‹ Récits américains, par m. Xavier MarmierChapitre 2 sur 6 · AVENTURE D ENFANCE BU P. HUMBERT · texte numérisé non relu

AVENTURE D ENFANCE BU P. HUMBERT

C'est encore M. de Mériol qui parle; il me raconta rhîstoire d'un de ces cœurs d'apôtres qui se consacrent à l'instruction des Indiens, allant perpétuellement d'une de leurs tribus à l'autre pour leur prêcher l'Évangile.

< Le P. Humbert, dit-il, est un homme à la fois doux et ferme , indifférent à son bien-

RÉCITS AMÉHIGAINS 33

être matériel, plein de hardiesse et de résolution en ce qui tient à son œuvre évangélique. Tout jeune, il a eu une étrange aventure. Son père, riche marchand de bois de Montréal, n'avait pas d'autres désirs que de l'associer un jour à son cominerce, et, en l'envoyant à l'école , il lui recommandait de s'appliquer principalement à l'arithmétique. Mais l'enfant avait un goût ardent pour la lecture, surtout pour la lecture des livres de voyage, vrais ou fictifs, et les plus fictifs étaient ceux qui le charmaient le plus. Il m'a raconté qu'il lut quatre fois de suite le Robinson Crusoé. A l'heure de sa récréation , il s'enfuyait dans le grenier avec son cher livre , pour n'être pas troublé dans son entraînement. La nuit il allumait sa lampe pour le relire encore. Rien n'agit plus vivement et quelquefois plus fatalement sur de jeunes imaginations que la connaissance de certaines œuvres... C'est ainsi, par exemple , qu'au Danemark le mélancolique Ewald , ayant lu l'œuvre si célèbre de Daniel de Foe, prit à onze ans la résolution de se rendre en Hollande, avec l'espoir de trouver là un navire qui se dirigerait vers Batavia, ferait naufrage en route, et le jetterait sur une île déserte. Son maître le rejoignit au moment où il s'acheminait vers la plage, arrangeant dans sa petite tête ses fantaisies de voyage. Il était déjà à dix lieues de son village.

« Sans connaître cette escapade du poète danois, le jeune Humbert, fasciné par la même lecture , prit la même décision ; mais il alla plus loin.

« Avec l'argent dont son père le gratifiait assez libéralement, il se rendit à Âlbany. Là, comme il cherchait sur les rives de THudson un navire prêt à partir pour les régions lointaines , il rencontra un de ces industriels dont TAmérique pullule , et dont il devait être Tin* nocente victime.

n C'était un de ces hommes qui, dans les tiraillements de Vauri sacra famés, sont disposés à tout instant à se jeter dans toutes sortes d'entreprises : aujourd'hui dans une aventureuse expédition , demain dans les trames d'un complot préparé artificieusement comme des toiles d'araignées, pour capturer les pauvres insectes étourdis.

« Complètement illettré , sachant à peine signer son nom, cet homme avait besoin d'un clerc pour l'assister dans des comptes souvent fort embrouillés. Le candide fugitif semblait lui être envoyé à l'improviste par un propice Mercure ; il le flatta dans ses rêves ingénus , et lui promit de le conduire dans des îles bien plus étonnantes que celle de Robinson. Enfin il l'emmena à New- York, et de là, par l'Ohio et le Mississipi, à Saint -Louis, où il voulait s'associer avec une de ces caravanes qui transportent

des marchandises à Santa-Fé, la capitale du Nouveau-Mexique.

(c Au milieu des prairies désertes , sur les rives de TArkansas, la caravane fut surprise par une bande de Sioux. Elle n'était point assez forte pour résister à l'attaque d'une de ces hordes de sauvages , montés sur d'excellents chevaux , brandissant leurs lances , leurs toma»hawks ; quelques-uns portant des fusils , et tous poussant leur cri de guerre, un cri effroyable dont nul autre ne peut donner l'idée, un cri aigu , .perçant , qui, dans ses longues vibrations résonne comme un glas de mort , et laisse à jamais une impression d'épouvante dans l'esprit de ceux qui l'ont une fois entendu. A cette clameur terrible qui annonce l'apparition d'une troupe d'Indiens hostiles, comme les sifflements du vent annoncent un ouragan , la plupart des charretiers du convoi s'enfuirent ; .d'autres se joignirent aux cavaliers armés qui escortaient les voitures , et engagèrent le combat ; mais ils furent bientôt vaincus.

« Brown , l'indigne patron du jeune déser* teur, périt en essayant de défendre son ballot de soie , avec lequel il comptait réaliser à Santa- Fé un ample bénéfice. D'autres subirent le même sort ; d'autres furent faits prisonniers. De ce nombre était le malheureux enfant, qui , pendant la bataille , était resté éperdu , n'osant prendre la fuite, et ne pouvant combattre. Les

Sioux, après avoir inspecté le riche butin qu'ils venaient de conquérir, se mirent en marche pour rejoindre leur campement, poussant devant eux leurs captifs , les aiguillonnant avec la pointe de leurs lances, et quelquefois les frappant avec leurs tomahawks.

