PRET
tel, que jamais les sorcières d'Allemagne n’en entendirent un semblable dans leurs nuits sataniques sur le sommet du Blocksberg.
J'ai vu en Égypte, dans le désert d’El- Arousch, le simoun enlever en tourbillons flottants des collines de sables; j’ai vu les cimes de palmiers se briser à son souffle, et les chameaux tremblants s'étendre sur le sol avec des regards effarés. Mais ce tableau, si saisissant qu’il fût, ne m'est apparu dans mes souvenirs que comme une faible image de l’ouragan qui nous a surpris au delà de l'équateur, dans un calme complet. C'est le pampero, l'ouragan redouté des marins qui se dirigent vers le cap Horn. Il éclate quelquefois si subitement, qu’à peine a-t-on le temps de se mettre en garde contre lui en serrant toutes les voiles, et quelquefois il se livre à sa rage pendant plusieurs jours.
Par bonheur, nous sommes dans la saison où il garde encore un peu d'humanité. Son accès n’a duré que quelques heures. Bientôt nous avons vu les amas de nuages s’entr’ouvrir, se disperser comme par enchantement, et les étoiles reparaître plus vives et plus riantes, comme un essaim de jeunes filles qui salueraient l’azur du ciel après un rude emprisonnement.
J'espère que c’est là notre dernière épreuve. Nous avons passé, il y a un mois, par la lati-
tude de Tombouctou, par celle du Congo et des autres plages brûlantes de l'Afrique, puis par celle de Sainte-Hélène.
L’aride terre de Longwood, illustrée par la plus grande infortune, était en face de nous, à vingt-cinq degrés de longitude de distance. Que n’ai-je eu le tuyau d'ivoire du prince Ali, dont l’aimable Scheherazade a raconté l’histoire, pour regarder au moins le tertre solitaire où mourut celui qui, sur la table du monde, jouait aux échecs avec les trônes !
Nous voici au delà du tropique du Capricorne, à la hauteur de Rio-Grande. Encore un souffle de vent propice, et nous touchons à Montevideo. Je me réjouis à l’idée de voir là quelque bâtiment de guerre français. Sur les plages étrangères, le bâtiment de guerre remplace le sol de la patrie. Dès mon entrée dans le port, je cours au premier que j'aperçois. J’espère y trouver, au sein de ses officiers, un peu de bonne et intelligente causerie nationale dont je suis privé depuis si longtemps; j'espère, faut-il vous le dire? y trouver un diner français. Ne jugez pas trop sévèrement ce désir matériel; il y a soixantequinze jours que je vis de pommes de terre avariées et de haricots secs!
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Dans les pampas, un gaucho.