comme nous l’avons déjà dit pour l”’Æ. fasciata, ce ne sont pas de simple lignes tracées dans la substance coquillière, mais bien de petits canaux plus ou moins marqués et s’élargissant en s’éloignant du rostre où sommet, sans amoindrir dans leur parcours l'épaisseur de la coquille.

APLYSIA PUNCTATA, Cuvier, 1803.

Synonymes : Arcysia Cuvieri, Delle-Chiaje, 1823. À. MaRGINATA €t A. PUNCTATA, Philippi, 1844.

À. GUTTATA, Sars.

A. Dumorrieri, Cantraine, 1840.

ANIMAL corps bombé, oblong, aigu en arrière, lisse et de couleur noir pourpré, bru. nâtre ou brun verdätre, loujours avec une grande quantité de petites taches pâles au milieu desquelles se trouvent souvent des ponctuations d'un blanc mat; tentacules dorsaux allongés ; manteau oblong avec une ouverture ovale au milieu ; pied étroit, parapodies assez grandes et très mobiles, légèrement soudées en arrière.

Mächoires assez développées, constituées par des bäâtonnets relativement gros et courts; radula ayant pour formule 15, x, 16.

CoquiLee oblongue, concave, membraneuse, d’un belle couleur d'ambre; l'échancrure

presque en arrière, très courte, peu arquée; le rostre petit.

La diagnose spécifique que l’on trouve dans l’ouvrage de Rang, rappelle mieux les caractères distinctifs de cette espèce que le dessin qu’il nous donne PI. XVIII, fig. 2; cette remarque s'adresse aussi bien à l’aspect général du mollusque qu’aux

figures de sa coquille (même planche, fig. 3 et 4). Pour nous, il n’est cependant pas douteux que c’est bien l’espèce que nous trouvons abondamment sur tout notre littoral que Rang a vue et étudiée.

La grande variation que l’on observe dans la teinte générale de l’Æp/ysia punctata doit être surtout attribuée à la nature des fonds dans lesquels on a pris les individus que l’on examine; ainsi, dans le golfe de Marseille, nous en avons eu d’une teinte générale jaune brunûâtre, d’autres fois jaune pourprée, ou bien encore vert olivâtre, suivant les endroïts où ils avaient été péchés. Cependant dans les mêmes fonds, nous en avons quelquefois pris de coloration un peu différente.

Toute la surface du corps de l’4. punctata est lisse.

Le manteau présente en son milieu un orifice ovale, qui met à nu la coquille sur un espace relativement assez grand ; chez cette espèce, cet orifice atteint sou vent en diamètre près d’un tiers de la longueur totale de la coquille. On observe ici un moindre développement du manteau que chez les deux espèces précédentes ; les téguments d’une faible épaisseur forment du côté droit un rebord moins charnu, et sur le prolongement de celui-ci, on remarque que le tube anal est proportionnellement moins long. Cette diminution dans la longueur du tube anal doit aussi être en rapport avec le moindre développement de la partie postérieure des parapodies; en effet, ces organes ont en arrière leurs bords soudés sur une plus grande longueur, mais antérieurement ils conservent toute leur indépendance.

En agitant ses parapodies, l4. punctata peut nager dans tous les sens, maïs pas avec la même facilité que celle que présente l’4. fasciata.

Le pied est assez développé chez cette espèce; il peut avoir, lorsque l’animal rampe, près du tiers de la largeur maximum du corps; postérieurement il se termine en pointe.

Nous avons parlé en commençant de la teinte générale du corps de ce mollusques, sans décrire en détail ce qui lui a donné cette dénomination spécifique de punctata. La surface de tout le corps qui est recouverte d’un pigment jaune brunâtre, jaune pourpré, vert olivâtre,..... présente dans son étendue de nombreuses petites taches hyalines au milieu de chacune desquelles on remarque un point blanc.

Si l’on observe avec une bonne loupe une de ces taches, on voit que le point blanc qui en occupe le centre, est arrondi, d’un teint mat et se trouve être enfoncé dans les tissus; quant à la tache elle-même, elle est formée par la dénudation pigmentaire en ce point des téguments et ses contours plus ou moins hexagonaux sont limités par un renforcement de la coloration générale du corps, ce qui nous donne une espèce de ligne olivâtre, brune ou pourprée. Souvent certains de ces espaces hexagonaux perdent leur hyalinité et deviennent

OR

au moins aussi colorés que les bords; alors les ponctuations blanches sont moins visibles par suite de la coloration sombre de la partie superficielle des téguments en ces points, On voit souvent plusieurs de ces petites taches se réunir et former un espace hyalin plus ou moins grand avec un nombre correspondant de points blancs isolés les uns des autres; dans ce dernier cas, les taches ne sont pas individuellement limitées par une raie sombre, maïs seulement l’ensemble est cerné par une ligne foncée.

