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ils rendaient grâces au Ciel de leur délivrance, et invoquaient sa protection en faveur de celui qui, pour aider à leur salut, se condamnait à un danger mortel. Cayeux, qui avait les mêmes sentiments de piété, s’associa à leur prière, leur adressa du regard et de la main un suprême adieu, et s’enfuit dans les bois.
Un des Iroquois, furieux d’avoir trouvé sa
demeure déserte, aperçut le brave Canadien,
immobile encore au bord de la rivière, donna un signal à ses compagnons, et tous s’élancèrent à sa poursuite; ils le poursuivirent, comme des loups affamés, dans les sombres forêts. Cayeux avait eu l’espoir de rejoindre sa famille en se frayant un sentier à travers ces forêts; mais il ne put accomplir son dessein. Les féroces Iroquois, épiant attentivement ses traces, l’obligeaient de plus en plus à s'éloigner de l’Ottawa. Pour échapper à leur implacable perquisition, le jour il se cachait dans les vieux arbres que le temps a creusés, et où les ours se retirent en hiver; la nuit il s’enfonçait dans les taillis les plus épais. Enfin les Indiens, dépistés parses différents subterfuges et son énergique résolution, renoncèrent à leur poursuite. Mais il se trouvait sur un terrain marécageux, désert, sans armes, sans ressources et accablé de fatigue. Les chétives provisions qu'il avait prises à la hâte en quittant sa cabane étaient épuisées. En regar-
dant de côté et d'autre, il découvrit quelques baies et quelques fruits sauvages qui apaisaient un instant sa soif et sa faim, mais qui ne pouvaient le raviver. Dans son état de faiblesse et de misère, il n’avait plus qu’un espoir. Les chasseurs canadiens s’aventuraient quelquefois jusque dans ces lieux sauvages; comme il n'avait plus la force d’entreprendre un long trajet, il craignait d’ailleurs de rencontrer encore les Indiens s’il sortait de sa retraite, 1l résolut d'attendre là le secours providentiel qu’il demandait à la grâce de Dieu. Il se fit, avec des branches d’arbre, une espèce de wigwam, et en s’accroupissant sous sa malheureuse tente il répétait une des invocations religieuses qu’il avait apprises dans Sa jeunesse :
Si je suis seul, pauvre et triste ici-bas,
Mère de Dieu, ne m’abandonnez pas!
Mais les jours s’écoulaient, et de plus en plus le pauvre Cayeux s’affaissait dans sa faiblesse et son dépérissement. Un soir il vit un loup s'approcher de son refuge : « Ah! ah!
dit-il, le brigand flaire déjà sa proie. Je ne suis pas en état de fuir devant lui, mais je me défendrai encore contre ses dents et ses griffes. » <
Une autre fois, il aperçut un corbeau qui se posait sur un arbre voisin de sa hutte :
« Ah! vilain rongeur de cadavres, lui dit-il,
tu viens voir si bientôt je ne te servirai pas de pâture; mais j'ai encore assez de force pour t’effrayer. » En disant ces mots, il poussa un cri, et le corbeau s’enfuit.
Un matin, trois petits oiseaux vinrent en
chantant voltiger autour de lui; leur aspect ‘
lui rappelait une chanson de son village, et il leur dit avec un accent de douleur :
Gentils petits oiseaux des bois, Allez dire à celle que j'aime Que les saints sont loin de moi.
Quoiqu'il eût si grande envie de vivre, de revoir les êtres qu’il aimait et les rives de Ottawa, et le hameau où il était né, il sentait sa fin approcher, et n’ayant personne pour creuser sa tombe, il la creusa lui-même, et il fit une croix qu’il voulait tenir à la main à sa dernière heure. Pendant qu'il s’occupait de ces funèbres préparatifs, tout à coup il entendit des voix vibrantes résonner à son oreille.
Il leva la tête avec un mouvement de joie:
c’étaient les chasseurs qu’il attendait perpétuellement, c'était le secours providentiel qu'il avait tant de fois invoqué. Par malheur, ce secours lui arrivait trop tard. En vain les charitables Canadiens essayèrent de le réconforter; il était anéanti. Il leur raconta d’une voix défaillant: sa lamentable histoire, puis tomba dans la fosse qu'il avait préparée.
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Vers la fin du troisième jour, j'aperçus un canot,