A Paris
dant nous ne savons rien de ceux que nous y avons laissés, tandis que vous, qui en êtes tellement plus loin, avez déjà reçu de leurs nouvelles. Prions Dieu qu'il nous réunisse bientôt tous. Que fait mon bon Fernand? Quel compagnon de voyage il eût été I D'un autre côté, je Tenvie bien, ainsi que vous, d'être en France. Si vous voyez notre cher Montai, donnez-lui de nos nouvelles; il devine tout ce que nous lui adressons de tendres souvenirs, je le regrette bien dans ce voyage.
a C'est le bateau à vapeur autrichien le Marie-Doi^othée qui nous conduira de Smyrne à Constantinople. Si loin de vous! Diable ! mon mal du pays ne diminue pas! Enfin que Dieu soit avec vous tous. A la fin d'août, nous, mettrons le cap vers vous. Mon Alex se porte à ravir et je l'aime encore cent mille fois plus, s'il est possible, qu'en Europe.
« Putbus se rappelle à votre souvenir. Il est excellent et fait tous nos arrangements dans la perfection. Je me suis laissé voler comme un imbécile une bourse contenant 15 des louis que vous m'avez donnés. Je ne voulais pas, mon bon père, que vous fussiez aussi généreux, vous le savez I Que Dieu vous le rende au centuple et vous comble de bénédictions. Bénissez-nous aussi, au fond de votre chère France. Plus je m'éloigne, plus elle me semble aimable et belle. »
ALEXANDRINE A PAULINE ET A EUGÉNIE
« Malte, 10 mai.
« Chères sœurs, un mot à vous deux à la hâte. Il ne
faut pas que vous m'en vouliez de ne pas vous écrire les
petits détails. Je suis trop ébahie de notre voyage. Noua
avons été délicieusement établis ici. De grandes cham-
bres blutes, jolies, riantes, avec tous les conforts imaginables.
tt J'espère que vous vous plaisez dans votre nouveau home^. Vous êtes peu nombreux en ce moment, mais ce qu'il y a d'agréable dans une aussi nombreuse famille, c'fîsl qu'il *^n reste toujours quelques-uns ensemble. Il n'y a que Fernand qui soit seul en ce moment. Votre père va rejoindre les Charles, n'est-ce pas? Que fait ma petite chère Eugénie?... Oh! priez bien pour nous! Quand vous recevrez cette lettre, où serons-nous? Dieu veuille du moins que cela fasse du bien à mon Albert.
ff Mes sœurs chéries, pensez bien à nous et priez pour nous. Que Dieu nous protège sans cesse. Ma petite Eugénie, ma petite Paule, je vous embrasse bien. »
JOURNAL liALUERT.
■ Lundi, 1 i mai, une heare.
i Je VOUS écris du port de Malte'. Nous sommes à bord du New'Fame qui nous conduit à Smyrne, et nous attendons que le capitaine du bord ait la bonté de nous délivrer les papiers sans lesquels nous ne pouvons partir.
<ï Les Français qui devaient s'embarquer avec nous parlent par un bâtiment de guerre. Mais du reste nous ne manquons pas de compagnons de voyage pour cela, car le pont est encombré de femmes incroyables, de
I . Noui venions de nous établir avec ma mère dans une grande maUon cntaurèa de jardins, située à Santa - Teresa , non loin de Chîaju.
:f, Oti n\t pue oublié l'Iiabitude d'Albert de donner à son journal |4 fgnuti d'uE^Ë lettre.
Turcs, d'hommes de toute espèce, hormis de Tespèce propre. Heureusement nous sommes seuls en bas. Nous avons en ce moment auprès du bâtiment trois sourds et deux aveugles, qui nous font une musique à briser les oreilles pour célébrer notre départ. Edwardes^ est à bord, et nous sommes à côté de son yacht, dans lequel il est arrivé hier en 80 heures de Marseille. Me savoir si près de la France m'a un instant rendu mon mal du pays dans toute sa force. Mais je me suis secoué, et me voilà voguant vers d'autres rives avec toute l'activité et la curiosité d'un voyageur.
« Nous sommes sortis du port, et une belle brise, dont nous avons perdu la meilleure partie, gonfle encore assez bien nos voiles. Une heure après notre départ, le pont s'est peu à [peu déblayé; nous y sommes maintenant presque seuls, filant nos cinq nœuds et nous éloignant assez promptement de Malte.
« Mardi 42. — Nous allons lentement ce matin, et si le vent ne vient pas à notre aide, nous pourrions bien être 42 jours en route, pendant lesquels je ne vous écrirai pas, la vie du bord étant tout ce qu'il y a au monde de plus monotone, à moins que nous ne fassions la rencontre de quelque corsaire ou de quelque orage. »
JOURNAL D^ALEXANDRINE
« Ce matin, Thomas* a mis deux rosiers de mai dans notre chambre.
« Hier soir, je suis montée sur le pont avec Pulbus pour voir la lune, dont l'effet sur la mer et aperçue à travers les voiles, était ravissant. J'ai joui de ce spec-
1. L'honorable Richard Edwardes, ûls cadet de lord Kensington.