‹ Récits d'un ménestrel de Reims au treizième siècleChapitre 18 sur 175 · NOTICE. XXV · texte numérisé non relu

NOTICE. XXV

son beau-frère, c'était obéir à la même pensée qui, après avoir fait supprimer l'apologue de la chèvre et du loup, s'inquiétait aussi de modifier les passages défavorables à sa personne ou à sa cause. C'est par la même raison qu'à l'occasion d'une expédition de Guillaume de Hollande, restée sans résultat, les manuscrits D E F se contentent de dire *c et s'en râla ainsi comme il vint, ^ sans ajouter avec A B G « à moins d'avoir et à plus de honte (§ 428) . »

On voit que les manuscrits de la seconde famille contiennent, dans tous les passages qui viennent d'être cités, un texte profondément altéré; mais ces altérations mêmes fournissent de nouvelles preuves à l'appui de l'opinion de M. Victor Le Clerc sur la profession de l'auteur. Si le blâme n'est pas ménagé dans certains passages relatifs aux fils de Bouchard d'Avesnes et à Richard Cœur de Lion, c'est parce que cette première rédaction était destinée à des auditeurs qui n'avaient pas grande sympathie pour la cause ou la mémoire de ces personnages. Mais le ménestrel qui allait exercer son art en Angleterre, pour y recueillir des applaudissements et des cadeaux, savait bien qu'il fallait traiter avec quelque ménagement la mémoire de Richard Cœur de Lion, et que s'il n'était pas possible de dissimuler ses fautes, il fallait au moins lui accorder à sa mort des regrets et une sorte d'oraison funèbre. A plus forte raison, quand il s'agissait de parcourir le Hainaut, fallait-il renoncer au charmant apologue du loup et de la chèvre où Jean d'Avesnes joue un si triste rôle, et transformer toute cette partie du récit en efi'açant avec soin tout ce qui ressentait l'ironie et l'animosité. Sans prétendre que le même ménestrel se chargeât tour à tour de débiter ces rédactions contradictoires, je dis que de telles variantes s'expliquent naturellement quand on admet avec M. A^ictor Le Clerc qu'elles étaient destinées, non à des lecteurs isolés, mais à des auditoires qui n'avaient ni la même patrie ni les mêmes opinions.

Si la seconde famille des manuscrits se distingue nette-

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