LE TRIOMPHE DE SAINT LAMBERT
Or comrncbe l'histoire cj endroict del wincte vietoin trinmphalê qoe Diez el Minet Lambert prhl dct Bnibaneboiit «n la *ardc de Steppes, por la vengeance des Liégeois, tout ainsi qu'il udvient, sans prendre ny meure, en teie manière que r«vwke Bu« da Picrponi le Jelet en eserip»
en ice eronicquea, einci que vont orei»
JlAR a^OVTHMVtl, CArmilfMM jNtMt.
LË âAC DË LIËGË.
On sait que les deux fils du comte de Moha, revenant du célèbre tournoi d'Andennes, en l^^,01, rimagination remplie des hauts faits d'armes dont
ils avaient été témoins, voulurent, eux aussi, s'essayer dans ces sortes de combats et se tuèrent malheureusement Tun Tantre. Depuis lors, un deuil profond régnait au château du comte Albert; plus de refrains joyeux dans la salle du repas, plus de joutes sur Fesplanade, plus de chasses bruyantts dans les forêts qui a voisinaient le castel; tout était devenu morne et silencieux; le comte et sa dame ne cessaient de pleurer les deux lils bien-aimés qui leur avaient été ravis d'une manière si imprévue et si douloureuse.
Se voyant sans héritier et désespérant d'en avoir
jamais, le comte Albert coda, en 1204, à Hug-ues de Pierrepont, évèque de Liégre, la .seig*neurie de Molia et de Waleffe. Il était stipulé dans la lettre de cession^ que le noble sire Albert continuerait de jouir de son comte pendant le restant de sa vie, et que, s'il venait à mourir sans laisser d'enfants, la seig'iieiirie appartiendrait à TEg-lise de Liég^e, à Texclusion de tout autre; que, dans le cas coatraire^ ses héritiers relèveraient le comté en fief des évêques et leur prêteraient foi et hommage
Albert mourut en l'an 1212, mais, contre son attente, il laissa une fille en bas âg-e, la gente Gertrude, celle-là même qui, plus tard, devait s'unir au célèbre Thibaut de Champagne, et lui inspirer ses plus belles chansons K Cependant par un accord entre Tévêque et Frédéric, duc de la haute Lorraine et tuteur de la jeune comtesse, la donation de 1204- fut ratifiée et la seigneurie passa dès lors à TÉg-lise de Liège.
Henri, comte de Louvain, duc de Brabant, et
I Gilles d'Oryâl , apQd Ciu?BAinriLU , 11» p. SOS. — Triuviphui S, Lamberti martyrU in Steppes obtentus, ibid., p. 605. GiLun D*0iiTAL n'a souvent fait que copier Tauteur du Trivmphns, contemporain des événements qtt*U raeonte.
' On a dit et répété que ces chansons furent composées en rhonnenr de Blanche de Castilie, mère de saint Louis, mais c'est one erreur qui a été fort bien combattue par M. Doplessis, dans un article de la Biographie tmiverseUe , et qui l'eût encore été mieux, si cet écrivain avait ou connaissance des amonrs da comte Thibaut avec Gertrude de Moba,
au —
neveu d'Albert, se voyant à regret frustré d'un, si bel héritag-e, n'eut pas plutôt appris la mort de son oncle, qu'il vint à Liège exiger de l'évêque rentrée du château de Moha et la jouissance des revenus de cette seigneurie jusqu'à rentier payement d'une somme qu'il prétendait lui être due par ^le feu comte ; mais Hugues de Pierrepont, devinant les projets de Henri, répondit que Thibaut de Lorraine, fils de Frédéric et fiancé à Gertrude^ avait seul des droits à la succession d'Albertj et que l'Église de Liège ayant fait un accord avec lui, elle déclinait les prétentions du comte de Louvain. Celui-ci se retira furieux et bien résolu à saisir avidement l'occasion de se venger; elle se présenta peu de temps après.
Le pape Innocent III, héritier du génie de Grégoire YII, continuait avec hardiesse et fermeté l'œuvre commencée par cé" grand pontife. L'empereur Otlion lY, excommunié, s'était retiré à Nuremberg et y avait convoqué une diète afin d'engager les princes de TËmpire à le seconder dans ses desseins contre le jeune Frédéric, que l'assemblée de Coblentz, influencée par le Pape, venait d'élever à la dignité impériale ^
Le duc de Brabant, partisan d'Otlion, ne manqua pas de se rendre à Nuremberg, mais l'évêque de Liège refusa, alléguant qu'il ne pouvait prêter secours à un excommunié. Henri sut profiter
> TriumphUB S. Lamherti. — Gilles D*0aVAL. — FisiN. —Foui . LON. — • Bouilli et nos autres bistoriens.
adroitement de la colère que ce refus fit naître
chez l'Empereur ; il en obtint, sans peine, Tautorisatiou crattaquer les Tiiegreois et de les ramener, comme il disait, à l'obéissance qu'ils devaient à leur suzerain *. D'un autre côté, cependant^ il s'engragiea envers Philippe le Noble» comte de Namur^ dont Hugrues avait invoqué la médiation, à borner son expédition militaire au siég*e des châteaux de Walelfe et de Moha, et promit d'épargner les autres parties du territoire liégeois.
