‹ Récit complet et authentique des événements de décembre 1851Chapitre 12 sur 14 · JOURNEE DU · texte numérisé non relu

JOURNEE DU

La matinée se passe en préparatifs de la part des insur^s. Des groupes nombreux et hostiles se forment sur les boulevards. Vers midi, de fortes barricades s'élèvent à la Porte-iSstiiit^Denis, et dans les rues Saint-Martin, Saint-Denis, du Petit-4iîârreau, Rambuteau, Faubourç-Saint-Martin, et le long du canal. Uùe lutte terrible parsdt imminente.

Les émeut iers, qui ne sont pas soutenus par les faubourgs, sen-

tent que le jour de la grande bataille est arrirè pour eux, et ils font tous leurs efforts et toutes les tentatives possibles pour entraîner la population avec eux.

Le général en chef Magnan donne des ordres pour qu'un mouvement d'ensemble soit eiécuté, par plusieurs brigades à la fois dans les quartiers Saint-Denis, Sainl-Marlio et du Temple, oii les ûisurgés se sont établis. — Les heureuses dispositions qu'il a commandées réussissent parfaitement.

a Soyez IraïKiuille, avait-il dil au ministre de la guerre, auquel » il expliquait ses plans : confiez-moi la direction de cette journée, -» dont je réponds. — A deux heures, vous entendrez gronder mon » canon, et je vous promets qu'avec de pareilles troupes, Paris » sera ce soir débarrassé de ses ennemis. »

a J'y compte et je vous laisse faire, parce que je vous connais ! d répontlit le ministre.

La brigade Bourgon, qui occupait la prenùère ses positions de combat, ouvre son feu, et balâte le boulevard jusqu à laPorte- Sainl-Benis.

Au moment où elle commence son attaque, le reste de la division Carrelet débouche par la rue de la Paix et les boulevards, et Sousse devant elle la brigade Bourgon jusqu'il la rue du Temple, , ans laquelle elle s'engage, pour gagner ensuite la rue Rambuleau^ en tournant à droite.

La brigade de Cotte entre résolument dans la rue Saint-Dénis î: un balaiUon du loe léger élail lancé dans la rue du Petit -Carreau,," ' déjà barricadée.

Au moment où les brigades Bourgon et de Cotle pénétraient au. i eentre de la ville, la tél^de colonne du général Levassenr, com-iJ mandant la 3° division, entrait dans la rue Saint-Martin, et prenoitf ses dispositions pour appuyer la division Carrelet. Le générai Le- ' "vasseur désigne dans ce tut le général Dulac, qui renverse les barricades de la rue Rambuteau, avec les braves SI', 19' et 13* de ligne, et le général Marulaz, qui opère par la rue Saint-Denis et les rues transversales. Tous ces quartiers étaient enveloppés dans un réseau de troupes. '

Ces trois colonnes, qui se donnent la main par les rues adjacentes, sont conduites avec une grande éneraie, et le succès ne se fait J pas attendre. Lu barricades, attaquées d abord à coups de canon, ont été enlevées à la Wïonnette. Toute la partie de la vUle qui s'é-'; tend entre la porte Saint-Martin et la pointe Satnte-Eustache a é^*H futjiUé&, ! ;î btT-ctdes sn'evées, détruites et brûlées, les insurgés d's- ' | ïs et tiie?lj'eng«geme-at commençait i 2 deux heures et demi, i 5 *

heures les troupes étaient revenues à leurs positions sur le boule^

vard.

Pendant que ceci se passait, le général Canrobert, qui avait prisr portion à la porte Saint-Martin, enlevait avec son élan habituel les barricades du faubourg Saint -Martin et celles des rues adjacenies, et poussait jusqu'au canal, culbutant partout les insurges. Là, comme à Zaatcha, il donnait l'exemple du courage.

La brigade Reybell nettoyait en même temps les boulevards, depuis la Madeleine jusqu'au boule vart Poissonnière.— Arrivée saujs <;oup férjr à la hauteur du boulevart Montmartre, elle est accueillie à coups de fusils par des insurgés places dans une foule de maisons. — ^^ Elle s'arrête alors, et aidée* de tirailleurs d'infanterie et des troupes de la brigade Canrobert, elle fait un feu terrible sur les fenêtres, se fait ouvrir les portes à coups de canons, et débusque promptement les insurgés, après en avoir tué bon nombre.

La brigade Courtigis enlevait aussi avec vigueur les barricades qui avaient été élevées au faubourg Saint-Antoine, et restait maîtresse de ce point.

Ce grand mouvement simultané avait écrasé l'ennemi, qui laissait les barricades couvertes de ses cadavres, et désormais la résistance était impossible. De notre côté, nous avions à ^déplorer la mort du lieutenant-colonel Loubeau, du 7âe, et la blessure du colonel Quilico du raônie régiment. — Nos perles s'élevaient environ à 25 tués, dont un officier, et 184 blessés, dont 17 officiers.

