‹ Récits champêtres: Le secret de Marquerite. La moissonneuse. Les vanniersChapitre 15 sur 17 · RETRAITE ET DÉFECTION · texte numérisé non relu

RETRAITE ET DÉFECTION

Quelquesinstanlsplus tardrentrait Xavier, affectant de renouer sa cravate et de reboulonner son gilet ; puis

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Margaerite, pais Etienne, qni attendit que la soupe fut servie, en regainlant Marguerite à la dérobée, puis Luc, qui alla s'asseoir à sa place ordinaire. Et bientôt la soupière, posée fumante au milieu de la table, eut mis face à face tous les hôtes du moulin.

A peine les cuillers se plongeaient-elles dans les assiettes que déjà Jean-Marie parut vouloir engager le partie. Ildébula par l'insignifiant commentaire de quelque futile incident, mais ses périodes étaient évidemment travaillées, combinées pour atteindre indirectement à un but déterminé.

Toutefois, Xavier semblait être seul à s'apercevoir de ces efforts : de temps en temps il jetait un regard inquiet sur Luc, qui ne paraissait accorder aucune attention au babil de Jean-Marie.

Enfin, Jean-Marie, ne tarda pas d'arriver par des circonlocutions sur un terrain plus solide, où il put se mouvoir plus à Taise II mit en cause les divers caractères qu'on rencontre dans le monde, depuis les plus gais jusqu'aux plus tristes, depuis les parleurs opiniâtres jusqu'aux gens qui semblent avoir perda le don de la parole. Il remarqua, chemin faisant, que les plus diserts sont souvent ceux qui pensent le moins, tandis que certains, qu'on n'entend presque jamais, ruminent parfois de profondes pensées... « car, voyez- vous, les sournois.. .

Les regards que Xavier jetadt sur Luc devenaient

dé plus en plus fréquents et inquiets; déjà Luc avait fait à Jean-Marie, à la grande satisfaction de celui-ci, rhonneur d'un oblique coup d'œil, et Marguerite avait paru s'alarmer.

« Oui, voyez-vous, les sournois..., » reprit Jean- Marie, dont le front commençait à rayonner.

Mais la trémie sonna.

Luc, laissant son assiette n moitié pleine, se leva aussitôt et sortit automaliquement. Un voile de déception parut s'étendre sur le visage de Jean-Marie. Xavier sembla secouer un fardeau qui pesait sur sa télé,

Jean-Marie n'acheva pas sa phrase. Le silence s'établit, dont Marguerite ne farda pas à profiter.

A son tour, elle se prit à battre les buissons pour faire lever le lièvre qu'elle comptait poursuivre. Le lièvre levé, elle le mena assez lestement, assez habilement. La question mariage, pleinement abordée, est sur le tapis. Xavier regarde, tout étonné, sa petite-flUe, en cherchant à s'expliquer l'audace insolite dont elle fait preuve, en abordant d'elle-même un sujet qu'elle a toujours eu le soin d'éluder.

Il n'a toutefois aucunement l'air fâché de cette initiative; il semble au contraire, prêter une attention particulière à ce qu'elle dit; et même il donne volontiers la réplique, que d'ailleurs Marguerite provoque. Car, après tout, le voilà revenu sur le terrain

OÙ il a encore besoin de se trouver. A part Tavisement fâcheux de Jean-Marie, qu'il espère réussir à éliminer, la question reste encore à résoudre, et il faudra bien qu'elle serésolve. Il ne peut doncs'éclairer de trop de lumières; il doit surtout ne pas manquer d'accueillir celle que Marguerite semble vouloir apporter elle-même^

Jean-Marie est comme oublié, qui du reste parait uniquement occupé de guetter le retour de Luc.

Marguerite continue, et Xavier se prête avec d'autant plus d'abandon à la discussion que la question se trouve très-primitivement posée. Marguerite a mis en présence ces deux principes de l'opportunité généralement reconnue du mariage, et des craintes qu'il peut inspirer.

« Âh I les craintes, les craintes ! s'est écrié le bonhomme, vas-tu encore, par hasard, nous parler de la Claire Pirot, ta sœur de lait, d'abord très-heureuse dans un mariage |bien assorti, puis tout d'un coup veuve, et tout d'un coup infirme pour le reste de ses jours, et sans ressources avec un enfant à élever ? Encore une fois, est-ce que vos conditions se peuvent comparer ? D'ailleurs il y a peut-êti« une chance sur cent mille; la pauvre Glaire a tiré tout juste le mauvais numéro. S'en suit-il que tu doives le tirer aussi I D

Alors Marguerite, d'une voix qui n'a peut-être pas toute l'assurance possible :

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« Eh bien I grand-père, demandez Tavis d'Etienne, ^il veut cette fois faire connaître le fond de sa pensée, »

Et elle attendit, non sans une visible anxiété, que le jeune homme se fit entendre.

Mnis Etienne, dont la voix était empreinte d'une sourde et presque douloureuse sonorité.

« J'ai regret, grand regret de vous désobéir, demoiselle, dil-il . Non je ne peux pas. Voyez-vous, il y a des parties dont l'enjeu pourrait coûter trop cher, et que, pour ça, on évite déjouer. Oui, j'ai regret... mais je ne peux pas. »

Et comme le regard de la jeune fille était venu sur lui, il répliqua, en accompagnant ses paroles d'nn regard profondément suppliant:

« Non, je ne peux pas. »

Alors Marguerite, levant les épaules, et laissant voir un sourire de pitié, qui cependant ne pouvait rien avoir de blessant :

« Allons, fit-elle avec un soupir, ce sera pour une autre fois I

— Que diable a-t-il à nous parler de partie, d'enjeu? demanda Xavier. Qu'est-ce qu'il veut dire ?

— Je ne sais pas, grand-père. »

Et ellQ tomba dans le silence, à l'exemple de Jean- Mftfl^i Qui guettait toujours attentivement, exclusivement, la rentré^ de Luc. .

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