Mäâchoires. — Par leur forme générale, elles se rapprocheraient des mâchoires de l’Æ. fasciata; comme ces dernières, elles sont trapézoïdes (fig. 68), mais leur bord antérieur est moins droit; l’observation microscopique des pièces qui les constituent, les en éloignerait. Ces bâtonnets sont beaucoup moins longs et proportionnellement plus gros que ceux de l’Æ. fasciata, et leur forme générale (fig. 68 Zis) rappelle tout à fait celle des bâtonnets de l’Æ. depilans. En effet, chez l’une et l’autre espèce, ils sont massifs et terminés un peu en crochets supérieurement.

Vues à un faible grossissement, ces mâchoires présentent toujours un aspect guilloché; leur coloration jaune de chitine est foncée en avant, puis devient progressivement plus ou moins pâle en arrière.

Radula. — Var sa forme générale, la radula de cette espèce rappellerait celle de V4. depilans, tandis que la structure de ses dents la rapprocherait davantage de V4. fasciata. Cet organe m'a offert un nombre très variable de rangées; chez les individus pourprés que l’on prend le long de la côte (anse de la Pointe-Rouge), le nombre de rangées ne dépassait pas une trentaine; tandis que chez ceux que l'on récoltait dans les fonds de zostères ou les fonds coralligènes à une certaine distance des côtes, ou bien sur le pourtour des îles et dont la taille était toujours plus grande et la teinte vert olivâtre, nous constations 35 à 36 rangées, parfois une quarantaine. Il s’ensuivait chez ces dernières une différence dans la formule dentaire qui était alors 16, 1, 16,au lieu de 13, 1,13ou16,1,16.

M. O. Sars donne dans son ouvrage sur les mollusques des côtes de la Norwège (PI. 12, fig. 18, c, d, e) quelques dessins de la radula de 4. punctata que l’on trouve dans cette région ; ces dessins ne diffèrent pas de ceux que nous donnons (fig. 69). La dent médiane est plus large et moins longue que chez les deux espèces précédentes, sa base est plus fortement échancrée et sa partie crochue est constituée par une pointe médiane dentelée, à la base de laquelle nous trouvons deux denticules de chaque côté.

Dans cette même figure 69, nous donnons aussi la première dent /arérale, la sixième et les trois dernières qui sont toujours plus ou moins atrophiées.

Coquille. — Nous avons représenté celle-ci (fig. 67), grandeur naturelle; elle est oblongue, beaucoup plus concave que la coquille de |”. depilans avec laquelle elle aurait le plus d’analogie; membraneuse et d’une couleur d’ambre pâle et très hyaline chez les jeunes individus, elle devient plus résistante et elle est alors d’une teinte d’ambre accentuée chez les gros. L’échancrure anale, rejetée en arrière, est très peu sensible ; le rostre est petit.

Les stries d’accroissement se voient assez bien chez les coquilles des individus bien adultes ; mais dans les coquilles membraneuses elles se distinguent à peine. On n’observe pas de traces de sillons longitudinaux.

Après un assez long séjour dans l'alcool, les coquilles deviennent opaques et la substance calcaire qui tapisse l’intérieur se détache assez facilement.

GENRE APLYSIELLA, FiscHEr, 1872.

Nos recherches sur ces mollusques ayant toutes été faites sur des animaux frais pris dans le golfe de Marseille, il nous est permis aujourd’hui d’afirmer que l’Æplysia Weebbii constitue bien le type d’un genre distinct des Æp/ysia et offrant même sous divers rapports moins d’analogie avec ces derniers qu’on ne le supposait.

En effet, comme nous l’avons déjà dit, jusqu’à ce jour on avait fait de l’4p/ysiella Weebbii, ou une espèce du genre Æplysia, ou un sous-genre dépendant des mêmes animaux. Les caractères génériques que nous donnons ci-dessous démontreront qu'il faut séparer complètement cette espèce des 4p/ysia et la rapprocher du genre Mofarchus avec lequel elle offre de nombreux rapports plus spécialement au point de vue anatomique :

« Corps allongé, cou saillant et large, tentacules labiaux et dorsaux enroulés et tubuleux, pied très dilaté surtout en arrière; parapodies ou épipodes soudés dans une grande partie de leur longueur, se touchant suivant la ligne médiane et par suite ne pouvant être natatoire. Toute la surface dorsale du corps présente de petits mamelons légèrement tuberculeux.

« Mâchoires peu développées, constituées par de petits bâtonnets chitineux. Radula quadrangulaire, à dent centrale sur les côtés de laquelle se trouvent de nombreuses dents latérales. Gésier offrant des pièces cornées analogues à celles des Aplysia. Pénis inerme, coquille mince, hyaline, peu concave, trapézoïde

ou carrée. »

APLYSIELLA WEEBBII, Van Benenen et Ross.

Synonymes : ApPLysia VIRESCENTE ? Risso, 1826 (1) APL. PETALIFERA €t UNGUIFERA ? Rang, 1828.

APL. QUADRATA, Sowerby.

ANIMAL de forme ovale, la partie céphalique étant la moins large; d'une coloration générale brun rougeätre ou brun verdâtre suivant les individus, avec de grandes taches claires. Mamelons tuberculeux peu accentués à la surface des téguments, et présentant avec les taches claires des granulations calcaires sousépidermiques.

Mächoires lamelliformes,rudimentaires, formées de petits bâtonnets chitineux. Radula presque quadrangulaire ayant pour formule 48, 1, 48. — Gésier, armé.

