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sujet qu'elle avait tant à cœur, et parla du désir qu'elle avait eu de venir elle-même solliciter la grâce de son frère. Dès le premier mot, le front de l'empereur se rembrunit, et il dit : « La princesse Lapoukhyn est bien malheureuse en enfants ! »
Mon père, alors, avec quelque vivacité, rappela à l'empereur que la fille de la princesse était sa propre bellefille, et demanda si c'était là un grief à ses yeux. « Non, non, dit l'empereur, ce n'est pas cela. » Et il ajouta même quelques paroles flatteuses pour Alexandrine. nMais, continua-t-il, je déteste ces changements de religion, cesont des affaires de prêtres qui me déplaisent. » — « L'empereur eût-il pensé de même, dit sur-le-champ mon père, si ma belle-fille eût embrassé la religion grecque ?» A ce mot, l'empereur devint rouge de mécontentement, et arrêta mon père tout court: « Assez, assez, mon cher comte, dit-il, j'espère que nous n'allons point ici faire de controverse. » Et il changea brusquement de conversation sans qu'il fût jamais possible ensuite de revenir sur celle-là K
Alexandrine se reposa quelque temps près de son frère Alexandre, et, avant de quitter La Haye, elle m'écrivit les lignes suivantes :
(c Pauline, on ne me laisse pas le temps de t'écrire ! Le monde est une glu, et nous de misérables insectes à cent pattes, qui, pendant que nous parvenons à en détacher quelques-unes, nous trouvons attachés par une foule d'autres, et souvent même nous nous reprenons d'un côté, pendant que nous nous détachons de l'autre. L'absence est une des plus vilaines imperfections de ce monde. Quand je pense que je n'ai pas encore de
1. La grâce, qui n'avait pas été demandée, fut toutefois spontanément accordée peu de temps après, et (ainsi que je l'ai dit) suivie d'une faveur égale i\ la rigueur qui avait été exercée.
réponse de toi à ma lettre d'Ischl, où je te racontais mon arrivée près de ma pauvre maman, et voilà que je l'ai déjà quittée! Oh! prie pour elle! rends-moi ce service de cœur, Dieu t'en récompensera. Tu m'écris bien, dans ta dernière lettre, comme dans les autres, tu juges excellemment ce qui me convient encore sur cette terre, ce qui peut encore m'y faire vivre doucement. Je répondrai à toutes tes chères lettres dans le repos de Lumigny, où j'aurai enfin un peu de temps à moi.
(c Tu sais que maman a été d'une inexprimable bonté. Mais, après bien des hésitations, elle n'a point voulu décidément accepter l'offre que je lui faisais de la suivre à Korsen. Elle s'est inquiétée d'un séjour d'hiver en Russie pour ma santé, mais elle veut que je vienne à Korsen au printemps, avec Alexandre, par le Havre et Pétersbourg! Prie pour que je n'aie pas à me repentir de lui avoir obéi maintenant en restant, et d'avoir suivi mon désir de revenir en France. Je l'ai quittée à Prague le 12 août avec une douleur qui est toujours la même, ou plutôt qui est plus profonde que jamais. Nous sommes parties au même moment toutes les deux, moi, accompagnée jusqu'à Dresde par Putbus. De là, je suis repartie toute seule, le soir de l'Assomption, après avoir assisté à de magnifiques offices et entendu la fameuse musique de l'église catholique de Dresde. Puis, à Leipzig, j'ai eu la joie de revoir pendant quelques heures ma chère Pauline première ^ »
EUGÉNIE A PAULINE
Lumigny, \" septembre 1838.
« Je suis dans toute l'attente de l'arrivée d'Alexan-
l. Madame Woli", née Splitgerber, son amie d'enfance, qui se nommait Pauline, comme moi.
drine. Chaque coup de fouet, chaque charrette me fait bondir sur ma chaise. Voilà le moment où j'ai loujo-irs trouvé que le plaisir payait la peine de Tahsence. Je connais peu d'émotion aussi douce que celle d'attendre quelqu'un de chéri; quand me la donneras-tu, cette émotion, toi la chère par excellence? Oh! ma Pauline, quand te reverrai-je?
« Ce soir avant de me coucher, je te dirai peut-être que j'ai embrassé notre troisième sœur; si ce n'est ce soir, ce ne peut être plus tard que demain. Quelle joie! On en a pourtant de bien vives dans ce pauvre monde! elles passent, mais elles sont parfois radieuses. Je viens d'aller arranger sa chambre, sa même petite chambre que tu connais; j'y ai placé des fleurs en quantité, j'y ai mis un chapeau de paille noir que je lui ai fait faire, j'y ai mis un petit bonnet de mousseline blanche avec un ruban noir très-modeste, tous ces petits apprêts qui annoncent l'attente de quelqu'un qu'on aime. Oh! que c'est doux! Chérie, à ton tour maintenant, viens, viens vite.
u Eh bien, voilà que je me couche, et je ne t'annonce rien du tout, elle n'est pas arrivée.
<i Dimanche.
« Il est midi, elle n'est pas arrivée : pazienza! Je serai pourtant bien contrariée si elle n'arrive pas avant ce soir, parce que demain je suis obligée d'aller à Paris pour voir Emma, que je n'ai pas vue depuis six mois et qui ne peut pas venir ici en ce moment, car elle ne peut quitter sa pauvre sœur Caroline * qui est dans un état désespéré.
« L'abbé Gerbet a fait un bien immense à Caroline.