JOURNEE DU
f Paris ^ repris sa physonomie habituelle, La circulation, un insn •ant interrompue, est rétablie, les boutiques se rouvrent, les voi* tures circulent, les affaires renaissent, les habitants respijr^nt, et 1^ félicitent d'avoir échappé au danger qui les. menaçait.
Les troupes rentrent dans leurs casernes ; ou se borne.à oçcgpej: 1§^ points les plus importants, en plaçant des postes dans de^ naaisons sur les boulevaras et aux angles des rues Ranibuleau, Saint-* Alartin, Saint-Denis, Beaubourg, etc.
La confiance est entièrement rétabhe. L'anéantissement dj^. anarchistes, les nouvelles cx^cflentes des provinces, l'élan, l'éner gie et l'union de nos troupes et de leurs ofOciers, les sympathie unanimes acquises au chef de l'Etat, tout cela forme un faisceau de forces qui donne une foi assurée dans l'avenir. Les mauvais jours soni passés. On se félicite partout dans. Paris. Les fonds publics montent de 4 francs dans la journée î
Le gouvernement n*a jamais eu, et n'a jamais pu avoir un seul instant d'inquiétude sur l'issue de la lutte. Paris tout entier se serait soulevé, que l'armée était assez forte et assez résolue pour le réduire. Il n'y avait pas un soldat qui né fût décidé à venger l'armée de l'humiliation aa 24 février , et à prendre sa revanche de la crosse en rair.
Mais, loin que Paris tout entier fût à craindre, les véritables ouwiers sont restés complètement étrangers au désordre. Il n'y a eu de lutte qu'avec les sociétés secrètes, dirigées par les représentants montagnards, et avec une partie du 2^ arrondissement, un instant égaré par quelques orléanistes et par quelques légitimistes.
Le vrai peuple, les véritables ouvriers étaient si peu favorables à l'émeute, qu'un cocher de coupé, dit de remise, a fait arrêter par le poste du ministère des affaires étrangères un monsieur fort bien m%8 , qui était dans sa voiture , et qui avait voulu Tembaucher moyennant 20 francs.
Les sociétés secrètes, dirigées par des ambitieux, vivant de la crédulité des esprits faibles, recrutées de fainéants, de fanatiques et de malfaiteurs^ étaient Tarm^^ des terroristes et des socialistes. Ce sont elles qui ont élevé les barricades des faubourgs e,t du éentre de Paris, et qui les ont défendues.
Le 2e arrondissement de Paris est le plus riche, le plus élégant, celui qui étale le plus de luxe. Il ne s'est pas montré le plus sensé. H eut le malheur de contribuer plus qu'aucun autre à la révolution de février, par ses cris de Vive la réforme! L'esprit trondeur de cet arrondissement l'a encore enrôlé un moment dans la cause des orléanistes, des légitimistes et des parlementaires; et l'histoire enregistrera ce scandale, que le boulevard des Italiens et le boulevard Montmartre ont tiré sur l'armée française, et que l'aristocratie des Mchesses s'est faite l'auxiliaire des pillards.
Quand on a relevé les cadavres aes émeutiers, qu'a-t-on trouvé ' en majorité? — Des malfaiteurs et des gants jaunes !
XXXK.
I>B plan de l'émeute était de faire traîner les choses en longueur, «t oe fatiguer les troupes. Oa n'a pas tardé à renoncer à cette
combinaison ; les troupes sç battaient si éhergîquément, et tuaient tant d'émeutiers, mi*ils ont jugé nécessaire d abréger le plus possi- , lé là lutte, et qu'ils se sont senti fatigués les premiers. " Lorsque les emeutiers, chassés de toutes parts, eurent cédé le cfiamp dé bataille à nos bravés soldats, beaucoup de gens se de^ maùderent : — Est-ce (jue cela recommencera?
A une pareille question, il n'y avait (pie cette réponse à faire : L'armée réunie à Paris comprenait douze brigades; sur ce$ douze brigades, six seulement ont été engagées ; et, sur des^ ài brigades, la moitié des troupes seulement a pris part à la lutte. , Les émeuliers pourraient aonc recommencer, sans aucun ^bmger sérieux pour la sécurité de la capitale.
n ne serait pas juste de terminer le récit de la lutte soutenue contre les ennemis de la société, sans signaler h la reconnaissance du pays les hommes qui, hors des ran^s de l'armée, en ont pris leur part, les premiers, avec une résolution et un courage admirables.
Placé par la confiance de Louis-Napoléon au ministère de l'intérieur, M. deMomy a pris l'administration du pays d'une main calme et ferme, qu'aucune agitation et qu'aucun événement n'ont ja(mais fait trembler.