CoquiLLe de forme à peu près carrée ; ses bords antérieurs et latéraux sont droits, son bord postérieur présente, à droite de son rostre un peu crochu, une échancrure anale assez concave. La coloration de la coquille est blanc hyalin irisé, avec stries d'accroissement assez marquées.

La coloration générale des téguments dorsaux de ce mollusque est brun rougeâtre (brun-léopardin) ou bien brun verdâtre (teinte des Fucacées) suivant les individus, même lorsqu'ils ont été pris dans les mêmes fonds.

Si l’on examine avec un grossissement de sept à huit fois ces téguments dorsaux, on remarque que la teinte brune, qui à l’œil nu paraît être uniforme, est due à la présence d’une multitude de taches très rapprochées les unes des autres. Ces taches, en forme de circonférence ou deligne brisée, sont plus petites sur toute l’étendue de larégion céphalique (figure 71 A), qu’à la surface des parapodies (même figure 8). On constate aussi la présence de ces mêmes taches, mais plus clairsemées et avec une teinte moins foncée, sur le bord postéro-droit des téguments palléaux.

A la face inférieure du corps, la coloration générale est grisâtre pâle; les taches brunes ont presque disparu ou du moins elles sont si peu colorées que leur présence ne peut être soupçonnée lorsque l’on regarde cette région à l'œil nu;

(1) Nous croyons, malgré les différences qui peuvent exister entre nos figures et celles données par Rüisso pour son À. virescente et par Rang pour les 4. petalifera et unguifera, que la Weebbii est bien identique à ces dernières. Toutefois c’est avec un point d’interrogation que nous indiquons

ces synonymies.

par contre, les taches blanchâtres, dues à des ponctuations calcaires enfoncées dans les tissus, sont devenues assez abondantes :

Après la mort de l'animal, la couche pigmentaire du corps tend à rougir, puis ne tarde pas à tomber laissant à nu les tissus sous-jacents avec leurs ponctuations blanches qui, enfoncées dans les téguments, deviennent alors plus visibles. Le corps de l'animal offre à ce moment une teinte jaune verdâtre plusou moins accentuée suivant les individus.

Le manteau est moins développé que dans le genre 4p/ysia; il consiste en une membrane peu colorée, presque hyaline, recouvrant d’une façon très incomplète la coquille, car il n’y a guère que les bords de celle-ci, le bord droit surtout, un peu protégés par lui. Tout le reste de la face dorsale de la coquille, par suite des dimensions de l’orifice palléal, demeure à découvert.

Quant au bord droit du manteau, il est assez charnu ; après avoir protégé la branchie, il vient former en arrière en se recoquillant, un rudiment de tube anal qui ne se montre jamais en dehors des parapodies.

Les parapodies ou épipodes sont aussi moins grandes et moins libres chez l’Aplysiella Weebbii que chez les véritables Aplysia, mais elles sont plus épaisses. Soudés en arrière à une certaine distance de l’extrémité du corps (fig. 70), ces organes viennent se confondre avec les téguments céphaliques sur les côtés de l’orifice génital, ne pouvant ainsi mettre à découvert lorsqu'ils s’écartent que la région occupée par la coquille. Dans tout le reste de leur étendue, ils font corps avec les organes sous-jacents.

Le pied est fort large et très charnu; c’est à sa partie tout-à-fait antérieure, celle qui forme le bord, que le pied offre son minimum de largeur ; tandis que c’est près de son extrémité postérieure (extrémité qui est toujours très arrondie) que cet organe atteint sa plus grande largeur. Par suite de ce développement, le pied ne peut pas, comme celui de la plupart des 4plysia, se plier en deux suivant la ligne médiane longitudinale du corps.

L’Aplysiella est un animal nullement nageur, il ne peut que ramper à la surface des corps et contracter avec eux une certaine adhérence qu’il est quelquefois assez difficile de vaincre lorsque ce mollusque se trouve sur une surface unie et qu'il a été un peu tracassé.

La éranchie, d’un blanc laïteux pâle, est placée sous le bord droit du manteau et ne paraît jamais en dehors des parapodies ; elle présente la même forme que celle des Aplysia vraies.

Les orifices de la génération sont situés : l’un, l'ouverture génitale, un peu en arrière du point de jonction antérieure des parapodies ; l'autre, lorifice du pénis, sur le côté droit de la tête, un peu en arrière de la base du tentacule

labial ; reliant ces deux oritices, nous voyons le canal séminal que l’on peut suivre sur notre fig. 70. |

L’anus est placé à la base du recoquillement rudimentaire du bord droit du manteau, immédiatement après la coquille, vers le milieu de l’échancrure que

présente cette dernière.

Mächoires. — Elles sont ici plus rudimentaires que chez les trois espèces d’Æplysia que nous venons de décrire ; elles se composent de deux petites plaques (fig. 72), d’un jaune d’ambre assez sombre, très peu larges et n’occupant guère plus de la moitié de l’ouverture de la cavité buccale, laissant entre elles un espace assez grand aussi bien supérieurement qu’inférieurement.

