‹ Récits champêtres: Le secret de Marquerite. La moissonneuse. Les vanniersChapitre 11 sur 17 · TOUS · texte numérisé non relu

TOUS

Xavier parut voaloir se i écrier, comme jugeant Texpression peut-être un peu vive.

« Oui, je maintiens la parole, reprit vivement Jean-Marie, une peste, une vraie peste. »

Le vieillard fit, en haussant légèrement les épaules, certaine moue de passive condescendence •

« Et, continua le jeune homme qui s'animait par degrés, vous ne devez avoir d'autre souci que devons en débarrasser. Le moulin Coudret, cette vieille maison de famille, est bien à vous n'est-ce pas ?

— Mais I fit, en se redressant Xavier, qui ne pouvait en vain entendre évoquer le titre dont il était glorieux.

— Fit partant vous devez y être maître, entièrement maître.

— Mais I...

— C'est pourquoi I . ..

Jean-Marie, un doigt posé sur son front, s'interrompit tout à coup, puis mettant une main sur l'épaule dr. vieillard.

« Ça voyons, père Coudret, reprit-il, vous me croyez un honnête homme ?

— Sûrement, repartit Xavier, qui n'articula pas cette assertion sans paraître se demander, avec une certaine inquiétude, quelles devaient en être les conséquences.

— Et n'est-ce pas ? vous avez confiance en moi ?

— Sûrement, répéta Xavier, d'un ton dont Jean- Marie ne saisit pas ou ne voulut pas saisir le caractère quelque peu restrictif, car il s'écria : « Eh bien I laissez-moi faire I y»

Et il sembla vouloir s'éloigner.

Mais Xavier le retint :

« Faire quoi? demanda-t-il, à la grande surprise de Jean-Marie, qui semblait trouver singulièrement inoppoitune cette velléité de contrôle , vous comprenez, j'aimerais assez à savoir...

— Savoir, savoir I fit Jean-Marie d'un accent maussade. Gomment voulez-vous savoir ce que je ne sais pas moi-même. Quand je dis: « laissez-moi faire, » je veux dire : <c laissez-moi réfléchir, laissez-moi penser. 3> Ga demande réflexion.

— Ah I bon I »

Et Xavier le lâcha.

« En tout cas, reprit Jean-Marie, qui mettait peutêtre dans ces mots une pointe d'ironie, croyez-vous donc que je voudrais faire quelque chose sans me conseiller à vous auparavan t ?

— Non, pas le moins du monde, répliqua Xavier , d'un ton qui , pour être encore affecté de bonhomie , devait laisser entendre à l'important qu'il n'était pas comptable qu'à lui-même de ses faits et gestes au moulin Goudret. »

Xavier parut à son tour vouloir s'éloigner , mais à

son tour Jean-Marie le retint , qui sans donte ne jugeait pas inutile de chercher à reconquérir séance le* nante le peu d'avantage qu'il sentait avoir perdu.

« Vous comprenez bien , père Coudret , reprit-il avec une courtoise familiarité, il ne s'agit pas là d'une niaiserie. Si avisé qu'on soit, encore faut-il le temps de bien voir l'afEaire par tous ses côtés, pour ne pas broncher au préknier pas, et risquer de tout gâter. Mais soyez tranquille, nous avons finesse et sagesse, b

Et Jean-Marie se grandissait.

€ Bien I »flt Xavier, sans le moindre enthousiasme.

Jean-Marie continua, en redoublant de mines importantes.

€ Ce qu'il faut trouver, mon Dieu, ça peut être bien simple, comme ça peut être aussi bien difficile : c'est le moyen honnête de faire valoir ici votre volonté contre celle de cet homme; le moyen de lui donner son sac sans qu'il regimbe. Vous comprenez.

— Oui, » repartit froidement Xavier.

Et Jean-Marie s'exhaussant encore :

« Oh mais I ne soyez pas en peine, ce moyen nous le trouverons^ vous n'en doutez pas ?

—-Non.

— Voyez -vous I c'est la présence de cet homme qui fait empêchement à tout. Une fois le moyen trouvé, nous l'employons, ou bien vous l'employez. L'homme a son sac. Il part. Le voilà parti. La petite boude un

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peu d'abord ; il faut bien s'y attendre. Mais c'est l'affaire de quelques jours. Ça se passe bientôt; je ne lui donne pas une semaine pour qu'elle ne pense plus à rien, vu que vous ne restez pas tout ce temps-là sans la prendre par les sentiments : et du moment que l'autre n'est plus là pour la commander à sa façon , pour empêcher à la sourdine l'effet de vos sages propos , elle fait alors attention à ce que vous dites , les bons sentiments la gagnent tout naturellement; ça va comme sur des roulettes ; enfin, vous comprenez.

— Oui, fit Xavier tranquillement.

— Et alors..., reprit avec quelque hésitation Jean- Marie , dont la verve commençait à se ressentir du froid persistant de son auditeur.

— Alors? demanda Xavier avec un glacial intérêt et comme pour la forme.

— Alors, ce qui arrive, vous le voyez d'ici. Vous laissez passer quelques jours, pour que tout ça n'ait pas l'air d'un coup monté entre nous. Au bout de ces quelques jours, vous me faites signe ; je trouve encore un motif pour revenir au moulin. Le vieux galant n'étant plus là, la petite n'a plus l'aversion des jeunes. De sa dernière conversion, on s'en charge, du moment qu'on peut l'aborder. On n'a pas sa langue ni son esprit dans sa poche , ça n'est plus qu'une affaire de pourparlers. Bref, elle dit oui ; vous ne dites pas non. On convient du jour, les bans se pubhent, le jour ar-

rive; on va par-devant M. le maire et par-devant M. le curé, et enfin vous voilà au comble : vous avez un gendre. N'est-ce pas ainsi que les choses doivent aller et qu'elles iront ? Hein I papa Cioudret , n'est-ce pas bien rangé tout ça ? »

Et Jean-Marie, qui s'était fort démené, qui riait à petit bruit, tapotait du plat de la main sur l'abdomen quelque peu rebondi du vieillard.

« Parfaitement, repartit Xavier, toujours aussi impassible.

• - Maintenant, reprit Jean-Marie, les deux mains dans les goussets de son gilet, le front baissé, l'œil en dessous, maintenant je vais penser.

— Oui, c'est ça, dit le vieillard, pensez ; maïs qu'il soit bien entendu au moins que vous ne ferez rien, ni aujourd'hui , ni plus tard, sans que j'en sois prévenu.

— Soyez donc tranquille ! soyez donc tranquille I

— Oh I je suis bien tranquille I » dit Xavier, qui aurait pu se dispenser d'énoncer cette affirmation.

Et il regagna le moulin , laissant Jean-Marie libre de penser en plein air tout à son aise.

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