D'ailleurs, les hommes politiques dont le président de la République avait déjà éprouvé les lumières, le patriotisme et le dévouement, ne lui ont pas fait défaut^ au milieu de cette crise, de laquelle dépendait le salut de la FVance; et il n'est pas d'intàrêts qui ne ito soient senti rassurés , avec un ministère où se trouvent des hommes comme M. deTurgot, M. de Momy, M. de Saint-Arnaud^ M, Fould, M. Rouher, M. Fortoul, M. Magne, M. Lefèvre-Duruflé et M. Dueos.
Deux grands résultats venaient d'être obtenus par l'armée de Paris. ♦. .
Le socialisme, déposté des barricades, fusillé^ dispersé; désarmé, voyait ses débris livrés aux recherches actives et infatigables de la |)Àlicé, dont l'œuvre calme, opiniâtre et courageuse paraîtra bientôt âù grand jour des conseils de guerre; et les complices de l'é^ meute, si acharnés qu'ils se ftissent montrés, n'avaient pu arrêter un instant les troupes, même à l'aide de la coupable et honteuse
âivcfsion qu'avaieni tenté de faire, à son profit, quelques esprits Codeurs, égarés et xveo%\és, du boulevard ^Gand.
, l^î Qiivriers de Paris, dtait le Président prenait deux fois ea. tnaiula cause, eL«Q rasportaat la lot du. 31 mai, qui les rétablissait ^^ns.leur droil de eufirage, el eu mainteuaul r,ordre, qui Wr as- «U^du travail,. les ouvriers dePadsélaieut resléà étrangers iik ]u[te, n'ayaul, ne pouvant riea avoii; de conunun, ni avec des imporl^fLt? 9aus influence, ni avec des sociétés seccètes ïan» moralité.
On élail donc nioralemeul sûr, le C décembre au soir, que ia l^te sérieuse était finie à Paris ; car, l'immense majorité des bourgeois el la presque totalité des ouvriers ne prenant point part au Ojunliial, l'af mée n'avait plus d'adversaires.
Restait à savoir le parti que prendraient les déparleoients.
Ce n'était pas la résolution des populations rurales, la résolulioA | &es propriétaires, petits ou grands, qui [louvait ôtre douteuse ; J deux millions de pétitionnîûres, et le TOte de quatre-vingts coib^g seils généraux avaient, par avance, sanctionné la mesure énergirj que au Président. ' V
Ce qui pouvait être douteux, c'était le paj-ti que prendraient \asM aociétes secrètes, organisées dans quelques petites villes, dirigeai. J par des ambitieux et par desfaini^ants, et recrutées, dans une pBBf'n tie des campagnes, parmi de maljieureux paysaos, dont on avût ] ^arê la tête et corrompu le cœur.
Le coup de foudre du 2 décembre avant surpris tout le monda  et devant tous les préparatifs, les cheÊ furent (TabordaUérés. LlJ faible résistance du 3 leur inspira quelque illusion ; le 4, les cbglt de Paris écrivirent partout que la ville était soulevée en masg« que.labourgecûde se déclarait en leur faveur, ^ue leur vicloiflêl était certaine ; et c'est sur ces assurances mensonçcres et insensées ] que, dans une vingtaine de chefs-lieux d'arrondissements, la dé- J magocie prit subitement lesarraes, emprisonna les autorités, s'em-J para du pouvoir, et souilla sa domination violente et passagère du volsidenaeurtres, d'abominatiouâde tout genre, épisodes naturels 1 de sa boueuse et sanglante histoire. . j
La vérité n'a pas tardé à se faire Jour; la société s'est partout J détendue î les brigands, qui s'étaient montrés cruels, se sont n^r a lurellement montrés lâches. Abandonnés d<?fi chefs de Paris qui Uïd ont lancés dans le crime, ils se sont pdcloui dispertiési et les tribftrïB maa .von^ m«»lenai)i lnUÏUflr.4aiW>tes pirU ce troupeau d-
de niais, de paresseux, d'enyieux, de criminels, qui se sont si imprudemment dévoilés eux-mêmes, indiquant ainsi au gouvemeniatit 4outes les parties de la population ^ugrenées et peurries, qffic le glaive de la justice doit retrancher, dans Tintérét de la civilisa-'
tibn .
• Qu'on étudie, avec aiitention, dan» le tableau qui va suivre, Tefr fet des nouvelles de Paris sur les départements : on verra que partout l'immense majorité des habitants s'est tout d'abord montjrée calme, satisfeite, enthousiaste même ; e4 que les fausses nouvelles, les excitations criminelles parties de Paris, le 3 et le 4, ont leules déterminé le soulèvement partiel des localités livrées aux sociétés secrètes.
