‹ Récit d'une soeur: souvenirs de familleChapitre 32 sur 53 · EUGÉNIE A ALEXANDRINE · texte numérisé non relu

EUGÉNIE A ALEXANDRINE

« Boury, le 5 novembre 1835.

c Est-ce que personne t'a jamais écrit qu'il nous passait par la tête de soupçonner que c'était par plaisir que vous passiez l'hiver à Venise, au heu de le passer avec nous? quand on ne parle pas d'autre chose, ici, que de ton goût pour les réunions de famille, pour la vie de château, et que tous sont impatients de te voir arriver.

sachant combien tu ajouterais au charme de Tintérieur! Mais, on oftet, un instant nous avons eu la folie de penser que vous auriez pu passer Thiver à Boury; et alors, la lèle remplie de cette idée, nous avons été comme désappoinlés quand la décision de Venise nous est parvenue. Et maintenant, si tu savais comme je itérais tâchée de vou.s voir ici! Nous n'en sommes qu'au mois de novembre et nous avons tellement froid, que nous ne savons où nous mettre, ni quel feu allumer. Il fait un vent perçant, H je frémis en me représentant notre pauvre cher Albert traversant ces grands corridors, descendant ces escaliers où un froid vif vous saisit partout. Oh! non, chers amis! que Dieu vous garde de tout mal en Italie! car si la différence du climat est si sensible pour nous, qui^ serait-ce pour lui î

« 0ht Atex, que je me désire souvent près de toi à Venise, recommençant, non pas les inquiétudes, mais rinliinitc de Sorrento, te suivant dans tes soins, tes soins si minutieux, sœur bien, bien-aimée! Tu es si bonne à voir ainsi de prî^s î »

Fcrnand, dans la même lettre :

flf Bonjour, petits. Pendant qu'Eugénie s'interrompt pour écrire un billet que je dois porter à Emma, moi je me suis empan* de la plume pour vous annoncer mon arrivée près ûi^ vous. Chers bons, que je voudrais pouvoir vous amuser un peu! mais j'ai peur pour vous de u èlrn pas tort bouffon. Je le suis fort peu, en effet. Voici le billot écrit, il faut que je parte. Adieu donc, ou plutôt 11 revoir, mes chers petits. J'embrasse Albert, ce bon cher vieux; j'apporterai force musique, romans, pièces, sirops et cancans pour vous divertir cet hiver. A revoir, »

Eugénie continue :

et Ce Fernatidj comme il écrit large î quel papier il

perd ! Sais-tu ce qui est en bien mauvais état depuis mon retour en France? C'est mon gosier. Figure-toi qu'il me fait tellement souffrir, que, depuis quelque temps on me défend absolument de chanter, de lire tout haut, et qu'on me menace même de m'empêcher de parler. Je n'ai presque plus de voix, et quand je chimU^ une minute, je n'en peux plus. Je prends un oortam sirop qui me fera, dit-on, du bien, mais jusqu'à présent il me fait plutôt du mal. Dans tout ceci, c'est mon pauvre chant que je regrette. Le médecin a dit l'autre jour que, si je voulais guérir, il fallait être un an sans chanter. C'est ce froid si vif qui m'a tout de suite saisie à la goi^e, comme un voleur. Les yeux d'Olga vont moins bien aussi, le froid n'est pas bon pour elle [ion plus. Juge avec tous ces exemples, si je suis hiHireuse de n'y pas voir ton cher mari ! Albertine est an couvent, bien portante, sage, gagnant des médailles et espérant faire bientôt sa première communion. Mes chers amis, voici encore une lettre de vous, merci! Chère Alex, comme je te reconnais, cherchant tout de suite toutes les manières d'encourager toi-mêmr el les autres. Cet Anglais dont tu nous parles, je suis sûre que lu l'aimes à la folie, le tout parce qu'il a été plus malade qu'Albert, qu'il se porte bien et qu'il s'est guéri h Venise.

« Ah! çà, je finis. Ai-jebien réparé? Ma lettre esl-elle assez longue? Ai-je bien répondu à la tienne? Je ne lui pas perdue de vue, et dorénavant je ferai toujours comme cela, je lirai ta lettre tout le temps que j'écris, afiij d'être sûre de bien répondre.

« Adieu, vraie amie, que j'aime avec ferveuT", avec admiration! Que Dieu vous garde bien, car deuî;: petits êtres comme vous sont rares sur la terre ! i

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