‹ Recherchess anatomiques et physiologiques sur les Diptères, accompagnées de considérations relatives a l'histoire naturelle de ces insectesChapitre 5 sur 84 · APPAREIL RESPIRATOIRE · texte numérisé non relu

APPAREIL RESPIRATOIRE

Dans les Diptères, comme dans tous les insectes à trachées, l'appareil respiratoire semble cumuler deux fonctions, la resperation et la circulation. Toute expression dubitative doit même être exclue, et l’on peut affirmer que le mode de distribution de cet appareil, qui se divise et se subdivise à l'infini, comme les vaisseaux sanguins des vertébrés, rend incompatible une prétendue nos de liquide avec une positive circulation d'air : celle-ci annule par le fait la prenuère.

° Stigmates. — Il y en a le plus souvent deux paires thoraciques : lune, mésothoracique, située au-dessous de langle antérieur du thorax, ayant l'ouverture presque perpendiculaire à l'axe du corps; l’autre, métathoracique, occupant un sinus tégumentaire au-dessus du trochanter postérieur et ayant l’ouverture trèsoblique. Ces stigmates sont ordinairement oblongs, grands, à deux valves taillées en biseau pour se recouvrir mutuellement dans l'acte respiratoire. Ces valves sont glabres sur leurs bords dans les Tipulaires, garnies de cils fournis ou de franges dans les Tabaniens; ces stigmates sont ronds et comme operculés dans l'Echinomyia, tomenteux dans le Calliphora. La famille des Pupipares, la dernière de l'ordre, offre des singularités pour le nombre de ces stigmates thoraciques : le mélophage, insecte aptère, en a deux paires, etlhippobosque: ainsi que l'ornithomye, insectes ailés, n’en ont qu'une. On peut voir dans mon travail spécial sur l'anatomie des Pupipares! l'explication que j'ai donnée de ces différents cas. Elle est déduite des habitudes et du genre de vie de ces divers genres de Diptères.

Les stigmates abdominaux sont établis, les uns sur le segment dorsal lui-même, les autres sur la membrane souple qui sépare les segments dorsaux des ventraux : de là leur division en stig-

? Études anal. et physiol, sur les Pupipares. (Annales des Sc, nat. 3° série, t. III; 1845.)

mates segmentaires et intersegmentaires. Cette division , aussi importante que naturelle, est applicable aux stigmates abdominaux des insectes des autres ordres. Ces orifices respiratoires, toujours disposés par paires symétriques sur les côtés de l'abdomen, diffèrent aussi par leur nombre suivant les familles : ceux des Culicides sont intersegmentaires et au nombre de six, en points ronds. Je n'ai pas découvert, non plus que Réaumur, les stigmates abdomivaux des Tipulaires : j'en appelle à de nouvelles explorations. Ils sont pareillement intersegmentaires dans les Tabaniens, Asiliques, Syrphides, mais au nombre de cinq dans les premiers et les derniers, de six dans les seconds. Ceux des Muscides calyptérées sont segmentaires, au nombre de cinq petits et ronds, nichés au milieu des poils du tégument. Le premier est fort diflicile à découvrir, parce qu'il est placé sur un segment rudimentaire de la base de l'abdomen, et 1l m'a fallu violer la perspective dans le dessin pour le mettre en évidence. Parmi les Muscides acalyptérées, le Platystoma les a segmentaires, et ils m'ont semblé au nombre de trois paires seulement, ce qui est fort extraordinaire. Les deux premières sont semblables à de petits points noirs; la troisième, située près de l'oviscapte, est grande, oblongue, ellipsoïdale. Dans le Nemopoda, genre très-voisin du précédent, les stigmates abdominaux sont intersegmentaires et au nombre de cinq paires. Parmi les Pupipares, lhippobosque n'a que cinq paires de stigmates abdominaux nichés sur le tégument; il y en a sept dans le mélophage.

2° : Trachées. J'ai étudié avec un soin scrupuleux leurs diverses formes dans toutes les espèces soumises à mon scalpel, afin de les faire concorder, soit avec la classification, soit avec les autres appareils organiques. En faisant dans mes dossiers d'observations le relevé statistique de ces formes, j'ai été surpris des résultats curieux et inespérés que J'ai obtenus.

Avant d'exposer ceux-ci, il est bon de dire que les Diptères ont les deux ordres de trachées qui se rencontrent en général dans tous les insectes, savoir : les {ubulaires ou élastiques, dont l'existence est constante et que je ne m'attacherai pas à décrire,

el les vésiculaires ou membraneuses, qui ne sont pas indispen-

sables. Ces dernières servent exclusivement au vol, et l'animal, : suivant les besoins de cet exercice aérien, peut à volonté les

enfer à divers degrés.