L'immense majorité des populations des dé^partements était tou^
J'ojurs dévouée au Président de la République, et n'attendait que le lui le rétablissement d'un pouvoir fort, sans lequel il ne saurait y avoir ni sécurité, ni travail, ni transaction, ni bien-être.
L'impression produite par la nouvelle de l'acte du 2 décembre fut donc généralement favorable dans les provinces; mais là, comme à Paris, les sociétés secrètes essayèrent de résister à une mesure qui était leur anéantissement. Les ordres de s'insurger partirent de Faris, le 3 et le 4 décembre ; et un petit nombre d'ambitieux préeipitèrent dans les crimes les plus abominables une armée de fainéants et de pillards, préparée de longue main à l'assaut fatal de la société, en 4S52.
Tous les dépaftements n'appartenaient pas, il s'en faut lieureusèments^ aux sociétés secrètes. Le plus grand nombre restèrent calmes, et ne furent nulleûient troublés.
Ainsi, l'Aisne, les Hautes- Alpes, lesArdennes, l'Ariége, l'Aube, les Bouches-du-Rbône, le Calvados, le Gantai, la Charente, la Charente-Inférieure, le Cher, la Corrèze, la Corse, les Côt«s-du- Nord, la Creuse, la Dordogne, le Doubs, l'Eure, l'Eure-et-Loir, le Finistère, la Gironde, l'Indre, l'Indre-et-Loire, l'Isère, les Landes, la Loire, la Haute-Loire, le Loir-et Cher, la Loire Inférieure, la Lozère, le Maine-et-Loire, la Matiche, la Haute-Marne, la Mayenne, la Meuse, le Morbihan, la Moselle, le Nord, l'Oise, rOrae, le Pas-de-Calais, le Puy-de-Dôme, le Haut- Rhin, le iRhôneyJa HautenSaône, la Seine-et-Marne, la Seine -et- Oise, Ui -Seine^Mérieute, la Somme, le Vmucluse, la Vendée, la Vieimf ,
Ie3 Vosges, c'esl-à-dirç quarante-neuf départements, ne furent aucunement troublés. > . . ,
Cinq départements, le Lot, les Basses et les Hautes-Pyrénée§„ la Marne et le Bas Rhin, eurent quelques inquiétudes locales et d'un instant. . • .
Seize départements, la Côte-d'Or, le Tarn-et-Garonne,. les Deux-
tentati|res d'insurrection, promptement et complètement réprimée.
Douze départements eurent, pendant plus ou moins de temps, une ou plusieurs de leurs localités au pouvoir de l'insurrection victorieuse, comme l'Aude, Soônp-et~Loire, la Drôme, l'Yonne, la Sarlhe, le Gers, l'Hérault, le Jura, la Nièvre, l'Allier le Var et les Basses- Alpes.
Même dans ces localités, dont quelques-unes auront une tache éternelle de deuil dans l'histoire, ce sont des minorités d'hommes taf es qui ont imposé, par la surprise et par la violence, leur précaire et sanglante domination.
Si.les troubles des provinces ont été plu§ longs à réprimer (çie les troubles de Paris, faute de forces suffisantes sur chaque point donné, leur répression n'a été néanmoins ni moins certaine, ni moins efficace, ni moins complète. Partout, l'armée, l'administration et les populations honnêtes ont fait leur devoir.
Le 6 décembre, la question de l'ordre était résolue à Paris^ et l'étant à Paris, elle l'était virtuellement partout.
Ce jour-là, M. de Moray adressait au général de Lawœstine, commandant supérieur de laCgarde nationale de Paris, la lettre suivante, empreinte de la plus juste et de la plus noble indigna* lion :
Paris, le 7 décembre 4851%
((Général, dans plusieurs quartiersde Paris, quelques propriétaires ont eu l'impudeur de mettre sûr leur porte: Armes données. On concevrait qu'un garde national écrivît : Armes arrachées, de for» ce, afin de mettre à couvert sa responsabilité vis-à^vis de l'Etat et
son honneur vi^-à-vis de ses coticiloyens ; mais inscrire ÉX honte stu* le front de sa propre m afson révolte le caractère français.
» J'ai donné Torde ati préfet de police de faire effacer ces inscriptions, et je vous prie de me désigner les légions où ces faits se ?ont produits, ann que je propose à M. la Président de jTî République de décréter leur dissolution. »
Répondant immédiatpment à cet appel, M. de Lavœstîne signalait en ces termes la légion de Parisdont les armesavaient servi à l'émeute :
Parfis, le 7 décembre 1851 .
