SOS
Sans l'énerg*ie que déploya ce prince dans la répression des tentatives de réforme faites sous son règne au pays de Liège, le luthéranisme aurait peut-être fini par s'y établir. Sleidan, Thistorien de la réformation, qui avait connu notre évêque, pendant les quatre années qu'il séjourna à Liég-e, a dit de lui ; « Érard, cardinal et évêque n de Liège, est mort; il en est peu, avant lui, qui u aient tourmenté tant de gens au si:get de la nou- » veUâ doctrine. »
LA JOYEUSE EiNTRÉE
FËRDIJVAND DË BAVIÈRE.
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D*où m'arrive ce bonheur.
D'où m'aborde cet honiieiir.
Que cbei noi, ta pantre LMge,
Tu viens, quittant ta duebét Laissant Ion archevêché, Planter les pieds de ton siège?...
VimLC vois» d» tempi.
LA JOÏËUSE ENTRÉE
DB
FERDINAND DË BAYIÈÏtË A LIÊQË.
L'une des fêtes populaires où les Liégeois aimaient surtout à déployer beaucoup de magnificence, était la Joyexise Entrée de leurs princes. Ce jour-là c'était grande liesse parmi les gens de la commune; les ateliers devenaient déserts; on fermait les boutiques ; chacun revêtait ses plus beaux habits et prenait part aux réjouissances; nobles ou vilains, riches bourgeois ou pauvres artisans, femmes ou enfants, tous abandonnaient leurs logis, tous accouraient sur la place publique, non pour y faire encore gronder l'émeute, mais pour célébrer la venue du nouvel évôque.
Nous avons pensé qu'une narration fidèle de la
joyeuse entrée de Perdinand de Bavière ne serait pas sans quelque intérêt, et que ces détails de mœurs feraient une heureuse diversion aux scènes sanglantes dont Thistoire de Liège ne nous a que trop souvent offert le tableau *.
Au commencement du mois de décembre de l'an 1612, on apprit dans la cité que le successeur d'Ernest de Bavière ferait sa. Joueuse eniréelQ 27 janvier suivant. Les bourgmestres s'empressèrent alors de prendre toutes les mesures nécessaires pour que rien ne manquât à cette fête. On enleva la boue des rues que devait traverser Son Altesse; on y répandit du gravier , et Ton fit repaver la chaussée du faubourg Saint -Léonard jusqu'au pont Délie Creyr, près de Herstal.
Le nouvel évêque arriva dans la soirée du 26 janvier 1613 à Visé : il y fut reçu par le g-rand bailli de Ilesbaye, et complimenté par les bourgmestres de cette ville et par les différentes députations venues de la cité.
Le lendemain, dimanche, dès le point du jour, Liège ne retentissait que du bruit des tambours et des trompettes; des salves de mousquetades et d'arquebusades, tirées par les compagnies de la
* Nos historiens imprimés donnent peu de détails sur ces fêtes ; nous avons heureusement découvert dans un mannscrit de la bibliothèque de Tuniversité de Liège, une Joyeute Entrée da prince Ferdinand, et ce morceau, qui nous parait avoir été écrit par nn témoin oculaire, offre une foule de renseignements curieux dont nous avons fait usage.
cité, se faisaient entendre dans toutes les direc* tions ; on voyait çà et là des hommes armés, revétus du costume de leur compag-nîe, courir aux
divers lieux de rassemblement qui leur avaient été assises.
Les bourgmestres Louis de Chokier et Hermau de Trappé s'étaient rendua de grand matin à la Tiolette, afin d'y donner les ordres convenables.
On vint bientôt les informer que les Franchimontois, au nombre d'environ cinq à six cents, et précédés de bannières vertes et blanches, étaient arrivés au pont d'Amercœur et demandaient à entrer dans Liég'e pour prêter au prince Tbommag'e qu'ils lui devaient. Les chefs de la cité se • rendirent aussitôt à la porte d'Amercœur qu'ils ûrent ouvrir, et, après avoir donné leurs instructions au commandant de la troupe, ils la conduisirent jusque sur le marché, devant les degrrés de la cathédrale , où elle se rang'ea en belle ordonnance, laissant un espace suffisant pour le passage des carrosses qui se rendaient au palais épiscopal.