Je distingue, dans les trachées vésiculaires, trois formes particulières : 1° les ballons ou aérostats, vastes réservoirs logés à la base de la cavité abdominale, s’anastomosant d’une part avec les utricules thoraciques, de l'autre avec les canaux bronchiques ou les grandes trachées latérales. Le plus ordinairement, il n’y en a qu'une paire, et quelquefois ils manquent entièrement; 2° les utricules thoraciques, réservoirs de moyenne grandeur, parfois même très-petits, mais ne manquant presque jamais; 3° les bulles céphaliques, vésicules d’une petitesse extrême et prodigieusement multipliées dans le crâne, où, en même temps qu’elles servent d’édredon au cerveau, elles facilitent, en diminuant la pesanteur de la tête, la direction des mouvements généraux.

En parcourant la série des familles, je signalerai celles qui sont pourvues ou privées de ballons trachéens. Nous trouverons des faits piquants d’une explication parfois embarrassante.

Ï existe une paire de ces ballons dans les Culicides, les Tipulaires et les Tabaniens. On connait le sifflement aigu des premiers et le bourdonnement nourri des derniers. Quant aux Tipulaires, dont le vol est peu bruyant, mais assez actif après le coucher du soleil, leurs ballons sont aussi beaucoup plus petits. Dans la famille des Stratiomydes, L'Ephippium et les Stratiomys ont deux aérostats, tandis que les Sarqus, Chrysomyia, Vappo, qui terminent ce groupe, n’en ont pas; mais les allures paisibles et le vol silencieux de ces trois derniers genres justifient cette privation, Les Asiliques, chasseurs robustes qui se précipitent comme un irait sur leur proie, qu'ils entraînent dans les airs, ont tous deux ballons, et les Empides, leurs voisins, n’en ont pas, tandis que le Cyrus, qui succède à ces derniers, en est pourvu. Et que penser de Pabsence complète des aérostats dans les Bombyliers, dont j'ai dissequé sept espèces? Comprenez-vous une privation aussi absolue

dans des insectes dont la vie si agitée est toujours aérienne, et dont le bourdonnement aigu, origine de leur dénomination, est susceptible sous un soleil ardent de toutes les modulations? La pature ne nous doit pas compte de ses infractions à nos lois. Passons outre et déclinons encore notre compétence devant les Anthraciens, Diptères tout aussi bien aéricoles que les précédents, mais bien moins vifs et nullement bourdonnants, qui, cependant, portent dans leurs flancs deux grands ballons arrondis. Les Thérévides, prompts au vol et danseurs aériens, en ont aussi deux, et Les Leptides, qui les suivent, en sont dépourvus. Les Dolichopodes, aussi rapides à la marche qu’au vol, et les brillants Syrphides, qui partagent leur existence entre la corolle qu'ils efleurent, et leurs danses amoureuses, leurs équilibres aériens, sont munis d’aérostats parfaitement conditionnés. Le Scenopinus, jeté par l'impertecton de nos méthodes entre deux grandes nations de Diptères aérostatiques, vient témoigner de la privation des locomotives atmosphériques par ses habitudes sédentaires, sa marche lente et monotone, son peu d'aptitude à mettre en exercice des aiïles toujours ployées etcomme collées sur son corps. Les OEstrides, remarquables par le bourdonnement aigu et la prestesse du vol, et cette longue série des Muscides calyptérées, des Dexia, Echynomyia Musca, Lucilia, Anthomyia, etc. tous Diptères essentiellement actifs, turbulents et bruyants dans leurs exercices aériens, ont une paire de ballons : je l'ai vérifié sur quarante et une espèces. La catégorie non moins populeuse des Muscides acalyptérées, depuis le Sepedon jusqu'au Sphærocera, de ces petites mouches qui habitent ou les rivages solitaires, ou les plantes marécageuses, ou les lieux ombragés, qui ont une démarche grave et compassée, un vol paisible et muet ; ces Diptères, dis-je, dont j'ai disséqué quarante-six espèces, sont tous, sans exception, déshérités d’aérostats comme de cueillerons aux balanciers. Enfin, l'Hippobosca, qui termine la chaîne diptérologique, confirme l’absence de ballons par son inbabileté à un vol soutenu et par sa vie parasite passée dans les régions les plus abritées du cheval.

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