LE CHATEAU DE GHEVREMOKT
. . . Adoneq, dtat r<««kk«, fnfpu ai
moardreurs quy mes gens ont occis «t desrobé! . . . Adoncq donnèrent dMSu et
fasrenl tous uccis.
ViBItU CBAOBIQUB dt ItUgê.
1DII,IËL ET NOïGËli
OU
LE CHATEAU D£ CHÈVEEMONT.
Vous avez souvent vu comme moi, sans doute, à deux lieues de Itiége, cette montagne roide et escarpée que de loin on est toujours tenté de prendre pour une vieille ruine. Vous savez que le bas de cette roche grisâtre et presque inaccessible est baig-né par les eaux de la Vesdre, belle et capricieuse rivière, digue rivale de l'Ourte, sa sœur. Si vous vous êtes un jour avisé de vouloir arriver à la crê^ de cette éminence^ vous avez dû parcourir un sentier tortueux tracé dans le roc et qui laisse à peine un étroit passag'e. De distance en distance vous avez rencontré de petits oratoires en pierre où s'agenouillent les Mêles pour prier } et, conti-
nuant cette ascension difficile, vous êtes enfin parvenu au sommet. Là se trouve une humble chapelle, cachée dans un bouquet de tilleuls séculaires^ où le voyageur fatigué se repose un instant avec délices, car^ pas le plus petit coin d'ombre sur la route; vous n'avez aperçu çà et là que quelques arbres rabougris croissant avec peine dans les interstices du rocher et brûlés par les rayons d'un soleil ardent. La chapelle, c'est presque toujours le but du voyage ; c'est là que s'achève enfin le pieux pèlerinage promis à la Yierge miraculeuse de Chèvremont
Quand vous avez prié et que vous êtes sorti de Téglise, jetez les reg'ards autour de vous et contemplez un instant Tadmirable tableau qui s'offre à vos yeux : partout des aspects nouveaux et inattendus^ partout de verdoyantes collines, de g-ras pâturages et de riches moissons. Un g'ouffre effrayant à vos pieds; à quelques pas plus loin, ChaudTontaine avec ses eaux salutaires et ses promenades pittoresques. Derrière vous» les montagnes se dressent menaçantes; devant vous^ au contraire^ le terrain s'aplanît peu à peu et vous laisse apercevoir, dans le fond du paysag^e, Liège avec ses nombreux clochers et ses hautes cheminées, ces mille soupiraux de rindustrie
* La chapelle a été rebâtie à neuf Vuk 1697 et réparée en 1717, si Ton en juge par cette date grossièrement taillée à droite du portail (Bovy). La plantation de tilleuls eat, croyonsnous, beaucoup plus ancienne.
qui vomissent dans Tair d'épais tourbillons de fùméef...
Il règ-ne autour de vous un silence de mort ; vous n'entendez que le bruissement du vent dans le feuillage ou la prière du pèlerin qui gravit pieds nus la montagne. L'àme, alors, se laisse aller à la rêverie, et l'imagination, évoquant les souvenirs du passée cherche à relever ces ruines qui attristent, à repeupler ces lieux jadis si animés, aujourd'hui si déserts.
Peu à peu, toutes ces pierres reprennent vie; vous revoyez Chèvremont, tel qu'il était au dixième siècle, cs'est-à-dire un redoutable château fort, ceint d'une triple rang-ée de murs et bâti au sommet
d'un roc escarpé et presque inaccessible ; forteresse imposante qui avait résisté aux efforts d^Othon le Grand, du roi Charles le Simple, de l'empereur Othon et de Brunon, archiduc de Lorraine *. Une bien grande catastrophe a dû peser sur cette montaguQ pour remplacer le château par la chapelle, les chansons joyeuses par les prières, le fracas des clairons et des armures par ce silence des tombeaux I.,.
Ce fut d'abord, si l'on en croit nos chroniqueurs, Vxme des demeures royales des che& mérovingiens; ensuite, elle passa dans les domaines des comtes d'Ardenne à qui Cliaiies le Simple la donna. Sous Giselbert, esprit ambitieux et remuant, Chèvremont était déjà considéré comme imprenable, et toutes les tentatives pour s'en em-
t Psaiz^ Monumenta hist, Germ.» III, pp. 326^ 405 et 444.
parer avaient échoué ^ Mais^ ce que la force des armes n^avait pu accomplir, la ruse allait bientôt
en venir à bout et faire disparaître le vieux manoir féodal. Voici comment.