Les quatre cmpagnieê iermentées de la cité parurent quelque temps après * ; elles s'avancèrent pompeusement jusqu'à la porte de Saint-Léonard ; venaient ensuite le corps des banneresses et les députés des trente-deux bons métiers, au nombre d'environ neuf cents hommes, qui se placèrent
^ Les vieux et les jeunes arbalétriers; les vieux et les jeunes ai^uelnisiers.
immédiatement après les quatre compagnies sermentées; enfin, et en dernière lig"ne, on voyait la garde des dix liommes, ainsi nommée parce qu'elle était formée de dix bourgeois choisis dans chacun des métiers; toute cette masse échelonnée formait une haie compacte de gens armés, depuis la porte de Saint-Léonard jusqu'à l'hôtel de ville.
Ces préparatifs étaient à peine achevés lorsque les hourgmestres apprirent que Son Altesse s'approchait. Ils allèrent aussitôt à sa rencontre» précédés des deux messagers sermentés de la cité, de huit trompettes à cheval, des huit serviteurs-secrétaires à pied» tous revêtus de leur livrée rouge et jaune, couleurs de la commune. Après les seigneurs bourgmestres venaient le grand greffier» les quatre conseillers, les sous-greffiers, les commissaires, en corps, et quantité de riches bourg^eois. On s'arrêta au pont Délie Crey r, attendant l'arrivée du prince.
Ferdinand avait quitté Visé de bonne heure, accompag-né du comte de Yaudemont, duc de
Lorraine et d'une brillante noblesse, venue exprès pour embellir la joyeuse entrée de l'évêque. Tous les nobles seigneurs du pays l'attendaient sur la route» en un lieu nommé au Gros-Chéne; aussitôt quMls aperçurent le prince, ils le complimentèrent avec g-rande effusion, et formèrent le cortège dans l'ordre suivant :
Une troupe de chevau-lég-ers hesbignons, conduits par le seigneur de Cortis» grand bailli de la cathédrale» ouvrait la marche. Immédiatement
après eux, venaient les varlets des gentilshommes vassaux, couverts de livrées riches et éclatantes; ils étaient suivis de tous les nobles du pays, dont le costume brillant ot le somptueux équipag'e n'étaient pas un des moindres ornements de la fête. £n tête de la noblesse liégeoise marchaient les seigneurs Jean- Jacques Barbian, comte de Belle- Joyeuse , grand bailli d'Entre-Sambre-et- Meuse , Jean de Berlaymont, lieutenant des fiefs du pays et grand bailli de Moha , Huin d'Amsterradt, commandeur provincial de Tordre ïeutonique et de la commanderie des Joncs.
Venaient alors le train de la maison du duc de Lorraine et celui de Ferdinand, composés de nobles seigneurs et de nombreux hommes d'armes tous montés sur des chevaux richement harnachés.
Les deux princes suivaient et ne se séparèrent qu'en arrivant dans la banlieue de Liège. Dès ce moment, le comte de Vaudemont marcha aussi en avant de révôque, que précédaient immédiatement Jean de Mérode, grand maïeur de la cité de Liége^ portant la verge rouge, emblème de la justice^ et le comte de Duras, tenant appuyée sur l'épaule une longue épée en qualité de grand maréchal du pays. Ferdinand était entouré de ses gardes et de ses valets de pied.
Lorsque le prince fut arrivé au pont Délie Creyr^ où Vattendaient les bourgmestres, ceux-ci lui firent une très-liumble révérence, et lui souhaitèrent la bienvenue dans sa ])onne cité de Liège; après quoi ils demandèrent à Son Altesse si elle était disposée
àprêter le serment que lesévêques-princes devaient prononcer à leur joyeuse entrée et inauguration. Ferdinand ayant répondu qu'il était prêt, le grand greffier, Gérard de Fléron, s'approcha de lui, et
ouvrant un livre in-folio, écrit sur parcliemin et couvert de velours rouge^ il lut à haute voix ce qui suit :
n Votre Altesse Sérénissîme et Illustrissime jure solennellement en parole et en foi de prince, d'observer entièrement les conventions et les articles de la jpaiic de Fexhe, les statuts et règlements de la cité et ses lois municipales ; elle jure, en outre^ de maintenir ladite cité et les bourgeois dans tous leurs privilèges et libertés, sans les enfreindre ni souffrir qu'ils soient enfreints par d'autres. * «
L'évôque prit le livre et s'écria d'une voix forte : n Je le jure, par ma parole de prince, et que Dieu me soit en aide I n Aussitôt des détonations nombreuses se firent entendre sur les collines avoisinantes ; la cité y répondit par des saints d'honneur, et les bourgmestres se plaçant immédiatement derrière l'évêque, le cortège se mit de nouveau eu mouvement.