€ En approchant de leur village, ils annoncèrent leur triomphe par d'autres cris , et tous les gens de leur tribu, vieillards, femmes, enfants , accoururent à leur rencontre , et les accueillirent avec les transports d'une joie frénétique.

a L'année précédente , dans une rencontre du même genre, ils avaient été battus et avaient laissé plusieurs morts sur le terrain. La défaite qu'ils avaient subie les rendait plus fiers de la victoire qu'ils venaient de remporter, et le souvenir de ceux qu'ils avaient perdus donnait un nouveau stimulant à leur férocité. Les mânes de leurs compagnons devaient être apaisés. La tache de sang devait être lavée par le sang.

Les prisonniers, enfin, devaient être sacrifiés à la vengeance de ceux qui déploraient la mort d'un ami ou d'un parent. Tous furent immolés, et leurs chevelures suspendues aux vêtements des guerriers comme de pompeux trophées.

Humbert fut sauvé par une vieille veuve qui pria les chefs de lui remettre cet enfant pour remplacer celui qu'elle avait perdu quelques années auparavant dans un combat.

<[ Les chefs, après une grave délibération, y ayant consenti, elle emmena Humbert dans son wigwam, lui servit à manger, et, le voyant pâle et tout tremblant encore de la terrible scène à laquelle il avait assisté , elle étendit une peau de bison au fond de sa cabane et l'engagea amicalement à se reposer.

« Le lendemain, comme elle désirait qu'il fût réellement pour elle le représentant du fils qu'elle avait pleuré, elle lui ordonna de se plonger dans un étang voisin de s^ demeure.

Sans doute elle prétendait ainsi le purifier de son origine de face pâle. L'enfant obéit machi« nalement au signe impératif qui accompagnait ce langage inintelligible pour lui. Ensuite la vieille femme lui enjoignit de quitter ses vêtements étrangers , lui donna des leggings , des mocassins , et lui noua au cou un de ces coquillages qu'on appelle des vampum ; puis , à l'aide de deux de ses amies, elle le soumit à une autre opération plus difficile; elle lui arracha, d'une main opiniâtre mais pourtant délicate, tous les cheveux, à l'exception de ceux qui se trouvaient au sommet de la tête. Là les Indiens portent, comme on le sait, une touffe de cheveux qu'ils défendent jusqu'à la dernière extrémité contre la convoitise de leurs ennemis.

Cette chevelure que le guerrier scalpe lestement d'un coup de couteau en un léger tour de main, sur le crâne de son adversaire, c'est la

preuve palpable, c'est le témoignage glorieux de sa victoire. Cette coutume existe depuis un temps immémorial, et se perpétue parmi les Indiens qui n'ont pas encore accepté l'enseignement du christianisme ou les lois de la civilisation.

ce Dans nos combats, disent-ils, nous nous « battons à armes égales contre nos antago- « nistes, et celui qui le peut enlève à l'autre « sa chevelure. Le vainqueur a le droit d'em- « porter un signe de sa bravoure , et il serait « peu généreux à son ennemi de le priver de « ce signe de triomphe ostensible que lui- « même s'est efforcé d'acquérir. »

« Le missionnaire morave Heckwaledez disait un jour à un Indien : « Puisque telle est « votre raison pour garder une partie de votre « chevelure, pourquoi donc ne la gardez- vous « pas tout entière? » L'Indien lui répondit : « L'homme n'a qu'une tète, et un flocon de « cheveux de cette tête suffit pour montrer « qu'on l'a eue en son pouvoir. Si , comme les « faces pâles , nous conservions tous nos che- « veux, on pourrait en tirer plusieurs chevecc lures , ce qui ne serait pas juste. D'ailleurs , « le poltron pourrait ainsi partager sans péril « le trophée du brave, et lui disputer l'hon- « neur de la victoire. »

« Telle est la loi du scalp dans les peuplades guerrières.

€ La veuve compléta la toilette de son fils adoptif en lui attachant trois longues plumes rouges sur la tête , en lui peignant de différentes couleurs la figure et la poitrine, enfin en lui mettant au bras plusieurs larges bracelets d'argent. L'ayant ainsi paré, elle le conduisit à la tente du conseil, où étaient réunis les chefs de la communauté. L'un d'eux le fit asseoir sur une peau d'ours, lui présenta une pipe , un morceau d'amadou , un briquet et une pierre à feu. Tous les chefs s'assirent en cercle d'un air grave et se mirent à fumer dans un profond silence. Enfin celui qui déjà avait donné un premier symbole de confraternité à Humbert se leva, s'avança vers lui, et dit d'une voix solennelle : « Maintenant l'enfant <c des faces pâles est la chair de notre chair et € les os de nos os. Par son immersion dans « le lac consacré à nos manitous , il a lavé <( chaque goutte de son sang blanc ; par les « ornements dont il est revêtu, il entre dans € la valeureuse nation des Sioux; il est adopté a par la grande famille; il doit tenir la place « d'un brave. Dès ce jour l'enfant des faces « pâles est lié à nous par nos lois et nos couce tûmes : nous devons l'aimer, le protéger et ce le défendre comme un des nôtres, j»

€ Quand les Indiens adoptent un prisonnier, ils le traitent, en effet, comme un des membres de leur famille , et l'on a vu des fluropéens qui,

après avoir vécu quelques années dans cette condition , n'ont plus voulu la quitter.