Ces mâchoires sont constituées par de petites pièces chitineuses (fig. 73), en forme de bâtonnets, le plus souvent un peu recourbées à leur extrémité libre.

Radula. — Cet organe, complètement déployé (fig. 74), présente presque la forme d'un quadrilatère ayant les côtés latéraux légèrement concaves, le côté postérieur doublement convexe et quant à l’antérieur, il offre en son milieu un angle proéminent. Sa coloration est jaune d’ambre.

La radula est ici constituée par plus d’une quarantaine (44 chez mon plus gros individu) de rangées de dents ; chaque rangée offre de 48 à 49 dents latérales de chaque côté de la dent médiane. Dans notre (figure 75), nous donnons le dessin de cinq dents; une médiane et quatre latérales : la médiane 4, de forme trapézoïde, a sa partie recourbée constituée par cinq denticules, les trois médians d'égale force, les deux autres plus faibles ; la dent #, première dent latérale, présente, ainsi que les suivantes c, d ete, un fort crochet sur le bord externe duquel on trouve trois ou quatre denticules assez marqués, mais dont le premier n’arrive pas à égaler et dépasser en longueur le crochet lui-même, comme cela arrive à partir de la vingtième dent latérale (4, 25%° dent e, 43" dent) et chez toutes les suivantes.

La longueur ainsi que le faciès de toute la partie crochue des dents latérales peuvent se modifier sensiblement suivant la position des dents ; celles qui nous ont servi pour faire nos dessins, étaient plus fortement inclinées vers la ligne médiane de la radula et en même temps vers le fond de la bouche.

Ces variations peuvent, chez les dents latérales, être dues aussi à des modifications de la partie crochue elle-même ; elle prend assez souvent une largeur un peu plus grande par suite de la soudure du premier denticule et dans ce dernier cas, c’est le denticule suivant qui s’allongera et dépassera bientôt en longueur le

crochet.

Coquille. — Cet organe a une forme carrée un peu trapézoïde, son bord antérieur étant légèrement plus large que le reste ; le côté gauche se prolonge en arrière pour constituer un rudiment de spire ou rostre qui vient s'appliquer sur la masse viscérale à gauche de l'anus ; entre le rostre et le côté droit, la coquille présente une échancrure anale, assez longue et bien accentuée (fig. 76.)

L'ensemble de cet organe est moins bombé que ne l’est la coquille de l’Æp/ysia fasciata, comme on peut le voir en comparant nos figures 59 et 76.

Quant à sa coloration, elle est blanche très hyaline, avec des reflets irisés qui sont dus à une structure un peu chagrinée de sa face externe ; les stries d’accroissement sont très visibles. Il existe bien des stries longitudinales , mais celles-ci se distinguent toujours fort peu même avec le secours d’une loupe.

Nous n'avons pu, chez cette coquille, isoler la substance calcaire de la pellicule externe ; celle-ci, croyons-nous, doit être peu développée, peut-être même absente et c’est ce qui explique la grande fragilité de la coquille de cette espèce

d’Aplysiadé.

Genre NOTARCHUS, Cuvier, 1817.

AN1MAL oblong, renflé, présentant sur fouie Sa surface dorsale des mamelons légèrement dentritiques. Tête distincte portant quatre tentacules, deux dorsaux et deux labiaux, constitués par des membranes enroulées sur elles-mêmes en forme d'oreille. Pied étroit, presque aussi long que le corps et terminé en pointe postérieurement ; les parapodies (ou lobes latéraux du pied) sont très développées et viennent au dessus du dos se souder l’une à l'autre sur presque toute la longueur de leurs bords, formant ainsi une vaste cavité qui ne communique avec l'extérieur que par une ouverture placée en avant ; celle ouverture peut se fermer complètement par la superposition des bords restés libres.

La masse viscérale est flottante à l'avant de cette grande cavité parapodiale; le manteau très rudimentaire forme du côté droit de la masse viscérale un repli charnu qui recouvre incomplètement l'organe respiratoire et la vulve. L'orifice pénial placé sur le côté droit de la tête, est relié à la vulve par une rainure profonde. Anus dorsal. Branchie pennée analogue à celle des Aplysia. Deux méchoires distinctes : radula, ©, 1, © ; gésier muni de pièces cornées.

Coque très petite, située sous les téguments palléaux, en arrière de l'anus.

Ce genre a été créé par Cuvier en 1817, d’après deux mollusques pris sur les côtes de l'Ile-de-France (île Maurice ), et qui lui avaient été donnés par un voyageur nommé M. Mathieu. — Scheweiger (1820), Férussac, Blainville et

ne — Deshayes ont conservé ce genre et l'ont toujours placé dans la famille des Aplysiens, près du genre Æplysia ; les deux premiers ont fait de cet animal le Morarchus indicus ; Blainville (1825) et Deshayes l’ont dénommé No. Cuvieri.

Rang (1), après avoir pu observer les deux individus étudiés par Cuvier et qui étaient conservés dans les collections du Muséum de Paris, crut devoir donner au Notarchus un peu moins d'importance ; il conserva la dénomination établie par Cuvier, mais il en fit un sous-genre dépendant du genre #p/ysia. C’est surtout dans l'absence du test, dans l’épaisseur de l’opercule (ou manteau) et sur l’état très rudimentaire de ce dernier qu'il fait reposer la conservation de ce groupe.