En l^an 979, le châtelain de Chèvremont s'appelait Immon, selon quelques-uns, Idriel, suivant le plus grand nombre. C'était un homme riche et puissant, ayant acquis beaucoup de renom à la guerre, et qui, en temps de paix, ne manquait pas de suivre l'exemple que lui donnaient les comtes, les barons et autres nobles seigneurs d'alors. Bu haut de ses tourelles, il était toujours à épi^ une proie sur laquelle il ne tardait pas à fondre; il dévalisait les voyageurs, ravageait tous les environs, puis, chargé de butin, il rentrait dans son aire, d'où il pouvait braver impunément les efforts impuissants de ses nombreux ennemis. Malheur à ceux qui ne voulaient point reconnaître la suzeraineté didriel ! Us étaient impitoyablement rançonnés ou jetés dans les sombres cachots de son castel, et n'en sortaient jamais que moyennant de grosses sommes d'argent ou de riches of&andes en nature *.
Le farouche Idriel poussait môme assez souvent ses excursions jusqu'à Liège, où chacun le mau-
* Vita Sanctœ Beggœ, cap. I, n<» 3, apud Act. SS. Belg., V, p. 113. — Le château de Chèvremont est désigné sous le nom de Kevermunt dans un diplôme de l'empereur Othon de Tan 947, et Kivei^munt, dans un autre, de Tan 972. Miaaus, Ope^i a diplomaticttj I, pp. 505 et 506.
' iBAiN D'OuTa£Msiis£, ct nos auties chroniqueurs.
dissait et en avait grand peur. L'évêque Noiger, qm régnait à cette époque, pensait bien quelquefois à se débarrasser de ce méchant voisinag^e, mais
c'eût été folie à lui de vouloir attaquer une plaœ dont les rois carloving-iens et les empereurs (rAllemagne n'avaient pu eux-mêmes se rendre maîtres ; il se contentait dope de garantir le mieux possible ses domaines et principalement la partie de la cité qui se trouvait sur la rive droite de la Meuse *.
Elle avait bien g'randi la petite ville depuis saint Lambert ! Après avoir été un bourg* assez riche, on lui traça des limites plus étendues et elle devint cité* Fuis, on y bâtit une église en l^onneur du bienheureux martyr dont le souvenir se conservait religieusement parmi les fidèles, et dès ce moment on l'entoura de murs épais, et on la g^arnit de hautes tours, qui en défendaient les approches. Au huitième siècle, dit Jean d'Outremeuse, la ville comprenait d^à tout Tespace resserré entre les églises de Sainte-Croix ou le château Sylvestre, de Saint-George, de Sainte-Catherine et la Sauvenière. Charlemag-ne vint ensuite et lui accorda, dit-on, de beaux privilèges et une bannière où Ton voyait brodée Timage du saint patron de la cité. Les Normands, il est vrai, causèrent, bientôt après, dWfreux dommages à la ville naissante, maïs elle se releva de ce désastre plus puissante et plus vaste encore qu'auparavant. Se trouvant mieux à l'abri derrière ses murailles que dans la plaine, les
< Jbân i>*0irainBU8i, et nos autres cbioniqneiirB.
pauvres habitants des campag'nes y accouraient en foule et en accrurent considérablement la population. Les lettres mêmes, fruit du grpuvemement pacifique et de Fesprit éclairé de nos premiers évêques, jetèrent aussi de Téclat sur elle, car pendant Tépiscopat d'Eracle, vers le milieu du dixième siècle, Liège et son diocèse possédaient de nombreuses écoles très-florissantes et fort en renom dans les contrées voisines
Cependant cette prospérité devait s^accrottre bien davantage encore sous Notger ; et, comme cet évèque est Tun des principaux acteurs de Tépisode que nous allons raconter, il nous paraît utile d'entrer dans quelques détails sur ce personnage.
Notker ou Notgrer, ainsi que l'appellent plus communément les historiens, était issu d'une noble famille de la Souabe Après avoir étudié dans le célèbre monastère de Saint-Gall, il alla enseigner à l'école de Stavelot, dont la réputation était grande alors. Peu de temps après, il fut mandé à la cour d'Othon 1^, et cet empereur, appréciant son mérite, lui conféra l'évêché de Liège, vacant par la mort d'Éracle, dont les Liégeois pleuraient encore la perte.
C'était une rude tâche que de succéder à pareil prince, et cependant Notger parvint presque à le
1 Aksblmk, apnd Ckaphiitillb , I , pp. lOS et SOS. — Jean ]>*Omntiiits et Gilus b'Oatal. — On tronre des renseignements fort étendus snr les écoles de Liège, à cette ëpoqae, dans VHUMre IUUrair9 de la France, par les Bénédictins*
* Gittis n'OavAb, apud CHAmuriLu, T, p. 200.