Malgré les préparatifs de Henri, Tévêque conservait donc une funeste sécurité, et s'était simplement attaché à bien garnir les châteaux qu'il présumait devoir être attaqués par les Brabançons. Mais bientôt Hiig*ues de Pierrepont apprit que le duc s'avançait à la tète d'une armée beaucoup plus considérable qu'il n'était nécessaire pour une invasion dans le seul comté de Moha. La frayeur fût grande alors dans la cité ; on sonna la cloche du ban, les bourgeois s'assemblèrent à la hâte, et Ton remit le vieil étendard de Saint-Lambert au vaillant Baes Des Prez, avoué de Hesbaye. Selon la coutume, ce chevalier était couvert d'une armure complètement blanche; après avoir reçu l'illustre bannière des mains des chanoines, mr les degrés de la cathédrale, il jura de la rapporter devant le maître-autel ou de mourir en la défendant
Quelques centaines de bourgeois et d'hommes
^ Jean d*Outb£mbusb. — Trium'fihni S. Lamberti, p. 607.
« ÏD.
des métiers avaient suivi Baes et Tévêque, mais la plupart des chevaliers et des ^ens d'armes de la
Hesbayp, séduits par les promesses fallacieuses du duc, avaient refusé de venir en aide à leur suzerain. Les Liégeois s'avancèrent néanmoins en bon ordre jusqu'au village de Horion^ à trois lieues de Liège, et y trouvèrent Eustache de Herstal, bailli de î^anchîmoTit, qui venait les rejoindre. On ignorait tout à fait les mouvements de l'ennemi ; Ilug'ues de Pierrepont dépêcha sur-le-champ Eustache à l'effet d'éclairer la marche du duc de Brabant.
Le bailli de f^ranchimont se dirigea donc vers Moba. Il n'avait pas fait deux lieues, qu'il rencontra sur son chemin une nonne du Val-Notre- Dame qui lui dit : // Gentil sire, retournez ou vous êtes mort ; le comte de Louvain arrive à grande assemblée, et ne sais où il veut aller, mais il passera tantôt ici. . . — Dame, Dieu vous garde, répondit le chevalier, mais j'irai en avant, car je l'ai promis à mon seigneur !... // Et il continua de chevaucher*.
Ce n'était pas le duc qui se trouvait à quelque distance, mais bien son frère Guillaume de Perweis, surnommé Longue Êpêe, avec un corps de cinq mille hommes. Henri de Louvaîn, ayant
appris que l'éveque s'était arrêté à Horion, et que si l'on différait de l'attaquer, il y aurait en peu de jours réuni plus de trente mille bourgeois et gens d'armes, avait envoyé son frère pour disperser les
^ Jean d^Outaemeuse.
Liégeois avaot que révèque eût concentré toutes ses forces sur ce point. Longue !Épée s'était donc
mis en marche, et c'était lui que la nonne du Yal-iVotre-Dame avait pris pour le duc de Brabant. £ustaclie ne tarda pas à voir briller au loin les lances et les armures, et, rebroussant chemin» il courut annoncer à Févéque que Tennemi approchait.
Hugues de Pierrepont résolut d'aller à sa rencontre et de lui livrer bataille. Les Liégeois aperçurent bientôt les soldats de Longue Épée, et poussant leur cri de guerre : SaitU Lambert! Saint Lambert! ils se précipitèrent dans les rangs de l'armée brabançonne. La mêlée lut sanglante; près de six cents hommes y périrent ; le reste, poursuivi par les Liégeois, s'enfuit à travers les champs.
Après le combat, l'évèque rassembla ses barons, et leur dit : « Beaux sires^ c'est aiijourd'hui la veille de l'Ascension et nous devons demain assister aux offices de la fête ; il est bien tard pour retourner à Liège, allons plutôt loger à Huy. '/ Chacun applaudit à ces paroles^ et| se remettant en marche, l'armée liégeoise atteignit en peu de temps cette ville. On y trouva Hugues de Florinnes, qui venait avec son monde, et qui fut tout triste de n'être pas arrivé à temps pour prendre part à l'affaire ^
Le duc de Brabant apprit par les fuyards la défaite de Guillaume son frère et il en fut extrème-
' Jean D'0uTfi£M£Uâ£.
ment courroucé ; mais informé en même temps que Févêque, après sa victoire, au Jieu de défendre les approches' de sa capitale, était allé se reposer à Huy pendant la solennité du lendemain, il chevaucha aussitôt vers Liég-e, dont il savait que les remparts étaient en ruines , et arriva le lendemain matin, vers neuf heures, sur les hauteurs de Sainte-Walburge.