Rang donna la dénomination spécifique de gelatinosa à ces deux individus de l'Ile-de-France, de préférence à celles que nous avons signalées ci-dessus, parce que « le nom spécifique, dit-il, p. 71, que nous lui avons imposé était sur le bocal « qui les contenait et sans indication d’auteur ». Cette raison ne nous paraissant pas suffisante, nous croyons que l’on doït préférer la dénomination spécifique de Scheweiger, dénomination qui a été adoptée par plusieurs naturalistes et récemment (1880) par MM. Martens et Mobius dans leur ouvrage (2) sur la faune des îles Seychelles et Maurice.

Nous trouvons dans l’ouvrage que nous venons de citer trois dessins coloriés de cette espèce de Motarchus (3) PL XXI, fg. 4, 4° et 4", faits par M. Mobius d’après des animaux frais ; ces figures font mieux ressortir l’aspect véritable de ce mollusque que toutes celles qui ont été données jusqu’à ce jour.

En dehors des quelques naturalistes qui se sont occupés de ce genre, d’après des individus exotiques (4) ; tous les autres (Delle-Chiaje, Philippi, Cantraine) ont eu à leur disposition une espèce qui paraît très voisine du of. indicus, c’est le Not. punctatus de Philippi(1836). Cet animal a été pêché sur divers points de la Méditerranée et seulement dans cette mer.

C'est cette espèce qu’il nous a été possible de prendre assez souvent dans le golfe de Marseille, ce qui nous permet d’en donner aujourd’hui une description

(1) Ranc. Histoire Naturelle des Aplysiens, 1828.

(2) Marrens et Momius. Meeresfauna der Insel Mauritius und der Seychellén.

(3) Il est regrettable que ces naturalistes ne nous aient pas donné des dessins de la radula et des mâchoires pour mieux préciser les caractères spécifiques du Norarchus indicus.— D'après leurs figures coloriées, nous constatons seulement que la teinte générale jaune est plus claire que chez l’espèce méditerranéenne et donne un peu sur le rose ; les mamelons sont d’un jaune plus accentué ; sur toute la face dorsale ainsi que surles côtés, on voit de nombreuses taches, en forme de lignes brisées entre-croisées, toutes d’une coloration ocre brun.

(4) Môrch, en 1864, dans sa faune malacologique des Antilles danoises (île de Saïint-T'homas), a décrit une troisième espèce de Notarchus qu'il a nommée le Nos. polyomma (Arch. fur Naturges-

chichte, p. 273 et 299).

zoologique et anatomique assez étendue; mais, avant d'entrer dans les détails, établissons les caractères spécifiques de ce mollusque.

NOTARCHUS PUNCTATUS, Pnirpri, 1836.

AnimaL d'une teinte jaune fauve avec des taches irrégulières plus foncées et de petites ponctuations blanches ; nombreux mamelons un peu dendritiques, répartis assez irrégulièrement sur toute La surfacc du corps, moins le pied proprement dit, lequel constitue une bande lisse, assez étroite et terminée en pointe postérieurement.

Les tentacules, auriformes, sont obtus et peu développés.

Méchoires assez étendues, formées chacune par une multitude de petites pièces chitineuses ; radula de forme quadrangulaire ayant pour formule 40, 7, 40; crochets chitineux à la face interne supérieure de la cavité buccale. Gésier très musculeux armé de pièces cornées semblables à celles des Aplysia.

Pénis présentant un certain nombre de crochets chitineux sur toute Sa surface.

Coquizce winiscule, très fragile, hyaline, placée sous le manteau en arrière de l'anus, sa forme rappelle assez bien celle de la coquille des Coriocella.

Habitat. — Comme nous l'avons dit ci-dessus, on n'a encore trouvé cette espèce que dans la Méditerranée. — Nous en avons pris plus d’une dizaine dans le golfe de Marseille, à une profondeur de 15 à 25 mètres, fonds de zostères.

Plusieurs individus, appartenant à cette espèce, nous ont été envoyés en 1880 par notreami M. le marquis de Monterosato ; ils avaient été pêchés sur les côtes de la Sicile, aux environs de Palerme.

Le Notarchus a été encore trouvé aux environs de Nice par Vérany, qui l'a signalé dans ses deux catalogues.

Les premiers individus que nous avons eus à notre disposition ont été pris en juillet 1875, dans le golfe de Marseille, par Armand Joseph, le pêcheur du Laboratoire de Zoologie de la Faculté. L'un de ces individus avait près de 8 centimètres, tandis que les autres ainsi que tous ceux que nous avons pris depuis cette époque ne dépassaient pas 45 à 50 millimètres de longueur.