» Monsieur le minisire,
» Toute la gard^ nationale applaudira aux sentiments exprimés, dans la lettre; que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire.
» Une des légions de Paris a subi le double affront du désarmement à domicile et des inscriptions honteuses dont vous parlez. Sa mairie, malgré la présence de plus de soixante hommes; a été prî?e por les insurgés : c'est la S»* légion. .
» Je viens vous la signaler et demander son licenciehaent. Jia suisheureuK d'avoir, d'un aulre côté, un grand nombre de faits qui constatent l'esprit d'ordre et d'obéissance qui n'a cessé de régner dans d'autres légions. »
La S** légion était immédiatement dissoute. •
L'administration pouvait donc reprendre, dès le 1, sa marche habitueUe. C'est ce que faisait M. deMorny, par sa cibculaire adressée au^ préfets, et conçue en ces termes :
Paris, le 7 décembre 1851.
» Monsieur le Préfet,
» Par ma circulaire en date du 3décembre, vous avez été investi du droit de suspendre et même de remplacer immédiateinent tous les fonctionnaires dont le concours ne voua serait point assuré.
» Ces pouvoirs extraordinaires ont dû vous être conférés alors qiiil y avait nécessité de briser immédiatement les résistancesqui auraient été de nature à compromettre le succès des grandes mesures de salut public décrétées par le prince Louis-Napoléon.
» Ces pouvoirs vous permettaient d'atteindre les| juges de paix, ils doivent cesser aujourd'hui, que le gouvernement est maître de la situation. Le temps qui doit s'écouler avant l'ouverture du scmlin permet d'ailleurs de suivre les voies* ordinaires Jde nomi nation.
» Vou§ devrez donc à Tavenir, Monsieur le Préfet, laisser aux che£s des cours d'appelle libre et plein exercie4î du droit qui leur apparlieat dé présenter, et au ministre de la justice rexercice du droit qui lui appartient également de pourvoir à toutes les fonctions de la magistrature. M. le ministre de la justice invite au reste les procureurs généraux à prendre votre avis sur les révocations et sur les remplacements qui devraient être opérés. »
Le 8 décembre, le Président de la République ferrliait Tère de la lutte, et ouvrait Tère de la coniiance et du concours, par celte admirable proclamation au peuple français :
Français, •
Les troublss sont apaisés. Quelle que soit Is^ décision du peuple, la société est sauvée, La première partie de ma tâche est accomplie ; rappel à la nation, pour terminer les luttes des partis, ne faisait, je le savais, courir aucun risque sérieux à la tranquillité publique. *
Pourquoi le peuple se serait il soulevé contre moi l Si je ne possède plus votre confiance, si vos idées ont. changé, il n*est pas besoin de faire couler un sang précieux, il suffit de de-
Sosegdans Turne un vote contraire. Je respecterai toujours l'arrêt u peuple.
Mais tant que la nation n*aura pas parlé, je ne reculerai devant aucun efibrt, devant aucun sacrifice pour déjouer les tentatives des factieux. Geste tâche, d'ailleurs, m'est rendue facile.
b*un côté, l'on a vu combien il était insensé de lutter contre une armée unie parles liens de la discipline, anjméepar le sentiment de l'honneur militaire et par le dévouement à la patrie.
D'un autre côté, l'altitude calme des habitants Je Paris, la répr-o bation dont ils flétrissaient Témeute, ont témoigné assez hautement pour qui se prononçait la capitale.
Dans ces quartiers populeux où naguère l'insurrection se recrutait si vite parmi les ouvriers dociles à ses entraînements, l'anarjçbie, cette fois, n'a pu rencontrer qu'une répugnance profonde pour ces détestables excitations
Grâces en soient rendues à l'intelligente et patriotique population de Paris l Qu'elle se persuade de plus en plus que mon unique ambition est d'assurer le repos et la prospérité de la Fr^ce.
Qu'elle continue à prêter soa concours à Tautorité, et bientôt le
pays pourra accomplir dans le calme l'acte solennel qui doit inau gurer une ère nouvelle pour la République.
Fait au palais de TElysée, le 8 décembre.
Loiis-Napoléox BONAPARTE.
*~ Enfin, une mesure capitale était prise, le même jour, par M. le ministre de Tintérieur ; c'est la proposition, convertie en décret, ayant pour objet de défendre la société contre l'armée du vice et du crime. Voici ce document mémorable, dont l'exécution ferme et sévère donnera du repos à la France pour une génération.