‹ Récit d'une soeurChapitre 24 sur 79 · LABBE MARTIN DE NOIRLIEU A ALEXANDRINE · texte numérisé non relu

LABBE MARTIN DE NOIRLIEU A ALEXANDRINE

« Paris, 10 juillet 1837.

« J'occupe enfin, madame, raj)partomont que vous avez bien voulu me prêter, et je m'y trouve à merveille.

J'habite constamment la chambre des souvenirs, et déjà bien souvent j'y ai prié fïir unsere Verewigtcn. Je ne vous dissimulerai pas cependant que la première soirée m'a été fort pénible. Quand je me suis trouvé seul dans cette grande pièce, la scène du 29 juin s'est retracée d'une manière si vive à mon imagination et à mon cœur, que je me suis senti fortement ému ; il m'a semblé voir et entendre. Je me suis mis à prier et l'angoisse que j'éprouvais a cessé. J'ai mis une petite table et un crucifix entre les deux fenêtres ; c'est là que j'entends les confessions et que je fais mes prières. Ainsi vous voyez que ce lieu consacré par le combat et la victoire d'une âme juste est devenu un oratoire où le souvenir de votre Albert est rappelé en présence du Dieu qui l'a couronné !

« Après la confirmation des enfants que je viens d'admettre à la première communion, je me rendrai à Boury avec un bien grand empressement. Je prendrai les portraits chez M"*^ Thomas. Elle est venue mercredi me montrer sa copie qui est à peu près terminée. J'ai trouvé qu'elle avait donné à notre cher Albert quelque chose de dur dans la physionomie qu'il était loin d'avoir. Combien je regrette que ce portrait rende si peu son angélique sourire ! Il serait à désirer qu'il fût refait par un artiste qui l'aurait connu et aimé tandis qu'il était encore avec nous! Mais enfin c'est dans votre cœur et dans celui de ses amis que ses traits sont gravés d'une manière ineffaçable.

« Mille hommages les plus affectueux, je vous prie, à M. le comte, à M""' la comtesse de la Ferronnays, à M"^ Eugénie, à M"*^ Olga. Tous me sont si présents devant Dieu ! 11 me semble qu'on est heureux rien que de les connaître, car y penser seulement est déjà un repos pour râiiie.

Page 1