Nous avons pu, d'après nos premiers exemplaires et pendant qu'ils étaient pleins de vie, dessiner cette espèce sous plusieurs aspects; nous tenions d'autant plus à représenter le Notarchus punctatus sous toutes ses faces que les différents dessins que nous connaissons, laissent tous à désirer, aussi bien les premiers qui ont été faits d’après des individus conservés dans l’alcool (ceux de Cuvier, de

Rang...), que ceux que Philippi et des auteurs plus modernes ont donnés, probablement d’après des animaux vivants, bien qu’ils ne le mentionnent pas dans leurs ouvrages. Ces différents naturalistes n’ont pas assez mis en relief les caractères propres à ce genre d’Aplysiadés.

C’est notre gros individu qui nous a servi de modèle pour faire les dessins de faciès (figures 77,78 et 80) qui accompagnent notre travail; les deux premiers, représentant le Nof. punctatus vu par la face dorsale et par la face ventrale, sont de grandeur naturelle ; quant au troisième, donnant la partie antéro-inférieure de ce mollusque, il a été fait à un grossissement de trois fois en diamètre.

Comme on le voit par nos figures 77 et 78, ce mollusque a une forme allongée, oblongue, bombée et très renflée sur les côtés; son corps se termine en pointe postérieurement, tandis que son extrémité antérieure et céphalique est obtuse et forme une saillie dépassant assez le bord antérieur du pied.— La tête est globuleuse, elle est reliée au corps par un cou beaucoup moins long que celui que nous observons chez l’Aplysiella Weebbii (voir notre fig. 70) ; elle présente deux paires de tentacules non retractiles. Les tentacules labiaux occupent les parties latéro-antérieures du voile buccal dont ils ne forment qu’une dépendance. Ces organes sont en effet formés par le voile buccal lui-même qui se replie en avant et au dessous, comme on peut le voir sur nos figures 78 et 80; chacun de ces tentacules labiaux constitue ainsi une sorte de cylindre conique membraneux ouvert à son extrémité avec bords rejetés en dehors.

Quant aux tentacules dorsaux ou rhinophores, placés en arrière, presque à la naissance du cou, ils offrent à peu près la même forme, sont ouverts supérieurement et leur ouverture est tournée en arrière au lieu d’être dirigée en avant comme chez les tentacules labiaux. Cest à la base des rhinophores et un peu en avant que l’on aperçoit les yeux, enfoncés dans l'épaisseur des téguments.

Le bord antérieur du voile buccal offre quelquefois en son milieu 3 ou 4 sinuosités verticales, sortes de prolongements très rudimentaires; nous ne les avons représentées que sur notre figure 77.

Coloration. — La face dorsale de ces animaux présente une teinte générale jaune fauve transparent, avec des taches superficielles ou marbrures irrégulières plus foncées et donnant quelquefois sur le verdâtre. On remarque aussi de nombreux petits points blancs mats disposés en amas sur les tubercules mamelonnés.— Quant à la face inférieure du pied (la plante du pied ou partie adhérente), elle offre une teinte fauve grisâtre uniforme, toujours assez claire, sans taches foncées ni points blancs.

Le manteau présente la même coloration que les téguments extérieurs des parapodies, mais plus claire et n’offrant pas de ponctuations blanches.

ro

Mis dans l’alcool, ce mollusque conserve assez bien sa teinte générale, seulement les tissus perdent leur transparence.

Maintenant que nous avons indiqué la coloration que présentent les diverses parties extérieures du Mo. punctatus, revenons à la description des différentes régions de son corps.

L'orifice dorsal que l’on observe sur la ligne médiane longitudinale est placé plus en avant que le même orifice chez l’Æp/ysiella ; il se trouve être aussi beaucoup plus petit que chez ce dernier. C’est par cette ouverture que l’eau destinée aux fonctions respiratoires pénètre dans la cavité parapodiale et arrive à la branchie; c’est aussi par cette même ouverture qu’elle sort entraînant avec elle les déjections de l'animal.

La branchie ne se montre jamais hors de cet orifice, comme cela a été dit ou figuré par la plupart des naturalistes qui se sont occupés du Notarchus ; nous n'avons pas remarqué non plus chez notre espèce méditerranéenne la soupape membraneuse que K. Mobius a figurée chez l'individu du Mof. indicus, vu par la face dorsale (PL. XXI, fig. 4 4) et que Martens signale, p. 307, en faisant la description de l'animal (Faune maritime des îles Maurice et Seychelles).

Toute la surface extérieure du Nofarchus punctatus présente de nombreux tubercules coniques, plus ou moins développés, un peu dendriformes ou mieux mamelonnés. Ces tubercules ne sont pas disséminés tout-à-fait sans ordre à la surface du corps ; on peut remarquer qu’ils sont placés suivant certaines lignes longitudinales plus ou moins régulières et en nombre un peu variable suivant la grosseur des individus (de 5 à 9 rangées). Chez tous nos Notarchus, nous avons toujours observé en arrière de l’ouverture branchiale ou parapodiale une première série de 4 à 6 tubercules, d'ordinaire très développés ; sur les parties latérales du corps au moins deux rangées de chaque côté, composées chacune d’un nombre variable de tubercules.

Noustrouvons aussi quelques-uns de ces tubercules, mais alors très petits, sur la partie dorsale des téguments céphaliques ainsi qu'à la surface externe des deux paires de tentacules.