Jtaire oublier. Mais aussi^ voyez comme pendant ce règoe^ les montunents s^élevèreut, la ville s'étendit^ les études fleurirent et la justice fut respectée * ! D'abord, il attaqua et dispersa complètement la
bande de Henri de Marianne, de ce fameux brigand qui, plus d'une fois, avait désolé Liège sous Eracle ; et, quand la tranquillité fut enfin rétablie^ il mit tout en œuvre pour rendre son diocèse de jour en jour plus considérable. Il réunit le comté de Huy à ses domaines et gfarnit de murailles les villes de Thuin et de Fosses ; il établit çà et là des maisons religieuses de différents ordres, puis, grâce à la faveur dont il jouissait à la cour des Othon^ il obtint pour chacun de ces monastères et pour lui-même de beaux privilèges et de riches donations
Mais ce qu'il eut particulièrement à cœur, ce fut d'embellir sa ville épiscopale. Il commença par restaurer et agrandir la basilique de Saint-Lambert qui tombait déjà en ruines, et y plaça un collège de chanoines beaucoup plus nombreux qu'auparavant; il construisit ensuite plusieurs églises et creusa à travers la cité différents canaux pour faciliter le commerce qui y attirait déjà beaucoup de monde. Enfin, quoique Tan mille approchât, que partout on annonçât la fin du monde et que chacun vécût sans souci du lendemain, Notger, lui, ne négligeait aucune occasion d'augmenter
* Gutu i>*0ftTAL, apud GiA»BAOinu.B, I, p. SOS. ' JiAir d*0qtuiiii»b et nos antres chroniquenis.
ses richesses et d'affermir son pouvoir. H cherchait
surtout à se débarrasser de ceux dont la fortune croissante paraissait devoir un jour contrebalancer sa propre autorité, et il savait triujours bieu atteindre ce but. Voici, sans parler de la prise de Ghèvremont, un trait qui montre assez comment il agissait en pareille circonstance.
A cette époque, vivait à Liège un chevalier du nom de Eadus Des Prez. Ce puissant personnage occupait sur la hauteur, entre les églises de Saint- Pierre et de Saint^Martin, un château appelé Sjflpesire, d*où l'on dominait la ville entière. Dans les mains d'un vassal ambitieux et rebelle, une position aussi importante pouvait devenir fatale à révêque; il lui déplaisait donc fort de voir ces sombres tourelles planer au-dessus de sa bonne ville, et il ne pensait qu'aux moyens de les faire disparaître.
Un jour qu'il devait se rendre en Allemagne, Notger eng-agea Eadus, qui était voué de Liège, à Ty accompagner, et celui-ci y consentit de grand coeur. Mais, pendant leur absence, qui ne dura pas moins de deux années, Bobert, neveu de l'évêque et qui avait reçu ses instructions, fit aussitôt démolir la forteresse du sire Des Prez, et y jeta les fondements d'une nouvelle église^ celle qu'on appela plus tard Sainte- Croix.
Quand l'évêque revint avec Badus, le voué qui
* du haut des montagnes cherchait des yeux son
château dans le lointain et ne Tapercevait pas.
s*écria tout à coup ; « Par ma foi, sire évêque, ne sais si je rêve ou si je veille, mais j'avais accoutumance de voir d^ioi ma maison Sylvestre et ne l'aperçois pourtant point aujourd'hui ; m'est avis qu'il y a là-bas un moustier à sa place. — Or, ne vous courroucez, mon bon Eadus, répliqua doucement Notger, de votre château ai fait faire en effet un moustier, mais rien n'y perdrez. Bobert, mon cousin, prévôt de Saint-Lambert, possède de grands héritages à l'autre oôté de la Meuse, ils seront dorénavant tous vôtres, et je lui donnerai en échange la Sauvenière , la petite ville» « II fallut bien que Badus se contentât de ce que lui offîrait l'évêque *.