« La vieille femme , qui avait demandé à garder notre jeune Canadien pour la consoler de son deuil et l'assister dans son isolement, se montra envers lui animée d'une affectueuse sollicitude; il ne pouvait lui être que d'une faible utilité , car il n'avait pas encore appris à lancer une flèche , à manier un fusil ; mais elle supposait qu'un jour il deviendrait un vaillant guerrier et un adroit chasseur. Elle lui mit les armes de son fils entre les mains, et lorsqu'un matin il lui apporta une perdrix qu'il venait de tuer, elle l'accueillit comme s'il eût atteint à la course le plus agile bison , ou frappé dans sa tanière un ours formidable.

« Cependant il ne pouvait s'accoutumer à cette vie si différente de celle qu'il avait rêvée. Il regrettait amèrement sa riante ville de Montréal. Souvent aussi il s'affligeait de penser à la douleur que sa disparition avait dû causer à ses parents, et maudissait le jour où il avait eu la fatale idée de quitter leur demeure. Mais, quels que fussent ses regrets et ses remords, il fallait bien qu'il se résignât à sa triste situation : car de prendre la fuite , il n'y pouvait songer. Que serait-il devenu, seul, sans guide, dans ces immenses plaines , où les hommes les plus fermes et les mieux armés sont exposés à de nombreux périls , où les plus expérimentés

ne parviennent quelquefois que difficilement à trouver leur chemin?

« Quatre années s'écoulèrent. Pendant ce temps, il avait appris à parler le dialecte des Sioux et à se servir assez habilement de leurs arcs en bois flexible, garnis de cornes d'élan; il approvisionnait de gibier la tente de la vieille Indienne. Comme il était d'une humeur douce et inoCTensive, on l'aimait dans la tribu. Lui pourtant ne se mêlait guère aux jeux des Indiens , et ne cessait de rêver à son pays de Canada qu'il avait si follement déserté.

« Une bataille l'avait fait captif; une bataille devait le délivrer. »

« En sortant un matin de sa demeure pour aller à la chasse qui était sa principale occupation, Humbert remarqua dans le village un mouvement inaccoutumé. Les jeunes guerriers examinaient les pointes de leurs flèches, ou préparaient le vermillon et la poudre qu'ils emploient à se peindre la figure et les bras dans les grandes occasions. Les chefs se rendaient à la tente du conseil ; l'un d'eux portait la longue pipe qu'ils devaient fumer tour à tour dans leur grave délibération. Cette pipe, que

nous appelons le calumet, par une altération du mot français chalumeau, chaque tribu indienne lui donne dans sa propre langue un nom particulier, et chaque tribu en a fait une sorte d'instrument sacré.

€ Chaque Indien a sa pipe plus ou moins élégante, qu'il remplit de tabac quand il a le bonheur d'en posséder une provision. Quelquefois , pour ménager cette denrée précieuse , il y mêle des feuilles de diverses plantes; quelquefois même il se contente de fumer Técorce de divers arbres , tels que le bois tors y le bois rouge, le bois d'original.

« Mais la pipe qui est employée comme une sorte d'encensoir, dans les assemblées des chefs, la pipe nationale doit avoir par sa forme et par ses proportions un aspect solennel. Son fourneau est taillé dans un bloc de pierre rouge , et souvent ciselé avec un soin particulier; son tuyau, de quatre à cinq pieds de long, est parsemé de signes hiéroglyphiques , orné de broderies de différentes couleurs et de plumes d'oiseaux.

a Quand les chefs sont assemblés , l'assistant du grand guerrier remplit le calumet de tabac, ou, s'il ne peut faire autrement, d'un mélange d'herbes bien connues dans l'Amérique septentrionale sous le nom de kinnekanik. Il pose cette mixture sur des charbons ardents, avec les mêmes précautions qu'un valet de grande

maison de Turquie qui allume pour son maître le chibouck où s'amoncellent les feuilles légères (jiu latakié.

d Ensuite il tourne la tige du calumet vers le ciel , puis vers la terre , puis horizontalement en un cercle régulier. Par le premier mouvement, il rend hommage au grand manitou; par le second il conjure les méchants esprits ; par le troisième il invoque la bienveillance de tous les génies de la terre et des eaux. Quand cette opération est achevée, il présente le calumet au chef héréditaire de la nation , qui , en ayant aspiré deux ou trois boufTées de fumée , les lance par ses lèvres et par ses narines , d'abord vers le ciel, puis vers la terre. La pipe est remise successivement aux autres chefs, qui observent le même cérémonial.