Lorsque l’animal se contracte fortement, la plupart de ces tubercules mamelonnés disparaissent ou demeurent à peine visibles ; il en est de même lorsqu'un de ces individus a séjourné longtemps dans l'alcool et c’est pour cette raison que les naturalistes qui n’ont eu que des Norarchus conservés dans ce liquide, ne signalent pas ces tubercules ou n’en ont vu et représenté qu'un nombre très restreint, comme l’a fait Rang, dans son ouvrage sur les Aplysiens.

L’orifice buccal, fendu longitudinalement, est placé un peu au dessous de la partie proéminente de la région céphalique. En arrière de l'ouverture buccale et à peu de distance de celle-ci, nous trouvons le pied, toujours très étroit, mais assez

nettement limité sur les côtés, de telle sorte que l’on croirait de prime abord que les téguments latéraux du mollusque n’en font pas partie. Le pied, ou plus exactement la partie centrale du pied, forme une étroite bande charnue, lisse, beaucoup plus longue que large, tronquée en avant, pointue en arrière et terminant postérieurement le corps de l’animal.

On remarque que sur toute la longueur de cet organe, même lorsqu'il est bien étalé et qu'il s'applique contre les parois d’un cristallisoir, il existe toujours un pli longitudinal très marqué; c’est suivant ce pli que le Mofarchus ferme son pied dans toute son étendue lorsqu'il veut nager ; c’est aussi dans cette position que les animaux conservés dans l’alcool présentent souvent cette partie de leur corps. On voit, dans ce dernier cas, à la face inférieure, un simple sillon sinueux plus ou moins profond.

Il n’est pas douteux, bien que nous n’ayons pu le constater nous-même, que le Notarchus ne se serve de la faculté qu'il a de pouvoir plier longitudinslement son pied en deux pour embrasser le bord d’une feuille de zostère ou quelque tige d’algue afin de mieux se fixer contre elles.

Nous ne nous sommes occupé jusqu’à présent que de l'aspect que présente le Notarchus vu extérieurement, comme si ses téguments externes enveloppaient intimement la masse viscérale; mais si nous coupons les téguments d’avant en arrière, à partir de l’orifice branchial, nous tombons dans une grande cavité à parois lisses, que nous désignerons sous le nom de cavité parapodiale, puisque ce sont les parapodies qui la limitent. Dans cette cavité flotte la masse viscérale retenue seulement à sa partie antérieure par les tissus de la région céphalique.

Cette partie du corps enveloppée par une membrane assez délicate, sorte de manteau rudimentaire, présente le même aspect que celui que l’on observe chez le Gastropteron Meckelii, moins le fagellum. Aussi on peut dire que le Nofarchus est aux autres Aplysiadés ce que le Gastropteron est aux autres Bullidés; les parapodies présentent chez l’un et chez l’autre un développement considérable, seulement chez le Gastropteron leurs bords demeurent libres tandis qu’ils sont soudés sur la plus grande partie de leur longueur chez le Notarchus.

Ces deux mollusques, bien qu’habitant à une certaine profondeur, peuvent prendre des allures d'animaux pélagiques. Le Gastropteron, en agitant ses parapodies à la manière des Ptéropodes, monte et descend rapidement au sein des eaux, peut-être même vient-il à la surface de la mer, comme Delle Chiaje dit l'avoir observé: « Dans les temps chauds et sereins, on le voit même flotter à la sur- « face quand la mer est très calme. » Chez le Notarchus, les parties libres de ses parapodies ont trop peu d’étendue pour avoir la force, en s’agitant, de mettre en mouvement l'animal; c’est au moyen d’un autre mécanisme assez intéressant que ce mollusque peut arriver à nager. Nous savons, d’une part, que les parois des

parapodies du Notarchus, étant très musculaires, peuvent subir de fortes contractions; d’autre part, que ces mêmes parois forment un grand sac, dont une faible partie de la cavité est occupée par la masse viscérale postérieure. Cette cavité, que nous avons nommée cavité parapodiale, est de plus en communication avec l'extérieur par une fente, l’orifice dorsal ou branchial, permettant à l’eau ambiante de pénétrer à l’intérieur et de circuler autour de la branchie. L'animal peut, grâce à cette disposition, distendre ses téguments parapodiaux et remplir d’eau toute la cavité; puis, en se contractant brusquement, chasser par la petite ouverture dorsale un volume d’eau relativement considérable. Cette brusque contraction fait d’abord éprouver au Notarchus un mouvement de recul, suivi, immédiatement après, d’un mouvement de rotation de l'animal sur lui-même, que celui-ci facilite en dirigeant sa tête en avant et en dessous.

Ce mollusque peut parcourir un espace assez long dans quelques minutes, en dilatant et contractant alternativement les parois de sa cavité parapodiale.

Ce mode de translation a, comme on le voit, beaucoup d’analogie avec celui des Céphalopodes; il est basé sur le même principe de physique.

Souvent il nous a été possible de voir nos exemplaires exécuter de véritables danses dans les aquariums où nous les avions mis; ils montaient, descendaient, allaient à droite ou à gauche, toujours en tournoyant sur eux-mêmes, la place seule leur manquait, car, presque à chaque contraction, ils venaient se heurter contre les parois des vases.

