NOËL
Seigneur! que le parfum suave De ta douceur, de ton amour, Attire à toi mon âme, esclave Des maux du terrestre séjour.
Mon Dieu! que cette terre eat sonilirf»! Tout est erreur et fausseté ; Rien n'y dure, tout est mensonge. ■ Quand donc luira la vérité!
J'ai soif d'innocence, de vie; J'ai soif de la paix infinie ,
D'immortalité, de bonheur.
Venez donc nous sauver, Seigneur !
Et voici qu'un astre éclatant Éclaire soudain la nuit sombre ; De plus en plus éblouissant, Il a bientôt dissipé l'ombre.
D'où vient la douceur infinie
Qui tout d'un coup l'emplit mon cœur?
Ah! serait-ce déjà la vie
Que je vous demandais. Seigneur"?
Que vos cœurs se réj ouissent, Cessez de craindre et de pleurer.
Que vos âmes s'épanouissent • Au doux soleil qui va briller.
Salut, aurore radieuse, Salut, fleur, perle précieuse, Lis éclatant, rose brillante, Violette douce et charmante.
Mais l'étoile s'est arrêtée, Jetant une vive splendeur.
Avec les anges prosternée, Enfin j"adore mon Sauveur!
Dans les bras de ta douce mère, Te voilà donc enfin. Seigneur, Venant guérir de sa misère Ton peuple ingrat, vil et pécheur.
Je t'adore, céleste enfant !
Dans l'abjection de mon néant.
Dans la paix de mon cœur brûlant.
J'admire ton front ravissant.
Ton regard doux et imposant.
Tes petits bras, si caressants,
Que tu m'ouvre en me souriant, Tes pieds sacrés déjà souffrants Du froid cruel, dur et glaçant, Et je pleure en les embrassant Lorsque je pense aux clous perçants Qui pour moi les rendront sanglants.
« — Je suis venu te délivrer,
Ame fidèle, âme chérie;
Du sein de ma gloire infinie
Je suis descendu te chercher.
Enfant! je t'aime plus que mère
N'a jamais aimé son enfant,
Et mes délices les plus chères
Sont de te voir à chaque instant.
Je suis heureux de ma puissance,
Puisqu'elle sert à te sauver.
J'ai tous les biens en abondance,
Chère âme, viens les partager.
Viens, mon enfant, viens sur mon cœur
Reposer ton âme troublée.
Oublions la douleur passée ;
Dors en paix, je suis ton Sauveur, m
Comme une céleste harmonie, Comme un parfum plein de douceur, Comme une rose épanouie, Comme un miel rempli de saveur.
Comme une fontaine limpide, Comme d'un air pur la fraîcheur.
Consolent au désert aride Un pauvre et triste voyageur; Ainsi ta parole bénie Inonde mes sens et mon cœur D'une surabondante vie, D'une inexprimable douceur!,..
Puisque, de ma misère extrême Connaissant bien la profondeur, Tu m'appelles pourtant toi-mûme, Me voici! mon divin Sauveur!...
Elle avait craint de ressentir ou de témoigner de l'irritation, et elle obtint de croître en douceur et en patience avec chaque jour qui l'approchait du terme. Ma mère , ma pauvre mère surtout , eut la consolation d'être jusqu'au bout celle qui conserva la puissance de la soulager le plus. Olga disait qu'elle soutirait moins lorsqu'elle avait la tête appuyée sur son épaule, et elle demeurait ainsi souvent des heures entières tenant sa main, et de temps en temps lui disant de douces et tendres paroles.
Ainsi qu'elle se l'était proposé, elle ne lisait et ne se faisait plus lire que ce qui pouvait l'aider à aimer Dieu davantage, des prières ou les œuvres des saints, et sa mémoire (qui ne s'affaiblit jamais) lui rendait présentes toutes les paroles qu'elle pouvait s'appliquer. Elle avait lu ainsi, que saint Bernard comparait les âmes à des pierres précieuses qui demeureraient ternes et sans éclat si elles n'étaient taillées, coupées, ciselées.
Un jour qu'elle souffrait plus que de coutume, je l'embrassai les larmes aux yeux en lui disant : « Oh ! pauvre enfant, comme tu souffres ! n Elle sourit et me dit : « Que veux-tu ? il faut bien se laisser ciseler, n'est-ce pas ? » Des mots pareils étaient sans cesse sur ses lèvres.
« Un autre jour, elle dit : « Je n'aime pas la souffrance, mais je comprends qu'il faut souffrir; quand la tête a mal, tout le corps souffre. Jésus-Christ est notre tête. M Quelques semaines après, elle dit à Charles : « Je II. 22
fais tous les jours un bouquet de mes souffrances, et je l'offre à Dieu pour les uns ou les autres, et je n'oublie, je t'assure, ni toi ni les tiens. »
Ses derniers jours approchaient : Alexandrine était arrivée pour la revoir encore, et peu après mes frères et mes belles-sœurs. Olga avait aussi ardemment espéré revoir ses deux amies Catherine et Nathalie Narishkin, qu'une de leurs tantes avait promis de lui amener ; mais elle n'eut pas cette joie.
Le 3 février, le P. Pilât*, son confesseur, lui proposa de lui donner l' extrême-onction et le viatique ; elle accepta et s'y prépara, non-seulement avec reconnaissance, mais avec une sainte joie ; et je lis dans mon journal à la fin de ce jour :
(c Journée sainte, solennelle, suave, comme un jour de première communion. »
J'y lis encore : « Olga, après un sommeil profond et paisible, qui a sui\a l'administration des sacrements, a dit : (( Si tu savais comme c'est doux, en se réveillant, de se dire qu'on est dans l'état où on était le jour de son baptême! » Puis, le soir: « Oh! quel délicieux jour ! Quel souvenir j'en conserverai si je guéris ! Je regrette qu'Eugénie n'ait point eu cela. »
Et après les prières du soir (que nous disions toujours près d'elle), elle voulut que nous récitassions ensemble le Te Deum pour remercier Dieu de cette journée !
Enfin le 10 février, — le jour où cette chère âme devait briser ses liens ^ — elle se prépara le matin pour communier comme de coutume (car, depuis le 3 février,