A UN JEUNE POETE
0 garde-toi, mon jeune Ami, de te complaire Sous un ciel douloureux où nul astre n'a lui ; Ton âme étoufferait dans la forêt d'ennui Dont les fourrés sont lourds d'ombre crépusculaire.
Ouvre les yeux. Ouvre ton cœur. La vie est claire, La joie autour des fleurs ruisselle pour celui Qui, patient, voit naître aux spasmes d'aujourd'hui Les demains flamboyants d'espoir ou de colère.
Crois-moi. La brise vierge et nette du matin Qui se joue au rivage et rit vers le lointain Parmi le frisson frais des vagues unanimes,
L'orgueil d'être ébloui de sons et de parfums,
Tout aimer ! — gouffre amer, quels rêves sont défunts ?
Crispe-toi dans l'extase et bondis sur les cimes !