SUR LA PRESENTE EDITION
Que la thèse soutenue dans la préface de ce volume soit ou non admise, je dois expliquer ce que j'ai fait pour ramener à son état primitif un texte qui avait subi de nombreuses altérations. Je puis m'exprimer sur ce point avec d'autant plus de liberté que je ne me propose pas de faire valoir mon travail aux dépens de celui des premiers éditeurs , mais de comparer les manuscrits défectueux qu'ils ont eus à leur disposition avec des manuscrits plus sincères dont ils ignoraient l'existence.
Les six manuscrits auxquels cette notice est consacrée se divisent en deux familles. Je désigne par la lettre A le manuscrit additionnel 11753 du British Muséum, dont je dois une excellente copie à M. Julien Havet; par la lettre B, un manuscrit de la bibliothèque de Rouen, dont M. Paul Meyer m'a signalé l'existence; par la lettre C, le manuscrit français 10149 de la Bibliothèque nationale, qui n'est que du xvi*^ siècle, mais qui appartient, comme les deux autres, à la première famille. Il a été acquis par Sainte-Palaye, en même temps que le manuscrit de Lucques où se trouve le Joinville rajeuni à l'usage d'Antoinette de Bourbon ; comme il est de même format, de même disposition, écrit de la même
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main, et qu'il renferme aussi un texte du moyen-âge rajeuni au temps de la renaissance, tout porte à croire qu'il fut exécuté à l'usage de la même princesse, d'après un original qui s'était conservé à côté de Y Histoire de saint Louis dans la librairie du château de Joinville.
La seconde famille comprend aussi trois manuscrits, celui de Bruxelles, que je désigne par la lettre D, et qui a fourni le texte publié par M. de Smet sous le titre supposé de Chronique de Flandres et des croisades ^ ; le manuscrit 24430 du fonds français (autrefois 454 du fonds de Sorbonne), le seul qu'ait employé M. Louis Paris, et qui est désigné par la lettre E ; enfin, le manuscrit F qui porte le numéro additionnel 7103 du British Muséum, et dont il existe une copie à la Bibliothèque nationale sous le n° 13566 du fonds français. Cette copie, accompagnée des principales variantes du manuscrit A, fut exécutée, vers 1863, par M. Blancard, archiviste des Bouches-du-Rhône, et consultée pour l'édition d'un fragment contenu dans le vingt-deuxième volume du Recueil des historiens de France.
Comme il eut été fort difficile, sinon impraticable, de renvoyer aux pages de six manuscrits différents, je cite de préférence les numéros de la division en paragraphes que j'ai introduite dans la présente édition , et qu'un tableau de concordance, publié à la fin de cette notice, met en rapport avec les pages de chacun des manuscrits.
J'entre maintenant en matière et, me réservant de faire connaître plus tard les caractères essentiels qui sont communs aux trois manuscrits de la seconde famille, je commencerai par montrer comment on peut les distinguer entre eux. Il me suffira pour cela de signaler une différence acces-
1. Recueil des chroniques de Flandre, t. IIL Je ne connais le manuscrit D que par l'édition belge; mais, comme elle n'a pas d'autre source, j'ai pu la citer avec confiance comme un équivaleut suflisamraent exact du manuscrit d'où elle dérive.