‹ Récifs au soleil, poèmesChapitre 8 sur 31 · PETRARCA · texte numérisé non relu

PETRARCA

à Madame A. de Holstein.

Sournoises, lâches, cruelles

Les bêtes guettent dans la nuit ;

Le bois sous la tourmente s'échevèle,

L'ouragan hurle, rugit,

Et fracasse par saccades.

Une haleine de sang qui siffle aux feuilles mortes

Soulève dans un vacarme de cascade

Qui arrache les troncs d'arbre et les emporte

Au loin, la forêt où les bêtes en embuscade,

Sournoises, lâches, cruelles,

Reniflent une senteur de carnage.

Puis tout s'apaise. Un silence maussade

Soudain s'est abattu sur les halhers sauvages ;

L'effroi sinistre glace l'air, et ce qui vit

Sent en soi toute vie suspendue :

Pâle, sournoise, cruelle,

La grande Mort est descendue

Et enveloppe de ses ailes

Tout ce qui vit.

Sous l'horreur taciturne et livide des branches

Rien ne bouge ; des lueurs blanches

Dorment sur l'eau d'une flaque ;

Des dents dures ont grincé, et des os craquent ;

Toute la vie est suspendue,

La grande Mort est descendue.

La grande Mort est descendue ;

Comme un brouillard glacé dans la nuit immobile

Des ailes blêmes oscillent

Parmi les branches confondues.

Dans les fourrés silencieux

Une morne terreur a tué tout frisson ;

Répercutés de lieux en lieux

A travers les rochers, les gorges, les buissons

Des cris rauques ricanent ;

Un souffle épais et malsain

Rôde par les halliers :

Loups, hyènes, chacals

Et les corbeaux qui tourbillonnent par milliers

Se repaissent dans les décombres.

Sur tout ce qui fléchit et qui tombe

D'un élan si goulu leur appétit s'acharne

Qu'ils ne semblent mâcher à l'instant que de l'ombre.

Alors

Repus, les yeux flambants, dans un long cri de joie

Où s'atteste d'un suprême effort

L'ivresse de la Nuit et de la Mort,

Chaque bête, chaude et lourde du sang de sa proie,

Au fond d'un trou se réfugie et dort.

Toute vie dans la forêt est suspendue ;

Pâle, sournoise, cruelle

La grande Mort est descendue

Et enveloppe de ses ailes

Tout ce qui vit.

Mais l'éclair lent d'une lueur frémit

Au ciel et glisse dans le feuillage

Qui tressaille surpris d'un émoi soudain ;

L'air se fait pur et serein,

Et brusquement, dans le sourire de la brise,

Les ruisseaux chantent, le jour joyeux se délivre,

Le calme emplit la forêt.

La douce vie y reparaît,

Le matin règne et les oiseaux en fête

De clairs refrains, de vives chansons

Egaient la solitude en pâmoison.

Tout fleurit, tout convie, tout rayonne ;

Tu triomphes, ô beauté, tu bourdonnes,

Essaim d'abeilles d'or, jeunesse de la Vie !

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