L'armée était admirable d'élan et .d'énergie; elle avait bien fait son dévoila, et elle ét^it déterminée à vaincre, à tout prix, la criminelle résistance qui tenait le pays en échec.

I^es brigades prennent position, à six heures, dans les quartiers W elles ont enlevés. — Aussitôt les rues s'illuminent, les habitants, -débarrassés des émeutiers et delà terreur qu'ils inspirçnt^ descendent offrir spontanément aux soldats du café, du via et des provisions de toute espèce. Les feux de bivouac s'allumoTit dans tous les ^juartiers occupés, et les régiments trouvent partout un acc:.:eil cordial et la plus franche sympathie, notamment dans les quartiers des • Hallejs, de Saint-Marceau et du Panthéon. Lès derniers coups de fusils sont tirés vers neuf heures du soir rue Montorgueil, où une dernière tentative est Eésolu'ment anéanfie par le coloAel de Lourmel avec te 51e de ligne. L'armée entière s'établit gaiement pour la nuit autour des feux de bivouac, heureuse d'avoir noblement fait son devoir^ et d'avoir rendu à la France la paix et la prospérité pour le présent et pour l'avenir.

Le combat était terminé ! Les anarftjisles terrifiés fuyaient, dans toutes les directions, et sortaient do/Paris [ransibniiô nioiiicii'.anc-

iOÇjil en un vaste camp. — Pendant la nuit, des patrouilles d'infanterie et de cavalerie ont achevé de fouiller tous les quartiers où le^ troupes n'étaient pas établies; elles n'ont pas rencontré de résistance.

' Il est bien douloureux d'avoir à dire que, malgré les proclama- (ipns du ministre de la guerre, au sujet des attroupements, que)-* qtîes curieux inoffénsifs ont été victimes de leur présence sop les boulevards. Là, comme en février 1848, les émeutiers ont cbepché, avec une perfidie atroce, en tirant des coups de fusil auprès des groupes, à faire tomber des habitants des quartiers riches sous les coups de la troupe, afin d'entraîner maigre elle la population, par esprit de vengeance. Mais les victimes sont heureusement trèspeu nombreuses.

JOURNÉE DU ^ j

Des essais de barricades avaient été tentés, pendant la nuit dans les quartiers qui n'avaient pas été visités par les troupesl Ainsi on signalait encore, le 5 au matin, quelques barricades rue Rochechoiiart et dans le quartier de la Croix-Rouge.

Le général en chef, d'accord avec le ministre ^ prdoime, pour terminer la défaite des anarchistes, un grand mouvement de troupes sur la barrière Rochèchouart et sur la Croix- Rouge. H'ais les colonnes ne rencontrent plus d'ennemis, parce qu'ils fuient àl'ajp-* r.r >chc de la troupe. Les barricades, qui n'étaient plus défendues^ sont toutes dgjiolies.

Le général Carrelet pénètre avec Ja gendarmerie mobile jusqu'à Méràlmontant, où il rencontre les gardes nationales de Bellevillc et de Ménilmontant, leur maire en télé, et \\ est reçu par eux avec acclamaiion. Le général Canrobert pénètre également jusqu'à ce point par .le faubourg Poissonnière, sans rencontrer auoune résistance.

Toutes les brigades parcourent Paris dans tous les 'feens, et ne reçoivent siir leur passage que des marques de sympathie. La confiance et la satisfaction des babitants éclatent sur leurs visages; les boutiques se rouvrent : les fonds publics montent.

Une partie des brieades s'étab'it ewore au bivouae, et reçoit la même hcspitalîté que la veille, la division de cavaterie de réserva rentre à Versailles.

Les anarchistes qui s'étaient enfui^-dc Paris essaient encore une tentative à La Cliapelle-Sainl-Denis, où ils élèvent des barriciides; mais ils en sont prompte ment chasses par deux compagnies du 28«, qui leur tuent quelques hommes et ramènent trente-trois prisonniers.

La nuit eist calme ; on n'a plus à signaler aucune tentative de

désordre.

Le ministre remercie l'armée dans une proclamation, et la félicite, au iiom du pays, en termes qui vont droit au coeur du soldat,

c( Soldats !

» Vous avez accompli aujourd'hui un grand acte de voire vie militaire. Vous avez préservé le pays de l'anarcliie, du pillage, et sauvé la 'République. Vous vous êtes montrés ce que vous sdrez toujours, braves, dévoués, infatigables. La France vous adittire ^t vous remercie. Le président de la République n'oubliera janffMs •votre dévouement.

» La victoire ne pouvait être douteuse; le vrai peuple; • les îion* nêtes gens, sont avec vous.

» Dans toutes les garnisons de la France, vos compagnons d'armes sont iiers de vous, et suivraient au besoin ^olre exemple. »

XXXVIIî

j»."E>;. .vtî.t.'

Page 1