‹ Récifs au soleil, poèmesChapitre 23 sur 31 · PAYSAGE · texte numérisé non relu

PAYSAGE

Dans le goût de Monticelli.

Le souffle frais de l'heure effleure les lilas, Les iris d'or dressés sur la rive du fleuve, Et, de frissons glissés par subtils entrelacs, Emmêle au pli des flots une guipure neuve.

Le feuillage allongé d'un aulne, en ondulant Sur l'anse paresseuse où croissent les stellaires Et qu à peine parfois trouble un cygne indolent, Se fond dans son reflet au miroir des eaux claires.

Double éclat roux et bleu surgi d'entre les joncs, Le prompt martin-pêcheur pique d'un bec vorace, Un poisson brusque saute ; et, plus loin, deux pigeons Roucoulent sur un saule ; un lourd corbeau croasse.

Partout l'air est limpide, et le fleuve léger Entre ses bords boisés où s'adoucit la brise Regarde au gré fervent du soleil s'immerger Des golfes d'ombre mauve en sa lumière grise.

Par le sentier ailé de furtifs papillons Qui scintillent de feux diaprés dans les branches, Sous l'ombrelle au soleil ruisselant de paillons Sourient en s'avançant des femmes aux mains blanches.

Le mol balancement des jeunes frondaisons Agite sur la peau de leurs épaules nues Et dans le fol réseau de leurs rousses toisons Un jeu capricieux de corolles ténues ;

Leurs amples robes sont de soie et de brocart Où pointe un joyau vieux dans des flots de dentelles. Gaîment, à pas menus, elles vont à l'écart S'asseoir lasses dans l'herbe où, debout devant elles,

Aux souffles frais de l'heure effleurant les lilas, Les iris d'or dressés sur la rive du fleuve, Avec son luth sonore et sa voix par éclats Le poète enivré chante sa chanson neuve.

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