‹ Récits américains [microforme]Chapitre 3 sur 25 · MT · texte numérisé non relu

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« Une quantité d’arbres, abattus par ses manœuvres, avaient été hachés et réunis en un même monceau pour être brûlés, selon la coutume quand on est trop loin d’une grande route ou d’un fleuve pour pouvoir livrer ces arbres aux marchands de bois. Un matin, par un vent propice, on alluma ce bûcher, et bientôt on le vit flamboyer, et en quelques heures cette masse énorme devait être réduite en cendres. Mais voilà que tout à coup le vent tourne d’une zone à l’autre, et chasse violemment la flamme vers le loghouse. Des étincelles brûülantes, des tisons résineux tombent sur le toit, sur les flancs de cette maison construite en bois de sapin; c’est un autre bûcher qui s'allume plus rapidement encore que le premier; le feu y éclate de tous côtés, et y darde avec une sorte de fureur sa langue rouge fouettée par le vent. Et pas une pompe, pas un secours charitable, pas un moyen d'éviter l’explosion de cet incendie!

« Mon père, éperdu, n’eut que le temps de rejoindre ma tante dans la chambre où déjà s’amassaient des tourbillons de fumée, d’enlever avec elle ma mère, et de m’emporter dans mon berceau, tandis que ses ouvriers s’efforçaient de sauver les meubles et les provisions. Quelques instants après, la maison s’écroulait, et le soir nous campions sous

quelques pieux couverts d’une toile. Le feu qui venait de dévorer notre habitation s'était communiqué à nos champs et y avait anéanti tout espoir de récolte. Après une année d’opiniâtre travail, mon père se trouvait dans un plus grand dénuement que lorsqu'il était venu planter sa tente dans ces bois; mais il était de ces hommes qui ne se laissent point décourager par une infortune, ni abattre par un désastre.

« Bear and forbear (souffre et endure).

Cette devise des Langfort ne doit-elle pas être celle de la plupart des hommes ?

« Les traditions orientales racontent que le célèbre Timour, étant poursuivi par ses ennemis, après une des batailles qu’il perdit dans sa jeunesse, se réfugia dans une maison en ruine. Là, tandis qu’il se demandait, dans ses sombres réflexions, sil ne devait pas à tout jamais renoncer à ses rêves ambitieux, par hasard ses regards s’arrêtèrent sur une fourmi qui essayait de traîner dans sa cellule un grain de blé plus gros qu’elle. Pour accomplir cette tâche difficile, la courageuse petite bête employait différents moyens, Tantôt elle s’efforçait de porter son lourd fardeau, tantôt de le traîner ou de le faire rouler sur le sol ; fatiguée de ses efforts, elle s’arrêtait et paraissait renoncer à son entreprise; puis de nouveau elle y revenait.

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À 2 RÉCITS AMÉRICAINS el Soixante-neuf fois de suite elle tenta ainsi vainement d'enlever son butin. A la soixantedixième fois, elle y réussit. Timour, qui l’avait suivie avec attention, se reprocha sa faiblesse en voyant cette persistance et cette ténacité d’un insecte. Il reprit les armes, et chacun sait quel usage il en fit, cet insatiable guerrier, ce fameux Tamerlan; mais jamais il n’oublia l’enseignement de la fourmi.

« Mon père avait la patience de la fourmi ; il se remit bravement à l’œuvre, rebâtit sa maison, ensemença de nouveau ses champs, mais il faillit succomber à une autre catastrophe qui le frappait jusqu’au fond de l’âme. Dans l’espace de quelques mois, il perdit ma mère et ma tante, ces deux tendres com- . pagnes de son exil, ces deux anges de son

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