A la nouvelle de l'approche des Brabançons, un tumulte effroyable rég*iia dans la cité ; partout on entendait la hahat/, dit le chroniqueur Jean d'Outremeuse; on appelait ainsi le cri d'alarme que poussaient les bourg^eois dans les moments de danger; les uns se sauvent du côté de TArdenne, emportant ce qu'ils ont de plus précieux ; les autres courent aux portes et aux murailles, pour s'y défendre, mais il n'est déjà plus temps I... Les cris de victoire et de délaresse ne tardent pas à se confondre ; quinze à ving^ mille Brabançons se précipitent oonmie un torrent dans la ville de saint Lambert, et leurs clameurs forcenées viennent porter répouvante jusque dans le cœur des bourg-eois les plus hardis ! La soldatesque se disperse dans les rues, brisant les portes, pillant les maisons, dérobant jusqu'aux saintes reliques des temples. En môme temps, le duc de Brabant faisait crier, par son héraut d'armes, dans les différents quartiers de la cité : u Bonnes gens, ce qui a lieu ici, je le fais par le commandement de r£mpereur, parce que votre évèque le regarde comme un excommunié, et aussi parce qu'il n'a pas voulu me payer la
somme (rarpront qu'il me doit. // Et le duc Henri ajoutait en s'adressant aux sif^ns : n Prenez tout, car qui rien laissera, sera pendu «' Il notait pas besoin de le leur recommander, car
jamais soldats ne se conduisirent avec tant de cruauté ; ils enlevaient jusqu'aux vêtements des femmes et des enfants ; les prêtres étaient tués au pied des autels ; le sang ruisselait dans les rues et siur les places publiques; partout on foulait aux pieds les victimes * !
Mais laissons un instant ces scènes de désolation et de carnag*e, et voyons ce qui se passait à Tarmée de Hugues de Pierrepont.
Eustache de Herstal et Hugrues de Florinnes avaient quitté Huy dès cinq heures du matin, pour aller annoncer à Liég-e la victoire de la veille. Ils étaient accompagnés de quelques chevaliers et de six cents de leurs gens. Ils arrivèrent sur les hauteurs de Saint-Gilles, vers midi, sans avoir rien appris des événements de la matinée. De temps à autre, ils entendaient bien, il est vrai, d'affireuses clameurs s'élever dans le lointain, et ne savaient qu'en penser; les fuyards avaient tous pris la route des Ardennes. Arrivés en Publemont, nos chevaliers furent arrêtés par un chanoine de Sainte-Croix qui leur cria dès qu'il les vit : » Fuyez, mes bons
* JBAN D*0miMBQ8B.
' Sur les atrocités commises à Liège par les Braliaiiçoiis, on peut consulter le Trhunphfiu S» ItmberH, Giuti d^Ostal et Jbak
l»*0imilMB08B.
amis, le dnc de Brabarit est entré dans Liég'e avec plus de vingt mille hommes et y met tout au pilïagre. — Par ma foi, répliqua Hugues de Elorinnes, je me recommande à Dieu, car plutôt que de fuir, je courrai sus aux Brabançons. « Eustacbe de Herstal et Ilubin Puilhcs, seig^neur de l'erme, jurent de suivre son exemple, mais ils en sont empêchés par leurs compagnons et forcés de rebrousser chemin. Us n'étaient guère éloignés de Tabbaye de Saint-Laurent, lorsqu'ils aperçoivent une multitude de gens d'armes qui se disposaient aussi à entrer dans la cité ; c'étaient les débris du corps battu la veille. Long'ue Epée était parvenu à arrêter les fuyards, et apprenant que son frère s'était dirigé sur Liège, il venait Ty rejoindre. n Yrai Dieu 1 s'écrie Eustache de Herstal en apercevant les Brabançons, il ne sera pas dit que nous ayons passé près de ceux-ci sans les festoj'er dignement. » Et les Liégeois se précipitent aussitôt au milieu de leurs ennemis. Alors on vit de merveilleux faits d'armes ; il n'y avait ni heaume ni haubert qui pût résister aux coups terribles portés par le bailli de rranchimont, Hugues de Elorinnes, Ilubin Puilhes et les autres chevaliers liégeois. Longue Épée fut lui-même très-grièvement blessé ^
Près de cinq cents Brabançons avaient déjà succombé, lorsque le duc Henri arriva au secours de sou frère. A son approche, Eustache s'écria :
^ Jbah D*0uTBBMIV8B
« Barons, voici le comte de Louvain, à ^Tandes gens, il nous le faut combattre ou passer outre sur nos ennemis; que vous convient-il de faire? — Far la bonne Vierge Marie» dit Hugues de FIorinnes, il nous faut fuir et je voudrais bien être ailleurs qu'ici * ! «
Aussitôt les Liégeois se ruent à travers les soldats de Guillaume, renversent tout ce qui se trouve devant eux et parviennent à se dégager ; ils sont bientôt sur les hauteurs de Saint-Qilles» gagnent en toute hâte Tilleur et arrivent à Jemeppe. Alors ils sont sauvés et ils se dirigent vers Huy en côtoyant la Meuse.