Aussitôt après la démolition du ch&teau Sylvestre, Notger fit agrandir l'enceinte de la cité ;
il en recula les remparts jusqu'en Publemont, au delà de Téglise Saint-Martin, bâtie par son prédécesseur, et les garnit de fortes tours. Après avoir mis, de ce côté, la ville à l'abri d'un coup de main, il entreprit d'autres grands ouvrages à l'intérieur, mais quelque chose qu'il fat, dit la chronique, tou' jours luy souveno^t de Chïevremont qiCïl ne pouvoyt avoir et le seigneur Idriel n'était pas homme à céder aussi facilement que Badus Des Prez. Quelque temps auparavant^ il était même venu avec
* CArofiiffue MM<M>> conserrée dans la biliUottièciae de Pnni- ▼«rsité de \À^, — AnsBuiB, apod CHAmuriuB, I, p. SOi, et autres chroniqueurs.
* JlAN D*0DTaUIBU8B.
ses hommes d'armes jusqu'à l'autre côté de la Meuse, d'où il avait paru narguer l'évéque, et y avait enlevé plusieurs habitants de la cité. Depuis lors, il est vrai» on ne l'avait plus revu, mais
Notgfer pensait toujours à ce terrible voisin et à la possibilité de surprendre son château. Il se demandait un jour comment il mènerait à bonne fin cette difficile entreprise, lorsque le hasard vint tout à coup lui en fournir l'occasion.
Le vingt du mois d'août de l'an 079, une grande agrîtation rég-nait dans Chèvremont ; les cloches de ses trois églises vibraient avec force dans les airs ; des cavaliers quittaient en hâte la forteresse, faisant route les uns vers la IVance, d'autres vers l'Allemagne ; les hommes d'armes d'Idrîel se promenaient dans les cours ou apparaissaient audessus des tourelles, chantant de joyeux refrains et vidant force pots de vieille cervoise ou quelques bons flacons de vin du Bhin. Le château avait pris un air de fête qui ne lui était pas ordinaire et qui surprit tout le voisinag'e. Bientôt on apprit dans les environs que, après plusieurs années de stérilité, Isabeau, dame du sire de Chèvremont, venait de lui donner un fils ^
Comme le père et la mère étaient tous deux de sangr royal, il ne fallait pas moins qu'un évèque pour baptiser le nouveau-né. Le seig*neur Idriel pensa à Notger, et, trouvant peut-être, dans cet arrangement^ Toccasion de faire amende honorable
* AHnuii, apud CBAmonuE, l, p. SOI. — ' Jiur n'Oomiiinsi.
de ses nombreux méfaits, il dépêcha aussitôt un inessag*er à l'évêque de Tiiég'e^ le priant de vouloir bien se rendre à son castel pour y ondoyer Tenfant * .
^L'émissaire du châtelain trouva justement le prélat plongé dans ses réflexions habituelles : " Quand donc, se disait-il^ seraî-je tranquille de ce côté, et qui me débarrassera de cet Idriel maudit? » Tout à coup, une idée sing-ulière g'erma dans sa tête : // Dites à votre maître, s'écrie-t-il, que j'irai près de lui demain, et que pour lui faire honneur, je m'y rendrai suivi d'une partie de mon clergé n Quand le seigneur de Chèvremont connut cette bonne nouvelle, il en fut fort aise, et Ton disposa toutes choses au château pour y recevoir convenablement révêque. Celui-ci, de son côté, se mit en mesure d'exécuter le projet qu'il avait conçu. H envoya sur-le-champ des serviteurs fidèles aux plus vaillants hommes d'armes et chevaliers de la Hesbaye, vassaux de son ég-lise, leur enjoig'nant d'arriver de nuit dans la cité et le plus secrètement possible. Tous, obéissant aux ordres de leur suzerain, furent bientôt à Liège, et, vers minuit, Notger les ayant réunis dans son palais, leur communiqua ses desseins qui furent unanimement approuvés. On fit alors les préparatifs nécessaires, et, en peu d'heures, chacun fut prêt à jouer le rôle tracé par l'évôque ».
* AmuMB, apad Ghapbidtillb. — Jban D'OuramiusB
* ID., iM».--Ii>.
Le lendemain matin^ on vit sortir de Liège une long"ue procession de prêtres et geus de religion, ayant chapes, robes longues et surplis. La rich.e croix de Saint-Lambert, portée par des serviteurs de la cathédrale^ précédait ce nombreux cortégre, derrière lequel venait Tévêque entouré de quelques leligrieux.
