‹ Récit d'une soeurChapitre 73 sur 79 · V. Caiiii(|iu', p. 18 de te volume · texte numérisé non relu

V. Caiiii(|iu', p. 18 de te volume

qu'elle est demeurée gravée dans la mienne, dans le souvenir qui me la retrace sur terre, pour la dernière fois!

Mais ce ne serait point là avoir accompli ma tâche, ce ne serait point avoir rendu à cette mémoire bienaimée et bienheureuse l'hommage entier qui lui est dû : ce serait avoir retranché de sa vie la grâce suprême qui la couronna; ce serait avoir supprimé le plus doux, le plus puissant, le plus consolant de tous les exemples qu'elle nous a laissés.

Je poursuis donc ce récit, auquel j'ai, pour ma part, bien peu de lignes à ajouter : il ne contient plus que quelques passages des lettres d'Alexandrine, depuis le jour où nous nous séparâmes à Boury jusqu'à celui où elle tomba malade à Paris ; et, à dater de ce jour, des lettres de ma mère doublement chères et précieuses, puisque le récit qu'elles contiennent des derniers moments de cette fille si tendrement adoptée et aimée fut en même temps celui de sa dernière épreuve à ellemême, et que la mesure des douleurs et des grâces allait être comblée, pour elle aussi, près du lit de mort d'Alexandrine!

ALEXANDRINE A PAULINE

« Boury, 10 août 1847.

« Je t'aime plus que jamais, ma Pauline, et crois cette vérité, qu'il m'est bien doux de me sentir aimée de toi.

« Oh! je sens si bien qu'en avançant dans cette triste vie, les racines de l'amitié deviennent plus fortes ; quand même quelques fleurs seraient tombées, les fruits viennent ensuite qui valent mieux.

« Tu m'as fait faire, je l'espère, un acte de reconnais-

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sance; car il est vrai que c'est merveilleux, après les douleurs qui m'avaient désespérée, après avoir eu la tête renversée par Thorreur des souffrances pour moi et pour les autres, il est vrai que c'est merveilleux de se trouver sortie de là plus heureuse que jamais on ne l'a été ou imaginé qu'on piit l'être, et même de l'être ainsi, au milieu d'étranges ténèbres et désolations et tracasseries qui subsistent et changent à chaque instant l'atmosphère de l'âme. Oh! l'âme est une bien belle chose! On sent, sans explication, qu'une seule âme vaut mieux que l'univers matériel tout entier. »

« 20 octobre 1847.

« Si je t'ai dit que je voudrais voir Gioberti ^ devenir jésuite, ce n'est que comme expiation, car le ciel me préserve de l'étroitesse funeste et coupable de désirer à tous la même vocation : j'aime tant au contraire la variété dans l'unité! Je le crie tous les jours : comprenez donc qu'il faut des différences, que deux feuilles ne se ressemblent pas, qu'il faut l'arbre fruitier et le buisson, le lis et le brin d'herbe, la pierre et la goutte d'eau...

« Ah oui ! le bonheur et le bien-être, je les aime bien, et non moins que toi, je t'assure; mais les atteint-on jamais ici-bas ? Tout cela n'est-il pas toujours à l'état d'oignon comparé à la fleur? Et plus on s'en passe ici, plus on en aura éternellement. »

« Paris, 6 novembre 1847.

« Chère amie, je voulais te répondre brièvement et n'en plus parler. Mais l'abbé Dcbeauvais- (toujours si

1. Quatre années s'étaient écoulées alors depuis colle où nous l'avions connu à Bruxelles, et il venait maintenant de faire paraître son ouvnige contre les jésuites.

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