XIJ PREFACE
S'il dit ailleurs que le conteur s'adresse à la multitude, que son livre est fait pour le peuple, et que d'humbles proverbes le font descendre au niveau de la foule ', il ne faut pas prendre ces expressions à la lettre, mais en chercher l'interprétation dans le passage que je viens de citer. Je serais même d'avis qu'il faut plutôt s'élever au-dessus de la bourgeoisie pour trouver les auditeurs habituels du ménestrel de Reims, parce que c'était dans les châteaux qu'il pouvait espérer, avec les applaudissements les plus flatteurs, les récompenses les plus généreuses. Mais ce qui me paraît le plus probable c'est qu'il ne se bornait pas à une seule classe d'auditeurs, et que se plaçant tour à tour devant un public différent, il réglait suivant les circonstances le choix et l'étendue de ses lectures.
Sans rechercher devant quel genre d'auditoire il a pu débiter son récit des troubles de Milan et de la discorde entre la cour de Rome et Frédéric II (§ 21 4 à 2421), je dirai qu'il semble avoir pris à tâche de discréditer, à force d'erreurs et d'invraisemblances, tout ce qu'il dit contre l'avarice du pape et des cardinaux. Au lieu d'une accusation sérieuse qui pût obtenir quelque créance auprès des contemporains, je ne vois là qu'une bouffonnerie destinée à égayer leur malice. Quoi qu'il en soit, on en doit conclure que la liberté pouvait être impunément poussée jusqu'à la licence contre les personnages les plus sacrés, et qu'un ménestrel ne craignait pas, même sous le règne de