DEDICACE
Tu m'as rendu la vie et la force et la joie Fervente de l'amour.
Ma route simple et sûre à l'horizon s'éploie, Je la suis sans détour.
Tu m'as rendu l'élan qu'aurait eu ma jeunesse
Si je n'eusse douté Que l'aurore fleurisse et que la beauté naisse
D'une même clarté,
D'une clarté, soleil ruisselant dont s'embrase Le monde morne et gris
Aux rythmes qui soudain dans l'art et dans l'extase Ravissent nos esprits,
Rythmes, ailes d'oiseaux familiers ou volages Qui jasez dans les blés,
Ou mol déroulement des houles sur les plages, Parfums qui nous troublez,
Airain retentissant, or pur, éclat du verre, Souples rythmes des voix,
Souffles subtils du lys et de la primevère, Ouragans sur les bois,
Vous exaltez tous ceux qui sentent que palpite Un cœur dans l'univers
Quand ils vibrent, émus de la grandeur d'un site Ou du chant d'un beau vers...
Tu mas rendu la joie et la divine ivresse Des labeurs que j'ai craints ;
Je vois naître en tes yeux dont la flamme caresse Les rythmes souverains.
Tu m'as rendu la force et le vouloir tenace De tendre avidement
Aux vents rudes ou doux qui traversent l'espace Le fier jaillissement
En qui monte, affolé d'harmonie et de songe, Tout mon être éperdu
Vers l'océan de pourpre où le soleil se plonge. 0 Toi qui m'as rendu
La vie et la vigueur et la gloire du rêve Enclos au verbe d'or,
0 Toi dont la pensée en souriant s'élève Et vole sans effort,
Guide -moi de la main et de tes yeux que j'aime ;
Chante, et suscite en moi Les mots mélodieux qui forment un poème
D'espérance et de foi.
Verse -moi le trésor de ta douceur féconde,
Et, frissonnant d'ardeur, Dressons l'homme, debout sur la splendeur du monde,
En sa propre splendeur.
Mais sache qu'à jamais en tous lieux où me mène
Ton exemple inspiré, Ce sera toujours Toi que, dans la race humaine,
Toi que je chanterai !
Toi seule es qui j'entende et seule qui je voie ;
Ma route est sans détour ; Tu m'as rendu la vie et la force et la joie
Et la foi dans l'amour !
Galluis, 25-27 août 1916.