‹ Récit d'une soeurChapitre 47 sur 79 · Aujourd'hui géuéral de l'ordre des Frères Prêcheurs · texte numérisé non relu

Aujourd'hui géuéral de l'ordre des Frères Prêcheurs

était exagéré. Tu as fait là un chef-d'œuvre d' impressionnabililé, et cela à cause d'un petit mot résigné à ma tristesse que je t'écris de ISaples! Tu sais pourtant que dans mes pires moments de douleur j'ai toujours désiré revoir Naples. Quant à ce que tu me dis du changement survenu en moi, depuis le temps qui précéda ton mariage, c'est une illusion qui tient à ce qu'alors tu ne savais pas ce que c'est d'aimer, d'aimer un mari! et tu étais moins frappée alors que tu ne l'es maintenant, de voir que je puis vivre sans lui. Il est vrai que je n'ai plus, à présent autant qu'alors, de ces mauvais sentiments qui me venaient quelquefois en voyant le bonheur des autres; c'est une miséricorde de Dieu, et aussi un effet de l'habitude, chose si puissante qu'on s'accoutume même à ne plus être heureuse. Ce qu'il y a de sûr, c'est que Dieu est infiniment bon pour moi (comme du reste pour toute créature) et qu'il m'a donné un goût pour les intérêts de la religion, un amour pour le catholicisme, que je ne puis mieux comparer qu'à ce que j'ai éprouvé et éprouve pour Albert : c'est là ce qui fait que j'ai pu supporter presque sans murmurer un malheur comme le mien. Mais ces plaisirs de l'âme qui me sont restés dans ce monde, même après Albert, n'empêchent pas du tout mes défauts, qui sont bien tenaces, je t'assure; et si, en écrivant ton éloge inouï, tu avais su ce qu'est bien souvent mon humeur, ma disposition envers le prochain, ma lâcheté, ma mollesse, tu m'aurais trouvée aussi loin d'une vocation religieuse que tu as l'air de m'en croire près.

« Adrien m'étonne toujours avec ses idées là-dessus. Est-ce un augure? Dieu peut l'impossible s'il le veut. La seule chose dans ta tirade où tu as raison, c'est lorsque tu parles de la manière parfaite dont l'abbé (lerbet a su me conduire. A tous moments, je suis encore étonnée de

sa sagesse, quoique je le connaisse maintenant depuis longtemps. »

Tandis que la vie d'Alexandrine se passait ainsi, entre ses souvenirs du passé et ses espérances immortelles, celle d'Olga eu était à ce moment où l'avenir de la terre semble tout rayonnant de séduisantes promesses, et ce fut le seul de sa vie où elle entrevit un peu le monde et quelques-uns de ses plaisirs. Ce moment fut rapide, car sa vie, malgré sa brièveté, eut le temps d'être presqu'aussi profondément transformée par la douleur et la souffrance que celle d'Alexandrine elle-même. Mais, même pendant la durée du court rayon de soleil qui tomba sur ses dix-huit ans, on trouve dans son journal bien des pages telles que les suivantes, qui prouvent combien de bonnes et sérieuses pensées s'alliaient dans son esprit, ou succédaient promptement aux impressions de son âge les plus vives en même temps que les plus naturelles.

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