La partie céphalique semble leur servir de gouvernail; suivant la direction que prend celle-ci, le Notarchus peut nager de haut en bas, de bas en haut, horizontalement, etc... ; ainsi, lorsqu'il veut nager de bas en haut, il dirige sa tête vers le fond du vase, puis, après avoir rempli d’eau sa cavité parapodiale, il se contracte brusquement, ce qui lui imprime un mouvement de recul en sens opposé.

Si ce mollusque est placé dans un cristallisoir où se trouve de l’eau le recouvrant à peine, on remarque qu’à chaque contraction ordinaire (c'est-à-dire celles qui ont pour but de renouveler l’eau qui se trouve dans la cavité et de favoriser les fonctions respiratoires), il se produit au dessus de la fente branchiale un petit jet d’eau assez sensible. Si le volume d’eau du cristallisoir est plus faible, l’animal, incomplètement recouvert, se trouve renversé sur un de ses flancs et ne peut avancer qu’en rampant avec difficulté; il paraît aussi très gêné de l'introduction de l'air dans la cavité parapodiale, et, dès qu’il se trouve dans un milieu où l'eau ne lui fait plus défaut, il tâche de s’en débarrasser par de violentes contractions successives, qui le font pirouetter sur lui-même, tout en permettant au gaz de s'échapper bulle par bulle.

Avant de nous occuper de l’organisation interne du Notarchus, nous devons

ro —

faire la description du manteau rudimentaire qui enveloppe ses viscères, ainsi que de la coquille plus atrophiée encore, qui se trouve sous ce dernier.

Le manteau forme autour de la masse viscérale une membrane très fine, permettant de voir, par transparence, les organes sous-jacents ; il possède cependant une épaisseur un peu plus considérable à la face dorsale, et surtout sur le côté droit, où il constitue un bourrelet charnu. Ce bourrelet, que l’on peut voir dans notre figure 86, protège et recouvre plus ou moins l’orifice génital, ainsi que la branchie; il se dirige, comme on le voit, d'avant en arrière; d’abord arrondi et assez proéminent, il diminue de volume en se rapprochant de l’anus, et disparaît méme avant d'arriver à cet orifice, ce qui fait dire à Rang, dans sa description du Not. gelatinosus (4plysia gelatinosa), p. 71, « la membrane operculaire est réduite « à l’état le plus rudimentaire. » Le manteau n'offre pas de tubercules, il est complètement lisse dans toute son étendue; il n’y a de proéminent à sa face dorsale que l’anus, qui flotte au milieu du liquide ambiant, porté par une courte région intestinale.

La branchie repose au dessous de ce bourrelet, contre le flanc droit, et présente une surface d'insertion très large; son extrémité libre, terminée en pointe, est dirigée en bas et, parfois, un peu en avant. Je n’ai jamais remarqué, soit chez les individus vivants, soit chez ceux conservés dans l'alcool, que l'extrémité de la branchie sortit par l'ouverture branchiale, et je m'explique difficilement cet accord chez plusieurs naturalistes pour faire passer la pointe de l’organe respiratoire par

cet orifice.

Coquille. — Jusque dans ces derniers temps, on supposait que ce mollusque était complètement dépourvu de coquille. Nos précédentes recherches sur le Gastropteron Meckeli, et surtout la grande ressemblance entre la partie postérieure du corps proprement dit de ce mollusque et du Notarchus, nous amena à rechercher chez ce dernier animal s'il n’existerait pas une petite coquille microscopique dans le voisinage de l’anus, sous ses téguments palléaux.

Notre présomption ne fut nullement trompée; car nous trouvâmes, en décembre 1881, une petite coquille de 2 millim. de diamètre à la place ci-dessus indiquée Dans une note insérée en 1882 dans le Yowrnal de Conchyliologie (p. 271, pl. XI, fig. 8), nous avons donné la description de ce petit organe testacé, description que nous allons reproduire ici en la complétant.

Cette coquille est aussi fragile que celle du Gastropteron, mais un peu plus grande ; sa forme, moins nautiloïde, rappellerait plutôt la configuration d’une coquille de Coriocella, comme on peut le voir sur notre dessin (fig. 81). Elle est d’un blanc hyalin si on la laisse dans l’eau, et surtout dans l'alcool; mais, mise à sec, elle ne tarde pas à prendre une coloration blanche argentine.

Co —

Les stries d’accroïissement ne pouvaient s’apercevoir qu’au microscope, avec un grossissement assez fort ; ces stries, proportionnellement peu accentuées, étaient coupées par-ci par-là par de légères striations longitudinales.

Cette coquille, avons-nous dit, se trouve à la partie postérieure de la masse viscérale, sous les téguments palléaux, au point qu’occupe d'ordinaire la partie inférieure de la coquille chez les Aplysia. Nous n'avons pas constaté dans cette région de vaste cavité dans l’épaisseur du manteau, comme en présentent certains mollusques autour de leur coquille (Gastropteron, Doridium, tous les Pleurobranchus....), ni de pellicule se prolongeant bien au delà du bord externe du test, comme nous l’avons observé chez le Gastropteron.

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