Après les bourgmestres on voyait le grand prévôt de Cologne et Jean de Mérode, seigneur de AYaroux ; puis suivaient le carrosse de corps, traîné par six chevaux gris magnifiques, les deux lieutenants du grand maieur, le grand greffier, et quelques officiers de la chambre, serrés de très-près
* Senmenl de Vévesque de Liège, in-4«>.
par la compag^nie des arquebusiers à cheval de la g*arde de Son Altesse^ qui laissèrent derrière eux, en désordre et pêle-méle» les seigneurs commissaires et d'autres officiers de la cité, faisant partie du
cortég'e.
Le canon n'avait pas cessé de gronder, et la foule qui refluait vers Liège, annonçait aux habitants que révêque n'était plus qu'à une courte distance. En effet, le prince venait de passer à côté de Fég'lisc de Saint-Léonard, d'où quelques bannis, qui s'y étaient retirés invoquant le droit d'asile, vinrent se jeter à ses pieds, criant merci et réclamant leur pardon. Il les engagea à lui adresser une requête et promit de se montrer doux et compatissant, en l'honneur de ce beau jour *.
Quand le corté^*e fut arrivé près du couvent des Carmélites de Saint-Léonard, les bourgmestres présentèrent à révêque les clefs des portes de la cité, attachées ensemble par un cordon de soie rouge et jaune. Ferdinand les reçut avec bonté, et les ayant quelque temps conservées, il les leur rendit, disant : « Vous les avez toLgours bien gardées auparavant, messieurs, vous les garderez donc bien encore par la suite. » Les bourgmestres les donnèrent alors à l'un de leurs secrétaires sermentés, lui enjoignant d'aller commander aux chefs de la compagnie des arbalétriers qui gardaient la porte^ de l'ouvrir sur-le-champ, ordre que ceux-ci s'empressèrent d'exécuter. Fendant ce temps, la
Manuscrit iléjk cité.
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prieure du eouvciit des Carmélites s'était approchée de Son Altesse et Tavait priée d'accepter quelques mouchoirs brodés par les sœurs, ce que le prince agréa fort gracieusement *,
On se remit en marche et Févêque arriva enfin devant la porte de Saint-Léonard, où il fut salué par P('hijjereu)', h' roi et tous les officiers de la coinpa^rnie des vieux arbalétriers, et harangué par le noble et généreux seigneur Bené de llenesse, sire de Bocourt, qui était roi alors. Celui-ci termina son discours en disant qu'il était d'usage qu'un prince de Liég"e, à sa joyeuse entrée, prêtât en ce lieu serment à la compagnie, ce à quoi Son Altesse, prévenue à l'avance, consentit bien volontiers. Le greffier lut alors le serment, et le prince le prêta en posant la main sur la bannière qui lui fut présentée. Cette cérémonie fut suivie du cri : . Vive Son Altesse! répété par les membres de toutes les compagnies, par la foule qui encombrait les rues voisines, et par les bourgeois et les dames qui se tronvaient aux fenêtres et jusque sur les toits des maisons.
Le prince avait alors devant les yeux un spectacle imposant : cette longue haie d'hommes armés, étroitement serrés les uns contre les autres, et qui s'étendait jusqu'au marché en lig*ne droite; toutes ces lig-ures joyeuses qui se pressaient derrière les compagnies et aux fenêtres, agitant des banderoles aux couleurs de la cité et jetant des
^ Manuscrit déjà cité.
couronnes de fleurs ; tout ce peuple qui faisait retentir Tair de mille cris ; ces nombreux étendards de toutes les couleurs et portant les emblèmes des
corapag'nies auxquelles ils appartenaient; ces riches bannières des métiers, offrant, brodée en or, rimage du saint leur patron; dans le lointain le marché, les degrés et le portail de Saint*Iiambert ; enfin l'hôtel de ville, Tantique Violette, richement décorée, que chaque Liégeois saluait en passant comme la mère gardienne de ses libertés!...