« Humbert s'arrêta à examiner les préparatifs qui se faisaient autour de lui , et ne tarda pas à en apprendre la cause. La veille, un Sioux y errant comme un épervier à la recherche d'une nouvelle proie, avait aperçu une caravane de marchands, et s'était hâté de revenir dans son village pour y annoncer sa découverte.

€ Cette nouvelle ne pouvait manquer d'enflammer l'esprit belliqueux et rapace de la tribu. Les chefs ayant déclaré qu'on attaquerait le convoi , tous les jeunes guerriers se préparaient joyeusement à une bataille où ils espéraient

conquérir un précieux butin, et le soir ils se mettaient en marche. L'enfant des visages pâles qu'ils avaient adopté leur paraissait encore trop jeune et trop faible pour être associé à cette expédition; en outre, ils n'étaient pas encore assez sûrs de son attachement à leur tribu , et craignaient qu'à la vue des blancs il ne se laissât entraîner à une idée de désertion ; il fut donc obligé de rentrer dans le village avec les femmes et les vieillards, tandis que la horde armée se dirigeait vers le campement qu'elle espérait surprendre dans l'obscurité de la nuit.

<ic Mais cette caravane n'était point composée uniquement de charretiers et de marchands.

Le gouvernement américain, pour châtier les rapaces tribus qui infestaient la route de Santa* Fé , avait adjoint à ce convoi un escadron de dragons, sous les ordres d'un capitaine habile. Des sentinelles veillaient autour du convoi ; l'une d'elles ayant signalé l'approche des bandits qui , malgré leurs précautions , ne pouvaient se dérober à l'attention d'un regard vigilant , le capitaine fit aussitôt éteindre tous les feux , rassembla ses hommes , leur ordonna de préparer leurs armes , de se coucher par terre et de rester dans une complète immobilité jusqu'à ce qu'il leur ordonnât de se lever et de monter à cheval.

« La nuit était assez sombre pour favoriser sa ruse de guerre. Â quelques centaines de pas

de distance , les Sioux s'arrêtèrent pour observer l'état du campement, et ne distinguant la fumée d'aucun foyer, ne discernant aucun mouvement , ils crurent que les gens de la caravane étaient tous profondément endormis , et se lancèrent impétueusement au galop en hurlant leur cri de guerre. Mais au même instant ils reçurent une volée de balles de deux cents carabines , qui firent une trouée sanglante dans leurs rangs. Terrifiés par une catastrophe si inattendue, ils s'enfuirent en désordre. Les dragons, qui en un clin d'œil étaient montés à cheval, les poursuivirent le sabre à la main, le pistolet entre les dents, en tuèrent encore un grand nombre , et firent prisonnier leur chef Mahtapa.

ce Notre ami Humbert fut réveillé en sursaut dans sa tente par les cris bruyants, les sanglots et les lamentations des gens du village , qui venaient d'apprendre ce désastre. Chaque famille pleurait et se désolait. Mais ce qui affligeait surtout la belliqueuse peuplade , c'était la capture de son chef, qui souvent l'avait conduite à de glorieux combats.

a Avant tout, il fallait tenter de le délivrer des mains de ses ennemis, et comme on ne pouvait le leur arracher de vive force , on résolut d'envoyer une députation aux Américains pour négocier son rachat.

« Le capitaine de dragons près duquel se

rendit cette députation commença par demander si les Sioux ne gardaient point parmi eux quelque prisonnier de la nation des blancs.

A cette question, les Indiens se regardèrent l'un l'autre en silence , comme pour se consulter sur ce qu'ils devaient dire. L'un des chefs enfin avoua qu'il y avait dans leur village un jeune homme de la race pâle qu'ils avaient adopté, et qu'ils avaient traité avec une affection particulière. Le commandant déclara qu'il n'écouterait aucune proposition avant que ce captif ne lui fût rendu. Les Sioux ne pouvaient résister à cette injonction ; deux d'entre eux retournèrent à leur village et en ramenèrent Humbert, malgré les supplications et les larmes de celle qui l'appelait son cher fils, son espoir, son unique soutien.

ce Je vous laisse à penser la joie du pauvre garçon , quand il se vit si subitement affranchi de l'odieuse situation où l'avait jeté son extravagante étourderie , et à laquelle il ne prévoyait plus d'autre fin que la mort, quand il fut remis entre les mains d'un brave homme qui s'engageait à le faire reconduire prochainement dans son pays.

« Quelques mois après, en effet, grâce aux soins du généreux capitaine , il revenait à Montréal, et se précipitait, comme l'enfant prodigue, dans les bras de ses parents, qui, ayant longtemps et inutilement employé toiïs les moyens

possibles pour retrouver ses traces , le croyaient à jamais perdu.

