LES CHANSONS DE LA GUETTE
Où palpitent, merveilles ailées, Les papillons, les fleurs, les oiseaux, La lumière des nuits étoilées, Et l'écume surgissant des eaux,
Fragile aigrette que sème l'heure En diamants d'un jet décevant Quand les soulève ou quand les effleure Le caprice mobile du vent,
Ombres douces au fond des allées Parmi les clairs jardins de l'esprit, Où palpitent, merveilles ailées, Tout ce qui chante et tout ce qui rit,
Je vois naître où la grâce palpite Dès qu'y vibre un parfum de beauté, Je vois naître en le charme d'un site D'hiver songeur ou de tendre été,
Aux lumières des nuits étoilées, En l'écume surgissant des eaux, Dans toutes les merveilles ailées, Aux papillons, aux fleurs, aux oiseaux,
Blottis ou tremblant dans le feuillage, Je ne sais quel prestige pieux Qui, Chère ! m'enchante, et se dégage Dans l'étincellement de tes yeux.
Lorsqu'étincelle, ô mon Amie, L'ardente douceur de tes yeux (Me voici jeune, et j'étais vieux), En ton regard je communie.
Me voici jeune et j'étais vieux, Je sors d'une torpeur obscure Lorsque ta voix fraîche murmure Des mots tendres et précieux.
L'aurore sort du crépuscule (Me voici jeune, et j'étais vieux), Je sens, et je respire mieux :
Oh, frissonnant parfum, circule,
Embrase la terre et les cieux !
Tu sors, effluve, de toi-même ; Tu m'enveloppes, et je taime :
Me voici jeune, et j'étais vieux.
Les fleurs rouges du chemin, Les géraniums, les sauges, Tu les frôles de la main Et des yeux les interroges ;
Tu voudrais savoir pourquoi Plus purs de chaque corolle Les parfums montent vers Toi Dans l'été qui s'étiole ;
Pourquoi tremble d'un frisson Si profond la rose blanche Qui, l'ultime du buisson, Pudique, vers Toi se penche ?
Clématite d'un éclat Attirant et qui fascine, Et, charme plus délicat, Volubilis, capucine
Couleur de sang, de safran Ou d'aurore aventureuse, S'enlacent d'un fol élan Parmi leur tige fiévreuse.
Et tu vas, ne sachant pas Que chaque fleur te souhaite, Et que naît, devant tes pas, Une lumière de fête ;
Ne sais-tu, ne veux-tu voir ?
Toutes fleurs, sauge ru rose, N'ont comme moi qu'un espoir En Toi leur joie est éclose !
Trilles et flûtes, oiseaux du feuillage, Ailes de l'azur, où le ciel s'endort, Arpèges des harpes, vibrant essor Au jet d'eau clair dont la voix se propage, Ma joie et l'automne chantent d'accord.
Ma joie et l'automne chantent, prestiges De parfums pâmés, de couleurs, de sons : Pampres de feu, nous vous entrelaçons, Au délire flamboyant dans vos tiges, L'élan heureux de nos tendres chansons.
Les chansons de l'automne fauve et tendre, Les chansons d'un amour tendre et fervent, Au gré du soleil, de l'heure et du vent, Frissons de lumière, montent répandre En rythmes d'or pur leur charme émouvant.
L'ambre profond de nos pampres festonne De pourpre et d'or l'ombre où va voltiger Le rire fougueux, le rire léger, Le rire amoureux du chantant automne Parmi le feuillage roux du verger.
Guirlande sonore, fluide écharpe Qui se tissent des ailes de l'azur, Ni flûtes d'amour, essor trop obscur, Ni le lent enlacement de la harpe N etincellent d'un éclat aussi pur,
Aussi pur que l'automne fauve et tendre, Aussi pur que l'amour tendre et fervent, Que mon amour pour Toi tendre et vivant : Parfums, sons, couleurs, tu les viens épandre, Aurore ! où la nuit fut auparavant.
Septembre-novembre 1917.