On avait drossé, contre Téglise de Saint-Georges, un arc de triomphe somptueusement orné, ofi&ant des inscriptions grecques ou latines et différents emblèmes. Au-dessus de cet arc, et dans toute la largeur de la rue, il y avait une balustrade, percée à jour au moyen de dix-sept balustres, portant les armoiries de la cité et de seize des trente-deux bons métiers; le blason de seize autres était peint sur la galerie opposée, du côté du marché. Au milieu était un échafaudage où Ton avait placé un nombreux orchestre *•
Quand Son Altesse fut arrivée près de Tare de triomphe, une jeune fille, assise dans un riche fauteuil, fut adroitement descendue du sommet de la balustrade au moyen de quelques fils de fer, et vint se poser devant Tevéque. Sa robe était de
* Manuscrit déjà cité. — On trouve le blason de chacun des trente deux métiers <le la cité de Liège dans le recueil intitulé : Chartes et PnvUéges, 2 yoI. in-folio, orflinairemeui reliés en un. UégOi 1780.
satin roiig'e cramoisi et faite à ritalieime; elle avait un corselet d'une étoffe d'argent et un jupon de satin jaune, le tout richement brodé d'or. Sa tête était parée d'une houppe à Ve^agnole, fort élégante et très-bien ajustée. Cette jeune tille représentait la ville do Liège elle se leva, fit un profond salut au prince, et lui récita ces vers, composés par Fun des beaux esprits du temps.
Grand prince, noble d'ayeux, Prince df'licioux, En qui nature non chiche, A combkS ayant ouvert Les trésors de l'univers, Tout ce qu'elle avoit de riche.
Prince, lequel nay de san^ De triple Auguste lient le rang Des plus souverains monarques Où mis paroître tu fais, Tel que tu es, par tes faits, Digne d'éternelles marques.
Prince, lequel revêtu De la robbe de vertu  fait de tonoœur offrande A cil qui sur un clin d^cail A charpenté les cieux, Bridé cette masse grande.
D*où in*arrive ce bonheur, D*où m'aliorde cet honneur,
' Manuicni de l'université de Liège.
Qoe citez mol ta pauvre Li(^ge, Tu Fiens, quittant ta duché, LaiSBant ton archeTéché Planter les pieds de ton siège ?
Que parangonnant en mœurs, En grandeurs, vertus, honneurs, Jflon Ernest de Bavière, Héritier du même sang, Tu viens sa même épousant La tirant hors du bière ?
Las, prince, je n'ai loyer Digne de toi pour payer Un si charitable oflTiCP, Si ce n'est un grand amour, Duquel ton peuple à Tentour Te fait déjà sacriûce !
Heureux, cent fois heureux Sois-tu, prince généreux !
Heureuse soit ton entrée!
Reçois ce petit bouquet, Venant du liégeois parquet, Pour foi de ton épousée.
Reçois ce bouquet de fleurs, Pour gage des loyaux cœurs Des Liégeois de ce rivage, Hs chanteront cependant Vivat, vivat, Ferdinand Auquel nous faisons hommage ' 1
' Nous avons trouvé cette pièce de vers dans un autre ManusctHt de la bibliothèque de Tuniversité. Les continuateurs de FouLLON, qui ont si bien connu l'histoire de lierdinand, Tout
Quand elle eutlini de parler, lag'eiite demoiselle offrit à Son Altesse un bouquet de fleurs artiste" ment faites en soie, au haut duquel était un perron et un cœur en or massif que le prince parut recevoir Hvoc beaucoup de ])laisir. Il loua fort aussi la belle poésie qu'on venait de lui réciter, liemontant alors sur la balustrade, la jeune fille convia les musiciens à célébrer les louanges de leur évêque, ce que ceux-ci firent ausnt^l avec force instrumeniê, teU que cor nef s à boucqinn, f rompes j sacquefjou(es\ fagots ^ hautloïsj accompa^'ués d'une g*rande quantité de chanteurs^ récitant aussi des vers en Thonneur de Son Altesse*.
Le cortège continua sa marche et arriva sur la grande place du marché où Ton avait construit quatre théâtres spacieux, dressé trois hautes pyramides et allumé trois grands feux de houille qui s'élevaient jusqu'au second étage des maisons et qui brûlèrent pendant trois jours entiers.
Sur le premier théâtre on voyait la fig*ure de la Foi entre la sainte Ég'lise romaine et celle de Liège, représentéeê en habits et forme propres et assorl'ies; elles étaient environnées des patrons de Téglise cathédrale et des sept collégiales de la cité';
aussi publiée, III, pp. 3 et 4 de VJiUiona leodi&im* de Foul-