Ils ne tardèrent pas à rencontrer Hugues de Fierrepontj qui, après la célébration des offîces de rAscension, avait quitté Huy et venait à Liège prendre de nouvelles mesures contre son redoutable adversaire. Ils lui racontèrent ce dont ils avaient été les témoins. Au même moment arrivaient Henri de Jache, Thomas de Hemricourt et quelques autres chanoines de Saint*Lambert qui confirmèrent leur récit et donnèrent de nouveaux détails plus affreux encore : " Sire, pour Dieu, lui dirent-ils, n'allez pas à Liège, car vous y trouveriez la mort : vingt mille Brabançons y mettent tout à feu et à sang. Betoumez à Huy et attendez qu'ils aient quitté le pays pour en tirer vengeance, par la force ou par la loi !... « L'évêque ne voulait rien entendre ; « J'irai y moui-ir, s'éçriait-il, et m'y
venger de la trahison de ces gens du Brabant * ! » Mais les barons, saisissant son cheval par les rênes, le forcèrent à revenir à Huy.
Cependant le carnag'e n'avait pas cessé dans
Liégre; le meurtre et la dévastation la plus inouïe continuèrent d'y régfner pendant la nuit entière ; le lendemain matin^ la Tille fut livrée à de nouveaux ennemis : le comte Thierry de Oueldre, qui venait avec ses hommes d'armes au secours du duc de Brabant, entra dans la cité, et ceux-ci firent pis encore que les Brabançons. Le trésor de Saint -Lambert seul fut épargné : Longue Épée, moins cruel que son frère, chassa du temple les soldats qui s'étaient déjà emparés des vases saints et des châsses précieuses que Ton y conservait.
Quand tout fut pillé, le comte de Gueldre conseilla au duc de mettre le feu à la cité, et celui-ci venait d'en donner l'ordre : mais le grand-bailli de Brabant, châtelain de Bruxelles, Adrien Balhez,
Tentendant, s'avança vers le duc et s'écria : // Messire, que faites-vous ? Par Notre-Dame, vous avez commencé la plus mauvaise œuvre qui soit au monde,, et celui qui vous a conseillé de brûler Liège a tout perdu, bonté, honneur et franchise ; en lui est noire trahison. Messire, si vous brûlez la ville, méchef vous aviendra en vérité. Faites proclamer dans les rues que chacun vienne devant vous prêter foi et hommage à TEmpereur ; celui-ci
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en sera bien plus content que si vous lui livriez une ville détruite et déserte »
Le duc se rendit aux remontrances du cMtelain de Bruxelles et agit selon son conseil. Le lendemain matin donc, tous les habitants qui n'avaient pas eu le temps ou les moyens de s'enfuir, furent convoqués au palais. Le pillage avait été tel que la plupart d'entre eux étaient presque nus; les chroniqueurs assurent que Henri de Brabant luimême fut touché de compassion à la vue de ces visagres consternés, de ces hommes si piteusement vêtus et qui lui criaient merci. On leur ût à tous prêter hommage à l'empereur Othon; puis le duc alla briser les halles, enleva le drap qui s'y trouvait encore, et voyant qu'il n'}' avait plus rien à prendre, il résolut d'abandonner Liég"e.
Le lendemain, dimanche, les trompes et les tambours sonnèrent par toute la ville. Henri 1^ rassembla ses larrons, dit Jean d'Outremeuse, et donna le signal du départ. D'immenses chariots, chargés de butin, précédaient l'armée. Le duc avait résolu de faire, en passant, une tentative sur le château de Moha, mais réfléchissant qu'il lui faudrait trop de temps pour s'en emparer, il prit le chemin le plus court et regagna précipitamment sa bonne ville de Louvain où ses soldats entrèrent en chantant :
Les bralunrons n'oni que drs Heurs ; Pour ies Liégeoi» sont les douleurs
^ liàN n^Oomiiititt. — THumphuë S, lamterH,
* Triumphui» — Gillbb v*OMàU — Jian d*Oi}tbbiibosi.