Le duc de Blacas
rement, auprès de Mademoiselle; cela m'a contrariée, parce que je l'adore.
« DiiiKinche 17 mai.
« Ce soir, chez le roi, il y avait beaucoup de monde de Goritz et plusieurs jolies personnes. Gomme on ne travaille pas le dimanche, on joue aux cartes (au onzeet-demi). J'ai perdu. Mademoiselle était charmante, avec des fleurs naturelles dans ses cheveux. A huit heures et demie, la reine se lève et congédie la société, puis elle se rassied et l'on reste en petit comité jusqu'à neuf heures, heure à laquelle tout le monde se retire. Mademoiselle m'a dit qu'elle était couchée tous les jours à neuf heures trente-cinq minutes. Elle se lève à six heures, ce n'est pas mal : neuf heures de sommeil ! Oh! pauvres princes ! ils ne mènent pas une vie bien gaie. Le soir on travaille auprès d'une table ronde, et Mademoiselle bâille souvent de toutes ses forces sans se gêner du tout. Elle m'a raconté en riant la manière dont elle a passé son temps pendant l'absence de son frère. Elle était seule avec son oncle, sa tante et M^^^ de G... « C'était fort sérieux, » dit-elle. Je le crois bien ! plus encore que Boury quand il n'y a que moi pour animer la conversation. Eh bien! quoique je me sois quelquefois ennuyée à Boury et que j'y aie désiré ardemment qu'il me fût possible de voyager un peu, je n'étais pas malheureuse ; au contraire, j'y avais de charmants moments de calme et de sérénité qu'on ne peut éprouver, je le crois, que dans une vie régulière, surtout au milieu d'une famille nombreuse et où se trouve tout ce charme que j'ai toujours trouvé dans la mienne. La vie monotone alors n'est pas du tout ennuyeuse. Pourtant on a toujours besoin de teni])s en temps d'un peu de variété. Aussi ma vie, telle que je la rêve, sciait cliarmante!....
« Samedi 23.
« Promenade avec Mademoiselle aujourd'hui en vr.iture et à pied. Elle m'a donné un charmant petit parasol en allant au Strasaldo. Je ne crois pas qu'il existe ni qu'il ait jamais existé, même dans les contes de fées, une princesse plus aimable.
(c Promenade avec elle, puis chez elle longtemps. Elle a joué de la harpe et j'ai chanté.
« Levés à cinq heures pour aller dire adieu à la reine, qui part à six heures.
« Promenade à Saint-Maur, maison de campagne de ma tante, avec elle, ma mère, Stanislas' et Olivier-. Charmant endroit ! mais ces promenades-là sont toujours de vraies croix pour moi, à cause de mes yeux. Et on ne veut pas que j'en parle à tout le monde ! Je l'aimerais pourtant mieux, pour excuser ma gaucherie et ma maladresse dans ces promenades. J'y ai toujours le spleen. Je ne puis pas dire un mot ; je ne sais que répondre quand on me demande comment je trouve la vue. Mon Dieu ! je vous assure que c'est une croix, j'espère que vous l'envisagez ainsi ! Je vous l'offre, certes, mais je ne puis pas dire qu'elle me plaise, ni que je ne voudrais pas beaucoup ne pas l'avoir !
« 24 mai 1840.
« La reine et Mademoiselle sont parties ce matin pour quelques jours. Je suis très-fâchée de cela ; j'aurais encore voulu voir souvent Mademoiselle.