« De ses quatre années d'expatriation il conservait tout à la fois un sentiment d'horreur pour la barbarie des Indiens au milieu desquels il avait vécu , de commisération pour leur ignorance , et de gratitude pour l'intérêt qu'ils lui avaient témoigné. Ces diverses impressions ont en partie déterminé sa vocation religieuse. A la place du flocon de cheveux que la vieille Indienne lui avait laissé au sommet de la tête, les ciseaux de l'Église lui ont fait une tonsure; à la place de la lance et du tomahawk , il porte une croix et un livre de prières : il s'est fait prêtre , et il est entré dans Tordre des pères Oblals, qui se consacrent particulièrement à l'éducation des Indiens. Si son père et sa mère n'étaient pas si âgés, s'il ne craignait pas de leur faire une trop grande peine , en s'aventurant dans une longue entreprise, il serait déjà retourné sur les bords de l'Arkansas , pour porter l'enseignement de l'Évangile et la leçon de l'humilité chrétienne parmi ceux qui ne connaissent que l'enseignement de leurs grossières traditions, et s'enorgueillissent de leurs lois de guerre, de rapacité, de vengeance.

(!c En attendant qu'il puisse aller accomplir dans la sauvage prairie la mission qu'il ambitionne , il consacre , le plus qu'il peut , son temps et ses soins aux diverees tribus indiennes

disséminées dans son pays natal. Il va de l'une à Taulre, avec sa douce et ardente pensée de charité : précepteur de Tenfant, ami du vieillard, médecin du malade, frère du pauvre, partout prêchant par son exemple autant que par sa parole ; partout répandant quelque consolation cordiale ou quelque don pécuniaire.

Car ses parents , qu'il a associés à son œuvre , ne lui ménagent point leur argent; et cet argent il l'emploie tout entier au service des indigents. Ni la rigueur de l'hiver ni les difficultés d'un long trajet ne l'arrêtent quand il entrevoit quelque acte utile à accomplir.

a Les conteurs de l'Orient nous dépeignent les merveilleux effets des montagnes d'aimant. La charité chrétienne a son aimant, qui n'est point une fable, son aimant qui attire, non point les clous de fer d'un navire , comme dans les récits de Sindbad le Marin , mais les pieux dévouements.

« Notre courageux Humbert n'a du reste à redouter, dans ses pérégrinations, que les obstacles et les périls matériels; il peut s'aventurer sans crainte au milieu des plus rudes peuplades de cette contrée. Tous les Indiens du Canada le connaissent, sinon de vue, au moins de nom, ayant entendu parler de ses bonnes

œuvres , car les bonnes œuvres sont comme les parfums qu'une fleur répand dans les airs loin du sol où elle s'épanouit. Tous les Indiens ont

appris à respecter cet ami de la race rouge.

« De temps à autre , il revient ici ; il a dans cette maison sa chambre qui lui est constamment réservée , mais qu'il n'occupe guère. Il dit la messe dans la chapelle, va visiter les gens du village, puis les défricheurs et les bûcherons épars dans les bois, et c'est à peine, ajouta M. de Mériol, si je puis le garder quelques instants près de moi à Theure des repas. De^ puis six semaines, il est parti pour faire une de ses tournées habituelles dans les campements du nord de rOttavsra; je l'attends de jour en jour, et il me tarde de le revoir. »

En disant ces mots, M. de Mériol s'était levé machinalement pour jeter par les vitres entr'ouvertes la cendre de son cigare, et je le vois qui penche la tête hors de la fenêtre, reste un instant immobile , puis tout à coup s'écrie : c En vérité, je ne me trompe pas, c'est lui, c'est bien lui ! » Je m'approche de la fenêtre , je regarde, et j'aperçois sur le sentier du village un homme vêtu d'une redingote noire , portant à sa ceinture un petit sac en toile noire, et s'appuyant sur un bâton, comme un voyageur fatigué.

Mon hôte va le recevoir sur le perron , l'embrasse cordialement, puis l'amène dans le salon et lui dit, en me présentant à lui : « Un des compatriotes de ma famille, un Français , et

qui plus est un Franc- Comtois, qui vient ici

tout exprès pour apprendre à connaître vos chers Indiens. C'est un nouveau néophyte que je vous livre , ajoula-t-il en riant : vous en ferez peut-être un missionnaire. »

Le P. Humbert me tend la main.

Si déjà je n'avais été si vivement prévenu en sa faveur par tout ce que M. de Mériol m'avait raconté de son existence, le caractère touchant de sa physionomie aurait suffi pour me gagner le cœur. Il n'a pas plus de quarante ans, et déjà les fatigues, les jeûnes, les privations qu'il a dû supporter dans ses diverses pérégrinations ont dénudé son front, blanchi ses cheveux, ridé sa figure. Mais sur ce visage amaigri, sur ces lèvres , dont un léger incarnat colore à peine la pâleur, dans ces yeux à demi voilés par les plis de leurs paupières, il y a une expression d'innocence, de douceur, de bonté à laquelle nul cœur ne doit résister. C'est l'image vivante de Tapôtre évangélique , tel qu'on peut se plaire à le concevoir, de l'homme sévère envers luimême , plein d'indulgence envers les autres , qui se fait petit pour éclairer les petits, qui se soumet aux plus rigoureuses austérités pour pouvoir soulager ceux qui ont froid et ceux qui ont faim.

