‹ Récit d'une soeur: souvenirs de familleChapitre 31 sur 53 · Ate\andrine a mis en marge · texte numérisé non relu

Ate\andrine a mis en marge

« Et aujourd'hui, si je ne croyais pas au pape, il me semblerait ne tiLuB éiv& chrétienne. •

rien? Mon Dieuf comme vous nous oubliez toujours, Albert et moi t

« Quand je me souviens qu'après les premiers jours de craintive vénération que vous m'avez inspirée, je me suis familiarisée au point de vous jeter de Teau de Cologne et de la poudre d'iris à la tête, et de me tàur. commander un chapeau par vous, je pense que vous devez tout me pardonner. , .

« ...Mais, cher ami, je cesse pourtant, car je dois horriblement vous ennuyer par tout ce que je vous gi iffonne; qui sait même si vous le lirez! Répondez-moi, digrâce et bien vite. On nous a parlé du discours que vous venez de prononcer à la chambre des Pairs : jtjs voudrais bien le lire. A revoir bientôt, j'espère; je prie Dieu pour votre bonheur. Connaissez-vous Venise^? G'ct^l bien intéressant. A jamais votre amie et sœur.

« Alex. »

ALEZANDKIINE A PAULINE ET A EUGÉNIE

« Venise, 27 octobre 1835.

« Bonsoir, mes sœurs, je ne suis pas du tout en train d'écrire, il fait un sirocco épouvantable. Chose tout ausiti sensible à Venise qu'à Naples, et je m'aperçois pour la

1. Ce fut dans les premiers temps de ce nouveau séjour, le deriiÉer pour Albert en Italie, qu'AIexandrine copia ces vers de Ghilde Ka^ rold, si connus, mais toujours si beaux :

And even since, and now, fair Italy,

Thou art the garden of tbe world I the borne

Of ail art yields and nature can decree

Even in tby Désert what is like to theef

Thy very -weeds are beautiful, thy -waste

More rich than otber climes' fertility

Tbe wreck a Glory, and thy Ruin graced

Witb an immaculate charm which cnnnot bc dcfaced.

première fois de cet effet du msd de nerfs dont Albert et ma mère se plaignaient, qui estrimpossibilité de former ses lettres en écrivant; ainsi lisez comme vous pourrez. J'ai une grande smania de vour revoir, mes sœurs. Il faut avouer que nous nous voyons bien peu depuis que nous le sommes devenues! Nous étions bien plus souvent réunies dans le temps où nous n'étions qu'amies. Est-ce qu'il y aurait quelqu'un parmi vous qui pût avoir l'ombre d'un doute relativement à ce que nous aurions choisi par plaisir, pour cet hiver entre Boury et Venise? avec cette charmante réunion de famille à laquelle nous seuls manquons ! Si votre père l'a eu, ce doute, j'avoue que j'en serais triste. Pour sa propre satisfaction, je voudrais qu'il fût bien convaincu que Boury n'aurait pas pu être aussi bon pour la santé d'Albert que Venise ou Pise. Quant au bien moral et au bonheur que cela lui eût causé de passer cet hiver parmi vous, il ne peut en douter, et on sait assez combien, moi aussi, j'aime et je jouis de nos grandes réunions. Mais après cela, quand je suis sûre que ceci vaut mille fois mieux pour la santé d'Albert, je me réjouis d'y être; et puis on ne peut s'empêcher d'aimer toujours l'Italie et de trouver Venise au plus haut point intéressante; de sorte que je supporte gaiement notre décision, qui, après tout, n'est que celle des médecins.

« Et maintenant , Madame et Mademoiselle, comment se fait-il que vous ne donniez pas le plus petit signe de vie à votre pauvre belle-sœur Alex, qui vous a cependant éerit des lettres volumineuses auxquelles elle ne reçoit pas l'ombre de réponse? Elle qui aime tant qu'on réponde à ce qu'elle dit. Mademoiselle Eugénie, bien faussement, le jour de son arrivée à Paris, griffonne à cette pauvre Alex un mot où elle lui dit: «Comment veux-tu que j'aime Paris, puisque je n'ai pas le temps de t'y écrire ?»

Oh! mensonge! et après cela elle n'écrit pas le plus petit mot depuis qu'elle est hors de Paris, pas une pauvre petite description de Boury que je me meurs de curiosité de pouvoir me figurer un peu.

« Madame Pauline m'a écrit le 12 septembre une lettre qui m'a entièrement satisfaite (chose qui n'arrive pas toujours); mais, dans cette lettre, elle m'en promettait très-promptement une autre, et un mois s'est écoulé sans que cette promesse ait été tenue!... Vos parents nous écrivent bien plus que vous; ayez-en honte, jeunes personnes! Un autre défaut de la famille, c'est de ne pas relire les lettres reçues et de redemander des choses auxquelles on a déjà répondu. Tout cela ne vous empêche pas de faire un ensemble fort agréable. Mon beau-père loue beaucoup notre chérie Eugénie dans sa dernière lettre, et Albert (fort impoliment pour sa femme, je trouve) dit qu'elle est, de nous iroisy la plus séduisante et la plus agréable.

« Adieu, Eugénie, aime-moi, écris-moi, je t'aime tant! Que Dieu te garde! Dis à Fernand de m'apporter quelques romances quand il viendra et toute la musique qu'il pourra dérober au piano de Boury, sans faire pousser trop de cris, car j'ai tout laissé à Livourne et je ne veux rien faire venir. »

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