XXVJ NOTICE
ment de la première par un certain nombre de changements qui ont été introduits volontairement dans le texte original pour en altérer le sens, elle en diffère aussi par d'autres fautes qu'on doit imputer à la négligence des copistes. Il a été nécessaire d'entrer dans le détail pour montrer par quelle combinaison d'additions et de suppressions l'esprit de la rédaction primitive a été modifié, d'une manière sensible, dans un certain nombre de passages; quant aux erreurs involontaires, je me contenterai d'en signaler un petit nombre d'exemples, et je renverrai pour de plus amples renseignements au travail que j'ai publié dans le Recueil des notices et extraits des manuscrits^. Je dois d'ailleurs avertir le lecteur qu'il trouverait au besoin les indications les plus complètes dans les notes de la présente édition , où je me suis attaché à relever toutes les variantes de quelque importance.
Parmi les fautes qui échappent involontairement aux copistes il n'en est pas de plus ordinaires et en même temps de plus graves que les omissions. Il y en a deux qui méritent d'être signalées comme ayant entraîné chacune un contresens grossier dans les manuscrits de la seconde famille. On en trouvera un exemple, dès le début du livre, où le doge de Venise aveugle , c'est-à-dire Henri Dandolo , est mentionné comme ayant opéré la prise d'Acre, et non celle de Constantinople (§1). Pour corriger cette erreur il faut recourir aux manuscrits de la première famiUe. Par suite d'une autre distraction, le roi Louis VIII, au lieu d'être enterré richement près de son père dans la nef de Saint-Denis, n'obtient qu'une sépulture vulgaire dans le cimetière commun (§ 335) . Il suffit de comparer la leçon mutilée de la seconde famiUe avec la leçon complète de la première pour reconnaître que la cause évidente de cette lacune est la répétition d'un mot qui se représente à intervalle dans le texte : un copiste aura
l. Tome XXIV, 2» partie, p. 289.
NOTICE. XXvij
par mégarde confondu le premier participe enfouiz qui précède richeynent avec le second qui précède en la cimetière. Or, il n'est pas douteux que de tels bourdons ne soient la cause la plus fréquente de l'altération des textes S à ce point que le manuscrit B, à lui seul, en contient plus de vingt. Il est donc certain qu'un texte pour lequel on est réduit à un seul manuscrit ou même à des manuscrits appartenant à une seule famille peut contenir un assez grand nombre d'erreurs auxquelles il est à peu près impossible de remédier, parce qu'il est bien rare qu'on puisse combler avec c[uelque probabilité des lacunes du genre de celle que je viens de citer.
Mais c'est principalement lorsqu'il faut choisir entre des variantes qui semblent avoir la même valeur, qu'il importe d'avoir pu préalablement classer les manuscrits par famille, et en déterminer ainsi l'autorité relative. Si l'on n'est pas embarrassé pour rejeter des leçons évidemment altérées telles que Bierlegnie, Berliguin et Bierleginen (§ 361), ou Lerinon ou Lorinon (§ 363) par lesquelles les manuscrits de la seconde famille désignent Bellême etLusignan, on n'a pas de motif pour condamner celles de Vicoigne (^ 315) et de Saint-Quentin (§ 426) , sinon qu'elles sont en désaccord avec d'autres leçons dont l'avantage unique ou principal est d'appartenir aux manuscrits habituellement plus sincères de la première famille. Voilà pourquoi j'ai maintenu au paragraphe 428 la leçon Danois et Danemarche , quoiqu'il s'agisse effectivement de la Frise. Mais je considère cette correction fournie par les manuscrits de la seconde
l. J'ai indiqué une lacune analogue qui a été causée par la répétition des mots le conte Renaut (§ 285 et 286). Là c'est dans les manuscrits de la première famille et dans le manuscrit D que le sens est altéré par l'omission de plusieurs lignes: et c'est le manuscrit E, ordinairement assez défectueux, qui permet de rétablir la leçon du texte original.
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famille comme altérant le texte original, parce qu'elle en fait disparaître une erreur qu'il faut attribuer à l'ignorance de l'auteur plutôt qu'à une faute de copie.
Que l'auteur ait voulu ou non parler du Danemarck, on est bien sûr qu'il n'a pu le qualifier d'anieiis (autrement dit d'ennuyeux) ; une telle leçon devrait donc être rejetèe sans hésitation quand même elle ne serait pas fournie par les manuscrits de la seconde famille. La leçon du manuscrit A iaicex ou son équivalent iaiceus, dérivée du latin aquosus, permet de supposer qaanieus a été lu par erreur au lieu à'aii'eus, qu'on dériverait aussi d'aquosus en le traduisant comme iaioeus par marécageux. Mais il y a dans les manuscrits de la seconde famille des variantes qui offrent un sens acceptable, et qu'il faut cependant rejeter parce qu'elles sont en désaccord avec le texte de la preniière famille. Il semble à première vue qu'on est en présence d'un passage tout à fait sincère quand on lit dans D E F que Frédéric II « tenoit lx femmes ou plus en son ostel « (§ 241). » En cet endroit, B a sohtentaigne eiC son notaige; mais ces leçons, tout inintelligibles qu'elles sont, ramènent à celle de A, qui est la véritable [en soingnetage, c'est-à-dire en concubinage). Un peu plus loin, le Ménestrel, racontant que Jean sans Terre fit noyer son neveu Arthur, dit dans un langage un peu trop familier qu'il le jeta aux maquereaux (§ 245) : « et le rua enz à maqarias « (A), aus maqueriaux (B). » Le mot maquereau, mal lu ou mal compris, a disparu de DEF : « le rua dedens (E), le « rue en mer (D F). » Au paragraphe 315, il est question du faux Baudouin que l'on mit « en un abitacle comme « renduz (A !>) ; » mais les mots en un abitacle comme sont remplacés dans DEF par en abit d'omme. Au paragraphe 428 les mots et bien jjeu appliqués dans A B à un cheval frais, nouveau et bien repu, ont donné lieu à une autre équivoque : ils sont commentés et paraphrasés dans DEF comme s'ils signifiaient que Guillaume de Hollande