JEAN CiYEUX

Jean Cayeux était un voyageur canadien, distingué par son courage et son habileté, très brave homme en outre, fort estimé des marchands qui l'employaient à leur service, très aimé de ses compagnons , quoiqu'il refusât de s'associer à leuirs orgies, et rapportant fidèlement à sa femme et à ses enfants le produit de son travail.

Il habitait une cabane solitaire, près d'une des cataractes de l'Ottawa. Un soir il entend

tout à coup retentir un cri formidable : c'était le cri de guerre , le cri de fureur d'une horde d'Iroquois qui , quelque temps auparavant , avaient voulu arrêter une cohorte de voyageurs, et avaient perdu deux de leurs guerriers dans cette bataille. Depuis ce jour, ils n'aspiraient qu'à se venger de leur échec , et ils venaient de découvrir la demeure de Cayeux.

Hors d'état de se défendre contre une telle invasion, Cayeux se hâta d'embarquer sa femme et ses enfants dans son canot, les conduisit au bord de la cataracte, puis remit sa rame entre les mains de son fils aîné en lui donnant ses dernières instructions , et quitta la frêle nacelle pour ne pas la surcharger dans ce périlleux passage. Debout sur un rocher, il vit le fragile bateau se précipiter dans les flots écumants, vaciller, tournoyer. Un instant, il sentit son sang se glacer dans ses veines , et il ferma les yeux : la nacelle était plongée dans une onde impétueuse et paraissait perdue; mais bientôt elle reparut, comme une mouette agile, à la surface de la rivière , et bientôt elle glissa mollement sur une eau paisible. Le terrible écueil était franchi. Les trésors du cœur du bon Cayeux étaient sauvés.

En ce moment sa femme et ses enfants se retournaient de son côté; les mains jointes, ils rendaient grâces au Ciel de leur délivrance, et invoquaient sa protection en faveur de celui

qui, pour aider à leur salut, se condamnait à un danger mortel. Cayeux , qui avait les mêmes sentiments de piété , s'associa à leur prière , leur adressa du regard et de la main un su<prême adieu, et s'enfuit dans les bois.

Un des Iroquois, furieux d'avoir trouvé sa demeure déserte , aperçut le brave Canadien , immobile encore au bord de la rivière, donna un signal à ses compagnons, et tous s' élan* cèrent à sa poursuite ; ils le poursuivirent , comme des loups affamés, dans les sombres forêts. Cayeux avait eu l'espoir de rejoindre sa famille en se frayant un sentier à travers ces forêts; mais il ne put accomplir son dessein. Les féroces Iroquois, épiant attentivement ses traces, l'obligeaient de plus en plus à s'éloigner de l'Ottawa. Pour échapper à leur implacable perquisition , le jour il se cachait dans les vieux arbres que le temps a creusés , et où les ours se retirent en hiver ; la nuit il s'enfonçait dans les taillis les plus épais. Enfin les Indiens, dépistés par ses différents subterfuges et son énergique résolution , renoncèrent à leur poursuite. Mais il se trouvait sur un terrain marécageux, désert, sans armes, sans ressources et accablé de fatigue. Les chétives provisions qu'il avait prises à la hftte en quittant sa cabane étaient épuisées. En regardant de côté et d'autre, il découvrit quelques baies et quelques fruits sauvages qui apaisaient un instant sa soif et sa

faim], mais qui ne pouvaient le raviver. Dans son état de faiblesse et de misère , il n'avait plus qu'un espoir. Les chasseurs canadiens s'aventuraient quelquefois jusque dans ces lieux sauvages ; comme il n'avait plus la force d' entreprendre un long trajet, il craignait d'ailleurs de rencontrer encore les Indiens s'il sortait de sa retraite ; il résolut d'attendre là le secours providentiel qu'il demandait à la grâce de Dieu. Il se fit, avec des branches d'arbre, une espèce de wigwam , et en s'accroupissant sous sa malheureuse tente il répétait une des invocations religieuses qu'il avait apprises dans sa jeunesse :

Si je suis seul, pauvre et triste ici-Las, Mère de Dieu , ne m'abandonnez pas !

Mais les jours s'écoulaient, et de plus en plus le pauvre Cayeux s'affaissait dans sa faiblesse et son dépérissement. Un soir il vit un loup s'approcher de son refuge : « Ah! ah! dit-il, le brigand flaire déjà sa proie. Je ne suis pas en état de fuir devant lui , mais je me défendrai encore contre ses dents et ses griffes. »

Une autre fois , il aperçut un corbeau qui se posait sur un arbre voisin de sa hutte : « Ah ! vilain rongeur de cadavres, lui dit- il, tu viens voir si bientôt je ne te servirai pas de pâture; mais j'ai encore assez de force pour t'effrayer. » En disant ces mots , il poussa un cri , et le corbeau s'enfuit.