Après avoir côtoyé pendant quelque temps la petite rivière de Vesdre, on arriva enfin au pied du roc, et les gens d'église s'aventurèrent alors un à un dans Tétroit sentiar qui conduisait au château. Le seigneur Idriel, du haut de l'une de ses tours, avait aperçu dans le lointain la longue procession qui s'approchait ; il avait aussitôt douné Tordre de lever la herse et attendait Tévêque en dehors même de la porte principale ^
Le cortège qui précédait Notger entra peu à peu^ chaque moine ayant la tête baissée, le capuchon rabattu sur le visage et marmottant des prières à voix basse. Enfin le sire de Chèvremont aperçut Notger; il le salua courtoisement et Tintroduisant dans la cour : » Seigneur évêque, lui dit-il, soyez ici le bienvenu !... — Par ma foi, répliqua Notger, qui n'avait pas encore proféré une parole, oui, je suis cette fois ici le bienvenu à mon intention, puisque j'ai le château d'où tu fais tantdemalàmes gens et les tiens en prison ; çà« qu'on me le rende, seigneur châtelain, ou de gré ou de force
> JiàN d'Outabmiqsb. — Chronique inédUe d^à citée.
Idriel resta un moment confondu, puis tout à coup ses yeux étincelèrent, sou corps frémit d'indignation^ et, d'une voix entrecoupée par la fureur: u Tu mens, faux prêtre^ s'écria-t-il, tu mens; hors de ma maison, sur-le-champ, ou tu seras mis en geôle et pendu ce soir à la plus haute de mes tourelles I... Mais c'est moi qui t'ai mandé, et c'est pourquoi Je ne veux en rien forfaire à Thonneur... va-tfen, te dis-je, Va-f en * !„. «
L'évêque le contempla en souriant d'un air de mépris et de vengreance satisfaite : « Que je m'en aille ! non, non, messire, répondit-il ; quelles grens penses-tu donc que j'aie amenés avec moi? 11 n'y a ici ni doyen ni prêtre t « s'écria-t-il d'une voix tonnante, rejetant en arri^ sa chape et son surplis, et tirant son épée cachée sous sa robe : « Il n'y a ici ni doyen ni prêtre, répéta-t-il, mais bien cinq cents braves chevaliers armés de fer et qui sauront te mettre à la raison ; or donc, méchant sire, rends le chÀteau avant qu'on te tue «
C'était le signal convenu et chacun des moines, laissant tomber sa robe, saisit sa hache et son épée... On eût cru voir, dit la chronique, une troupe d'anges vengeurs ayant le glaive à la main >!•••
Au bruit des armures qui s'entre-choquaient,
succéda le plus profond silence. Quelques soldats
* JiAii D'Omntiiiusi. — CArotit^ve inédite déîià citée. » ID. — Jbid,
d'Idriel s'étaient élancés au-devant de leur maître et n'attendaient qu'un mot pour commencer une lutte terrible^ mais qui ne pouvait rester un instant douteuse. Le seigneur de (^èvremont^ acculé sur un quartier de roc isolé qui dominait un ei&ayant précipice, jetait des regards de fureur sur l'évêque et paraissait adresser en même temps un dernier adieu à ses tourelles, à sa femme, à son pauvre petit enfant \.., u Prêtre félon, homme faux et vilain^ " murmura-t-il sourdement^ puis il i^outa : » Hélas, noble maison, longtemps vous ai gardée et maintenant serez détruite; mais je ne veux point le voir M... «En aclievant ces mots, il s'élanca du rocher; son corps roulant sur les aspérités de la montagne et tout brisé par cette chute effroyable, alla se perdre dans les eaux de la Vesdre qui coulait au-dessous, calme et paisible.
« Et maintenant, cria l'évêque, courez sus aux meurtriers qui ont occis mes gens et larronné mes domaines *. »
Alors il y eut une mêlée horrible. Le désespoir triplait le courage des hommes d'armes didriel; poursuivis par les chevaliers liég*eois dans toutes les parties du château et jusque sur les tours, ils y engageaient des luttes désespérées, puis ou voyait un corps lancé dans les airs, retomber lourdement sur les pointes du roc et rouler dans Fablme
« JxiH ]>*0imBiiBii8i. — CAroNlçiM inMUe d4fà eUée,
Quant à la noble dame Isabeau, on assure qu'en apprenant de ses femmes la trahison de Tévêque et la mort de son époux, elle sortit précipitamment de son lit, serrant son fils dans ses bras, et alla se jeter dans le puits du château, où on retrouva le lendemain les deux cadavres.
Tout fut pillé, provisions de bouche, joyaux de prix, riches armures! Tout fut démoli, murailles, tourelles, églises. Notger ne voulut pas qu'une seule pierre de l'édifice restât debout!.... Yoilà comment le château a fait place à la chapelle, comment aux chansons joyeuses ont succédé les prières, au âracas des clairons, le silence des tombeaux.