‹ Récit d'une soeur: souvenirs de familleChapitre 44 sur 53 · ÂLEXANDRINE (DANS SON JOURNAL · texte numérisé non relu

ÂLEXANDRINE (DANS SON JOURNAL

■ 29 mai 1836 (dimanche de la Trinité).

« Ce matin, j'ai été de bonne heure à la messe, puis je me suis habillée. J'ai mis une robe blanche et un large ruban bleu croisé sur ma poitrine : les couleurs de la Vierge qui ont toujours été mes couleurs favorites! Et c'était son mois aussi, et je devais cette grâi^e {\ mii intercession que ce bon franciscain de Pise nf iivsut dit d'implorer. Je devais aussi cette grâce à mon Âlbf^rl qui s'était offert en holocauste pour mo\, qui aoait tovï offert à Dieu, pour ma conversion^ même r enthousiasme, el qui n'avait voulu conserver que l'amour du bien.

« L'abbé Martin de Noirlieu a dit la messe (à im au tel préparé dans la chambre d'Albert); puis il m'a fait, approcher, mettre à genoux devant lui. Il m'a dit iilors de faire le signe de la croix, et, après l'avoir fait, j ai lu h haute voix l'abjuration suivante :

A96 EEOIT D'UNE SCEITR.

f Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit,

« Je crois d'une foi ferme et professe, tant en général qu'en particulier, tous les articles contenus dans le symbole de la sainte Église catholique, apostolique et romaine.

(ï Je crois que ce serait une détestable idolâtrie que de rendre le culte d'adoration à un autre qu'à Dieu, Pèrej Fils et Saint-Esprit, Je crois, avec l'Église catholique, qu'il est bon et utile d'invoquer d'une manière suppliante la sainte Vierge et les Saints et de recourir à leur aide et k leur secours pour obtenir de Dieu ses bienfaits par N.-S. J.-C, qui seul est notre Sauveur et Rédempteur.

i En vénérant les images de la sainte Vierge et des Saints, je ne leur attribue aucune vertu ou divinité pour laquelle on doive les vénérer, leur demander aucune grâce et y accorder sa confiance, puisque tout l'honneur qu'on leur rend se rapporte à ceux qu elles représentent.

ff Je crois qu*il y a sept sacrements institués par Jésus-Christ.

« Je crois que Jésusr-Christ a donné à TÉglise le pouvoir d'accorder des indulgences et que Tusage en est salutaire.

ff Je crois que les âmes qui sortent de cette vie avec la grftce et la charité, mais redevables encore à la justice divine, souffrent, pendant un certain temps, dans le purgatoire et qu'on peut les soulager par des prières, des aumônes et par le saint saiirifice de la messe.

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« Je crois que, par la vertu des paroles de la consécration, le pain et le vin offerts sur l'autel sont changés au corps et au sang de Jésus-Christ, et qu'on peut recevoir cet adorable Sauveur tout entier sous une seule espèce.

« Je crois qu'il n'y a qu'une foi, qu'un baptême, comme il n'y a qu'un Seigneur, et qu'il est impossible de plaire à Dieu et d'être sauvé, par conséquent, sans cette foi et ce baptême.

« Je crois que la vraie foi n'est que dans l'Église catholique qui, par la succession de ses pasteurs, remonte sans interruption jusqu'aux Apôtres : c'est l'Église établie par Jésus-Christ, qui a promis de l'assister de son esprit tous les jours jusqu'à la consommation des siècles.

« Je crois qu'on ne peut être sauvé hors de l'Église catholique, mais je ne condamne en particulier aucun de ceux qui ont eu le malheur de vivre et de mourir hors de sa communion. Il n'appartient qu'à Dieu de les ' juger; lui seul sait à quel point leur ignorance de la vraie foi a été volontaire et coupable.

« Je crois que le pouvoir d'interpréter les divines Écritures n'a été donné qu'aux Apôtres et à leurs légitimes successeurs, auxquels Jésus-Christ a dit : Allez, enseignez toutes les nations.

« Je crois donc d'esprit et de cœur à la doctrine de l'Église catholique. Je veux vivre et mourir dans le sein de cette Église, moyennant la grâce de Dieu, que je bénirai tous les jours de ma vie de m'avoir appelée à la religion de mes ancêtres.

« Au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit.

« Pari», le 29 mai 1836, le jonr de la fête de la Très-Sainte Trinité. « Martin de Noirlieu,

« AlEXANDRINE D'ÂLOPËUS de la FsRRONNATSr

398 RECIT D^ONF SŒUR.

« En présence des âoussignés :

it Aleeht i»e là. FF^nnonNATS,

tf Comte DE LA FEtinonifAYiï,

V^ MONlSURKAUf Cointcaae Oë la rEHftONÎTATS,

e Eucéînie oe la Feuros^ayj5, c Feanaeid de lAl Feabonnats.

f (Montalembert était présent, j'ai oublié de le faire signer.)

« Quand tout fut fini, je me jetai dans les bras de mou Albert, puis j embrassai tous les autres de notre famille chérie. L'abbé Martin, s'approchant de moi, me dit : « Maintenant, Madame, vous avez des frères dans « le monde entier. » Et je me sentis comme dans une nouvelle vie, heureuse ï heureuse I que j'en étais toute surprise, et que je craignis d'avoir été, à côté de mon Albert, trop joyeuse et trop gaie le reste du jour,

<ï Eugénie écrivit ce jour-là dans son cahier ces lignes que j'y lus le soir :

« Seigneur I Gomment vous parler et que vous dire : fi mon Dieu, pour les grùces de cette journée ? Elle est i catholique; votre petite brebis vous est revenue, mon tt Dieu ! Réjouissez sa douce àme, bénissez-la, consolez- la « d*^ ses longues années d'exil, comblez de joie son re- « tour dans la véritable patrie; brnissez-la de tous vos « dons, et, si vous Taimez assez pour réprouver^ donnez- « lui donc alors l'immense anw>urdc vous seul pour tout <ï supporter, pour tout chérir de votre main adorée, a Anges chériSj veillez sur elle pour que sa paix soit a grande, pour que son âme soit sereine 1 i

« Cette nuit du 29 au 30 mai (je l*ai su depuis), ma mî^re a rêvé qu'elle me voyait assise, redevenue petite enfant, en chemise, ayant &ur la tète une énorme cou-

RÉCIT D'UNB SŒUR. 3S9

ronne de fleurs qui étaient comme des dards et que lout ce costume lui déplaisait, puis que je lui offrais do ct's grandes fleurs de ma couronne et qu'elle les refusait. — Ohl jusqu'à quand?...

« Le 30 mai. Lundi. — Montai vint et amena Ynbhé Gerbet. Albert était au salon lorsqu'il entra, et bien des années après Tabbé Gerbet m'a dit qu'il se rappelait el qu'il se rappellerait toujours le vif regard de joie vF^i s'alluma dans ses yeux en voyant entrer celui qui d(ivait rendre la vie de la grâce à son Alex. Ce regard le fnippa d'autant plus que les magnifiques yeux d'Albert diaient la seule chose vivante encore dans sa figure, hélas t i^î changée alors.

« Mardi le 31 mai. — J'ai été avec Eugénie, à pied, à la chapelle du collège Stanislas. Une fois là, et loiïsque j'ai vu l'abbé Gerbet dans le confes*'*.onnal, j'ai eu peur, et j'ai été bien longtemps à me décider à y entrer, liugéhie m'a dit de prier pour me calmer, d

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