Un matin , trois petits oiseaux vinrent en chantant voltiger autour de lui ; leur aspect lui rappelait une chanson de son village , et il leur dit avec un accent de douleur :

Gentils petits oiseaux des bois , Allez dire à celle que j'aime Que les saints sont loin de moi.

Quoiqu'il eût si grande envie de vivre, de revoir les êtres qu'il aimait et les rives de rOttawa, et le hameau où il était né, il sentait sa fin approcher, et n'ayant personne pour creuser sa tombe, il la creusa lui-même, et il fit une croix qu'il voulait tenir à la main à sa dernière heure. Pendant qu'il s'occupait de ces funèbres préparatifs , tout à coup il entendit des voix vibrantes résonner à son oreille.

Il leva la tête avec un mouvement de joie :

c'étaient les chasseurs qu'il attendait perpétuellement, c'était le secours providentiel qu'il avait tant de fois invoqué. Par malheur, ce secours lui arrivait trop tard. En vain les charitables Canadiens essayèrent de le réconforter ; il était anéanti. Il leur raconta d'une voix défaillante sa lamentable histoire , puis tomba dans la fosse qu'il avait préparée.

t'iNCENDIE d'UKE FORÊT. — HÉCIT DO BATELIER PASSE- PARTOIT

« L'incendie d'une forêt entière éclate fréquemment au Canada. Une flammèche d'un foyer apportée par le vent, une étincelle tombant d'une pipe Bur des feuilles sèches, suffisent pour l'allumer. Quelquefois les Indiens mettent le feu à un bois pour prendre plus aisément le gibier, ou pour arrêter dans son évasion un de leurs ennemis, et j'ai entendu des gens graves affirmer que si , pendant les

chaleurs de Tété, une tige sèche s'écroule sur une autre également sèche, toutes deux peuvent s'enflammer par ce frottement accidentel.

« Quoi qu'il en soit, il y a quelques années je revenais du lac Supérieur avec une douzaine de mes camarades ; nous faisions un joli voyage ; car nous ramenions à Montréal un agent supé* rieur de la compagnie de la baie d'Hudson, qui , après avoir passé plusieurs années dans le Nord , se réjouissait d'être appelé enfin à un emploi plus agréable. M. Fallerans (c'est son nom) avait avec lui sa femme et un garçon de quatre ans, et c'étaient, ma foi! d'agréables compagnons de voyage : je n'en vis jamais de meilleurs, l'enfant surtout, qui était vif comme un écureuil et jouait avec nous comme un petit chat. J'ai toujours aimé les enfants, et celui-là, en vérité, je crois que je l'aimais comme s'il avait été le mien. Si on m'avait laissé faire, je l'aurais sauvé. Pourquoi les gens inexpérimentés ne veulent-ils pas, dans un moment de danger, se fier à ceux qui voient clairement l'unique moyen de salut?

« ... M. Fallerans désirait arriver le plus tôt

possible à Montréal, mais il craignait de nous

fatiguer, et nous faisions des haltes fréquentes ,

et chaque soir, quand nous trouvions près des

lacs ou des rivières une cabane de settler ou

d'Indien, nous y descendions pour passer la

nuit.

a Nous débarquâmes un soir, après une jour^ née où nous avions été très tourmentés par la chaleur et par des nuées de moustiques, près d'un assez joli log-house. Le maître du logis nous reçut amicalement; sa femme nous prépara une soupe de poisson blanc, le meilleur poisson qui existe, et M. Fallerans nous régala, selon sa coutume, d'un bon verre d'eau-de-vie. Ensuite il se retira , avec sa femme et son fils , dans la chambre que l'hospitalier settler lui avait abandonnée , et mes compagnons et moi nous couchâmes par terre, autour du foyer de la cuisine. Je dormais depuis une heure de ce profond sommeil qui est la bénédiction de l'ouvrier, quand tout à coup je suis réveillé par un bruit sonore , mais confus. Je me frotte les paupières, pour être sûr que je ne suis pas le jouet d'un rêve ; je penche l'oreille vers le sol, et j'entends les chevaux qui hennissent, les vaches qui beuglent. Évidemment l'alarme est au pâturage. Est-ce une bête fauve qui y est entrée? est-ce une bande d'Indiens rapaces? Je me lève, j'entr'ouvre la porte , et mes yeux sont éblouis par une flamme ardente. Un cri de terreur s'échappe de mes lèvres: Au feu! au feu! En un instant tout le monde est debout. Le colon et sa femme veulent rassembler leurs vêtements et quelques-uns des principaux ustensiles de xcur ménage. M. Fallerans cherche à nouer dans un linge les papiers et les divers objets

