‹ Récit d'une soeurChapitre 69 sur 79 · II · texte numérisé non relu

II

détruit \ » qu'elle ferma le livre consacré au souvenir de ce bonheur. Elle le ferma et, chose digne d'être remarquée , après ce jour, une occupation du même genre lui eût été impossible; elle n'y eût plus trouvé le charme et la consolation qui, jusque-là, la lui avaient rendue si chère. A dater de cette époque, son âme, son intelligence, sa vie tout entière,, semblèrent être transportées dans une région nouvelle, plus haute que les joies et les consolations de la terre, et le regard qu'elle jeta vers le passé changea de nature. Elle continua à penser constamment à Albert et à l'aimer du même amour; mais, en un sens, elle cessa de le pleurer, car elle sembla avoir entrevu tout d'un coup, dans une lumière très-distincte, l'immense réalité du bonheur réservé aux larmes. Ce fut là sans doute la récompense terrestre de sa soumission sans murmure à la volonté de Dieu, même aux premiers jours de son sacrifice. La résignation avait alors été pour elle un acte de foi, et de foi souvent diflicile et douloureuse. Mais à la fin de cette période, qui venait d'être marquée par tant de douleurs et par tant de grâces, elle sembla voir et toucher ce qu'elle n'avait fait que croire auparavant. Je ne puis exprimer autrement le changement bienheureux qui s'opéra en elle et où j'aime à apercevoir encore l'influence bénie des âmes qui avaient été pour la sienne des appuis si doux et si tendres !

Aussi, pendant les jours douloureux que nous venions de passer ensemble, Alexandrine n'avait point eu un smil de ces accès qu'elle avait eu tant de peine à vaincre naguère. Elle n'avait plus à être consolée; c'était elle, au contraire, qui était devenue la calme consolatrice des autres, et, ainsi que M. de Montalembert le disait trèsbien, « elle était maintenant au-dessus de la douleur. »

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