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Mais tout à coup, la porte communiquant avec l'intérieur du moulin s'ouvrit, et Luc parut, qui s'arrêta un instant sur le seuil, pour passer sur ses yeux le dos de sa grosse main .
Jamais contraste plus grand qu'entre l'expression du visage de Jean-Marie et l'expression du visage de Xavier en ce moment.
« Ab I le voilà donc enûn I » semblait s'écrier le fi*ont rayonnant du jeune bomme.
« Diable I diable! » semblait murmurer la moue piteuse du vieillard.
Et tous deux tenaient leur regard arrêté sur l'arrivant.
Bientôt celui-ci, marchant droit à Marguerite; mais, s adressant à Xavier d'une voiii étrangement itérée {
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c Oui, tant pis ! je reviens. Vous fâcherez, si vous voulez; m'aviez défendu, mais pouvais plus rester là-bas, sachant la chose; 'me tardait de la voir, me tardait de Tembrasserl »
Arrivé près de Marguerite, des deux bras passés sous ses bras, il l'avait soulevée jusqu'àlui; et ses grosses lèvres faisaient bruire de longs, d'étroits baisers sur le front, sur les joues de la jeune fille, qui ne semblait pas la moins étonnée de cette singulière manifesta • tion, mais qui, cependant ne témoignait sa surprise que par un sourire de confusion.
Xavier, après avoir vivement remonté son bonnet sur le haut de son front, regardait ébahi, les deux mains posées au bord de la table.
Jean-Marie faisait entendre une sorte de petit ricanement, dont il ne s'expliquait pas bien peut-être lui-même le motif, et Etienne considérait cette scène avec une vive curiosité.
Jamais peut-être Xavier, Etienne, ni Marguerite elle-même n'avaient entendu autant de paroles se succéder sur les lèvres de Luc. Dieu sait donc si leur étonnement dut redoubler quand il reprît, s'adressant toujours au vieillard, mais cette fois avec un dédaigneux haussement d'épaules :
a fleii ! c'était moi qui l'empêchait de se marier... mes propos ? Si n'étais pas là I . . . Fallait m'en aller, pioij — oui, avez dit ça, vous, avez pensé ça, vou^J
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— moi, la quitter I Elle I belle mignonne !... Heu 1 »
Et il l'embrassait encore.
« A présent, continua- t-il, elle se mariera tant que vous voudrez. Oui. Âh ! ah I savait bien ce qu'elle faisait. Âh I ne disait rien à personne, pas même à son vieux Luc.
Marguerite se prit alors à le regarder très-attentivement.
« Oui, n'est-ce pas ? lui dit-il, te marieras à présent ? pour faire plaisir à grand-père, quand se trouvera bon épouseur. Plus d'empêchement à présent.
i On put voir en ce moment Marguerite rougir et baisser les yeux.
« Allons, allons, reprit Luc, se redressant comme pour donner à la jeune fille l'exemple de la fierté, pas rougir, pas baisser lés yeux. Non, faut pas.
noni »
Mais elle ne semblait pas moins embarrassée.
« Ah! jesavaisr bienque c'était toi! fit-il encore en lacontemplanfd'unœil animé, je disais bien, moi, à la mère Pirot : « Vous ne vous trompez-pas. Bon cœur, bon cœur, cœur d'ange ! Belle mignonne ! »
Et ses baisers de tomber encore sur le front de Marguerite, qui ne s'enhardissait pas pour cela.
« Mais enfin, s'écria Xavier en se levant, nous expliqueras- tu ?. . . »
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Alors Luc, le regardant :
<r Ah I cest VI ai I faut expliquer. Pouvez pas comprendre encore, vous ; c^est vrai, oui. Eh bien, j'explique. Pourquoi ne se mariait pas, elle ? Parce que n'avait pas vingt et un ans sonnés, parcequen'était pas maîtresse de son bien, pour en faire au gré de son cœur. Avant-hier vingt et un ans sonnés, a été au bourg avec vous, chez le notaire. Aujourd'hui le notaire venu chez Qaire, — pauvre femme, malade, un enfant à élever, en misère. — Notaire a dit : « Voilà, l'enfant est riche d'une somme, dont la rente est à la mère toujours,... quatre cents francs de rente. » Alors Glaire, alors la mère Pirot : « De qui donc ? Ciommeutdonc ? » Notaire a dit : « Un secret, ne peux pas dire. » Puis tourné les talons. Alors mère Pirot venue ici, à présent est là*bas encore, pour parler à moi, pour savoir, pleurant... « Il n'y a qu'elle, que Marguerite ; mais faut pas, voulons pas, nous I Brave fille, bonne fille I Mais reprenne son argent; faut lui dire, Luc, faut lui dire. » Alois Luc est rentré ici. M'aviez défendu : n'importe 1 venu pour embrasser belle mignonne, moi. »
Et Luc ne disait encore rien qu'il ne fit.
« Mais, bulbutia Marguerite, ce n'est pas...
— Tais-toi I interrompit fièrement Luc, pas dire non I C'est toi, oui ! »
^vier semblait méditer profondément.
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Jean-Marie avait Fair de chercher vainement à comprendre .
Etienne, accoudé des deux bras, le menton sur ses mains croisées, pâle, immobile, paraissait en contemplation devant Marguerite.
a Avez compris, comprenez à présent ? reprit Luc.
— Oui, je crois, repartit Xavier : elle a attendu d*étre maîtresse de son bien. Sortie de chez le notaire avec moi, avant-hier, elle y est retournée toute seule; elle Fa chargé de placer une somme sur la tête da petit, avec la rente laissée à la mère. »
— Oui, voilà I fit Luc. Belle mignonne I
— Mais, sapristi, fillette, s'écria Xavier, quatre cents francs de rente, y as-tu songé? ça fait au principal huit mille francs.
— Hein ! comment, huit mille francs, répéta, en bondissant sur lui-même, Jean -Marie, qui seulement alors parut avoir compris, et qui resta debout, les yeux clignotants, une main étendue, — huit mille francs, mais ça fait tout juste la moitié de sa...
Marguerite Tempécha bien d'en dire davantage. Jusque-là elle était demeurée comme perdue dans une sorte de naïve, d'humble confusion, mais, sur ces paroles de Jean-Marie, elle se redressa tout à coup, et, faisant toutefois comme s'il n'eût pas été de sa dignité de les avoir entendues ;