qu'il a apportés la veille avec lui dans le loghouse. Fatal souci I nous n'avons que le temps de fuir, de fuir en toute hâte. Un cercle de feu entoure l'habitation et se rapproche de plus en plus. La flamme, attisée par un vent funeste, court de rameau en rameau, d'arbre en arbre, la flamme ronge les herbes, la mousse, les ramilles pourries dont le sol est couvert, puis remonte le long des pins, s'alimente par leur suc résineux, et de tout côté éclate comme une fournaise pétillante, haletante, mugissante. Les branches des arbres craquent, se rompent et s'écroulent avec fracas ; de leurs tisons ardents s'échappent des tourbillons d'étincelles qui allument de nouveaux bûchers. Les animaux courent éperdus de côté et d'autre en poussant d'afTreux mugissements; les oiseaux tombent, aveuglés par la lueur de l'incendie ou suffoqués par la fumée. La terre est comme un bra-sier, et le ciel, vers lequel, du haut des sapins gigantesques , la flamme darde ses langues rouges, le ciel et l'horizon paraissent en feu.

« — Courons à la rivière , » dit le setller en se dirigeant rapidement vers un ravin. M. Fallerans le suit, portant son fils sur un de ses bras et de l'autre soutenant sa femme éplorée. Chacun de nous aurait voulu lui venir en aide , se charger de son enfant; mais il le tenait étroitement serré sur sa poitrine , et ne voulait le confier à personne. Par bonheur, le ravin

rocailleux et dépouillé en grande partie de toute végétation nous offrait un salutaire passage; mais de l'autre côté de la rivière s'élevait une épaisse forêt sur laquelle flottaient et s'abattaient déjà les flammèches de la forêt incendiée.

« En voyant mes compagnons délier le canot et s'y jeter précipitamment avec M. Fallerans et avec le settler, je compris à quel danger ils allaient s'exposer, j'essayai de les en détourner : je conjurai M. Fallerans et sa femme de me suivre , leur promettant , par tout ce que j'avais de plus cher, de les sauver. Mes repré* sentations , mes prières furent inutiles. Ils persistèrent à s'embarquer pour traverser la rivière, et si rapide que fût leur manœuvre , le feu qui les poursuivait était plus rapide encore : ils fuyaient un incendie , et un autre incendie s'allumait sur le sol où ils allaient chercher un re« fugel Hélas! je ne les ai jamais revus. C'étaient de braves gens. Au moins je puis dire que j'ai fait tout ce qui dépendait de moi pour les sauver.

^ Je connaissais , à quelques centaines de pas du point où nous avions débarqué, un endroit où la rivière, encaissée entre ses bords, n'avait guère que trois à quatre pieds de profondeur; ce fut là que je me retirai; de là je voyais les tourbillons de feu et de fumée voler sur ma tête. Quelquefois des charbons ardents se répandaient autour de moi et s'éteignaient dans l'eau en sifflant; quelquefois de lourds

tisons étaient emportés de mon côté par le vent, je me plongeais alors dans la rivière « et j'at* tendais qu'ils fussent tombés. Je restai ainsi plusieurs heures , toujours en éveil « et si je ne pouvais m*asseoir dans mon gîte aquatique, je vous réponds que du moins je n'y avais pas froid : Tair était embrasé. Enfin , peu à peu la fureur de Tincendie s'apaisa; je sortis de ma retraite , et j'aurais bien voulu connaître le sort de mes compagnons, mais je ne pouvais me mettre à leur recherche à travers cette forêt où tout était encore en combustion, où la terre fumait comme une chaudière, et j^étais seul et sans provisions , sans armes , presque sans vêtements dans ce lieu effroyable. Sous peine d'y périr de faim , il fallait pourtant en sortir. Je m'en allai le long du bord de la rivière, du côté du lac Nipissing, espérant que sainte Anne me protégerait; elle n'y a pas manqué. C'est vrai que la bonne sainte aurait pu m'envoyor son secours plus tôt; car j'ai marché plus de trois jours sans un seul brin de nourriture ; cela m'a paru terriblement long; mais j'espère par là avoir expié plus d'un péché. Enfin, Monsieur, vers la fin du troisième jour, j'aperçus un canot qui descendait la rivière. Justement le P. llumbert était dans ce canot : vous le connaissez , et vous pouvez vous figurer comme il se hA,la de me donner tout ce qu'il avait de meilleur; ensuite je lui racontai la catastrophe il laquelle

62 RÉCITS AMËRIGAINS

j'avais échappé. Nous allâmes ensemble dans la forèl ; nous trouvâmes les cadavres calcinés de tous ces malheureux qui n'avaient pas voulu écouler mes conseils. Le P. Humbert récita roffice des morts , et nous les ensevelîmes.

ce C'est une consolation, au moins, de penser qu'ils ont été enterrés comme des chrétiens, d

!Dri;iil( dg le lejolidn.

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