‹ Récit d'une soeurChapitre 46 sur 79 · ALEXANDRINE A M. DE MO NT ALE M BE RT · texte numérisé non relu

ALEXANDRINE A M. DE MO NT ALE M BE RT

« Naples, 3 février 1840.

« Je suis donc à Naples!... Je ne vous dirai pas ce que la vue de tous ces lieux me cause d'émotion. Il n'y a pas une maison à Ghiaja, pas un endroit dans ces environs qui ne soit consacré par un souvenir, dont aucun n'est effacé de mon âme. Mais avec le goût que j'ai de tout repasser, j'aime à être ici, et ce qu'il pourrait y avoir de trop amer dans le contraste est adouci pour moi par un baume toujours intarissable : le bonheur d'y être catholique! Ma chambre donne sur le jardin du palais Acton où je me suis mariée, et un peu plus loin je vois le Vomero. Rien ne pouv^ait mieux me convenir, d'autant plus que cela m'empêche d'être étourdie par l'insupportable bruit de Ghiaja. II y a huit jours que j'ai quitté Rome, j'ai vu en chemin le Mont-Gassinet j'en ai été ravie. Quel antique sanctuaire! quelle situation! Quelle paix et quelle bonté régnent sur les figures de ces hommes élevés matériellement et spirituellement si haut, et voyant à leurs pieds de tous côtés les grandes routes qui conduisent au monde, dont à peine ils entendent le bruit! Quelle vénération on se sent pour tous ces frères et sœurs de tous temps, dont l'histoire se perd dans la nuit des siècles, et qui ont créé partout tant de belles choses qui

subsistent encore! J'y ai vu D. Luigi Tosti, qui m'a beaucoup pki, et qui a été encbanté du don de votre Sainte Elisabeth, et de votre souvenir.

« Pour compléter la fête, je me suis trouvée là-baut avec un futur dominicain français, l'abbé Jandel*, qui, bien que n'ayant pas encore trente ans, a été supérieur de séminaire, et qui maintenant va entrer au noviciat de Viterbe. Il est excellent, et j'ai été bien contente de l'avoir pour compagnon de voyage. Il m'a dit que, depuis quelques mois, le P. Lacordaire avait eu vingt ou trente propositions. »

Eugénie avait été préoccupée et inquiète, pour Alexandrine, de son retour à Naples, en sorte que les premières lettres, si douces et si résignées, qu'on a lues, la touchèrent au point qu'elle en écrivit une en retour oîi ce sentiment était exprimé d'une façon très-vive, comme on peut en juger par la réponse suivante :

ALEXANDRINE A EUGÉNIE

« Naples, 8 mars t840.

« Chère sœur, je ne t'écris qu'un mot en réponse à ce que l'abbé nomme ta bulle de canonisation à mon sujet et dont il a écouté la lecture avec le plus profond étonnement. Nous n'en revenons pas, ni l'un ni l'autre; je t'assure qu'en la lisant, il faisait des exclamations qui auraient grandement diminué pour moi le danger de ton apothéose, si je l'avais prise au sérieux. Il ne faisait que dire : « Oh! mais c'est inconcevable! qu'est-ce qui lui a pris? Oh! mais c'est fabuleux! » Nous avons bien ri; je parie que tu ne te souviens plus à quel point ton éloge

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