‹ Récit d'une soeurChapitre 56 sur 79 · esquisse de lîoine chrelienne · texte numérisé non relu

esquisse de lîoine chrelienne

234 KECIT D'UNE SŒUR.

regret, dans Saint-Pierre au contraire, le mouvement involontaire serait d'ouvrir les bras en signe de joie, de relever la tête avec bonheur et épanouissement. Il semble que là, le péché n'accable plus ; le sentiment vif du pardon par le triomphe de la résurrection remplit seul le cœur !

« Tu peux t'imaginer ce que ce sera de revoir les églises, les catacombes, etc., etc., avec l'abbé Gerbet, qui ne cesse pas d'être admirablement inspiré sur tous ces lieux saints, et Théodore de Bussière, qui pénètre dans une foule de détails charmants, à cause d'un livre qu'il a écrit (sur les sept basiliques de Rome, je crois).»

« Rome, 21 novembre 18 il.

« Je ne puis te dire comme cette vie que je mène me plaît! Que n'es-tu ici, sœur chérie, à qui j'ai fait partager toutes mes tristesses, toutes mes plaintes, toute mon apathie et mon ingratitude envers Dieu ; que ne peux-tu jouir au moins de la bonne santé actuelle de mon âme ! Me voilà ravivée , et j'espère ne plus retomber dans ma langueur. A présent, tu n'essayerais plus , pour m'intéresser, vingt sujets l'un après l'autre sans y parvenir; je reprends à tout, j'ai envie de lire, d'entendre, de comprendre. Qui sait même si je n'irai pas jusqu'à m'intéresser à la politique ! Oh ! Rome est une ville bénie!

<( Le P. de Ravignan , qui est ici , va nous prêcher Tavent; moi, qui de ma vie n'ai entendu un bon sermon, tu peux te représenter combien je vais en jouir. Ce matin même, à la Trinité-du-Mont, dans une réunion d'Enfants de Marie, il nous a fait un admirable discours sur le dévouement à Dieu et la paix intérieure. Oh! elle coulait dans mon âme, cette paix divine, quand il nous

promettait, nous assurait que nous devions la posséder, parce que nous étions de boiine volonté. Vraiment on peut ici mieux qu'ailleurs comprendre la joie spirituelle. »

« Rome, le 14 décembre 1841.

« Comme le temps passe! Je suis toujours étonnée de découvrir qu'il y a dix jours et plus que je ne t'ai écrit; je ne m'ennuie pas une minute et je ne cesse pas de jouir de ce séjour de Rome, Oh! chers amis! que n'êtesvous ici! que n'entendez-vous ces admirables discours du P. de Ravignan! Que cela est beau! que cela est transportant! quels actes de foi et d'amour de Dieu cela fait faire! Songe à ce que cela était pour moi, que de n'avoir, depuis si longtemps , aucune nourriture spirituelle, et pars de là pour te figurer ce que je dois ressentir ici! Mon âme est vivifiée, le sentiment m'est revenu, et tu sais que sur toutes choses je l'avais perdu. Dieu soit béni et remercié, d'avoir permis que ce bien et ce bonheur m'arrivent, Puissé-je en profiter, et surtout, après cela, quel que soit l'avenir, que jamais je ne sois assez ingrate pour retomber dans mon apathique langueur,

« Ces sermons font un bien immense et déterminent un mouvement chrétien parmi les élèves de l'Académie, auxquels ils sont particulièrement adressés. Les protestants y assistent aussi en grand nombre et plusieurs en sont vivement troublés. Le P. de Ravignan s'est adressé l'autre jour directement à eux avec un tel accent de vérité, il a déploré leurs erreurs avec un sentiment si profond et les a conjurés si vivement de désirer au moins sincèrement la vérité, que je ne concevrais pas qu'ils n'en eussent pas emporté une vive impression. Mais cetle impression existe, E, de G. est transporté, transformé par ces sermons; l'influence de Rome agit sur lui, et il

partira, je crois, très-bon chrétien; sa femme aussi a une âme charmante et qui prend à tout ce qui est bon et à tout ce qui est saint.

« Je suis dans toute l'agitation de l'attente d'Adrien'; il devait partir hier; l'a-t-il fait? Si mon bon ange voulait me le dire! c'est une vraie angoisse, dans certains moments, que d'être sans nouvelles. Alex me donne de ses nouvelles, elle va bien, elle voit beaucoup M"'' de Fauveau qui l'aime et l'admire profondément.

(( Olga est charmante et grandement en beauté; Robert se fortifie, et moi je ne vais pas mal , je tousse peu et j'ai bonne mine. Que Dieu et les anges te protègent! Je t'envoie toutes les bénédictions de la sainte ville! »

« Rome, 11 janvier 1842.

(( D'après ma dernière lettre, tu peux juger du bien que m'a fait cette retraite! Le dernier jour, la communion générale a été faite par à peu près tous les assistants jeunes et vieux, hommes et femmes; rien ne pouvait se concevoir de plus édifiant. Nous aimons le P. de Ravignan comme un ami de chacun ; il est venu nous dire adieu, et nous a donné sa bénédiction , et il est, à la lettre, pleuré de tout le monde.

« Adrien est arrivé le 31 décembre, et tout mon temps a été pris pendant les premiers jours. Voilà pourquoi je ne t'ai pas écrit; ensuite j'ai été souffrante, j'ai eu de la lièvre, l'oppression a augmenté, et je me suis remise à tousser. Aujourd'hui je vais mieux, tellement mieux, que je vais à un grand dîner au palais Borghèse, un dîner splendide en l'honneur des nouveaux cardinaux.

a Ma pauvre maman n'y peut venir parce qu'elle a un érésipèle qui l'oblige de rester au lit; elle ne souffre pas

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