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prononcé dans la suite du récit. Au contraire , le manuscrit F, où on lit au même endroit que dans E les mots car bien i revenrons, contient en effet, après le paragraphe 338, le complément que ces mots annoncent au lecteur.
En tenant compte de ces indices, on peut conjecturer que la rédaction de certains manuscrits de la seconde famille a subi, dans les passages relatifs à l'évêque de Beauvais, des modifications successives ; qu'elle est plus ancienne dans D, où les aventures de Milon, évêque de Beauvais, occupent encore la même place que dans ABC; qu'elle est en voie de transformation dans E, qui représente un manuscrit où la transposition n'est encore qu'à l'état de projet ; enfin qu'elle est plus récente dans F où le changement est consommé.
Un passage du paragraphe 141 donne aussi à croire que la rédaction de D est plus ancienne que celle de E F ; car on y retrouve une leçon commune aux trois manuscrits de la première famille, au lieu d'une variante qui se lit dans E F et qui est certainement un remaniement de la rédaction primitive. A propos de la ville de Beirout, où Jean de Brienne fut couronné roi de Jérusalem, on lit dans D comme dans ABC: « Car c'est maintenant li sièges où on couronne « les rois de Jherusalem. » Dans la leçon de E F le couronnement d'un roi de Jérusalem est devenu un souvenir tout à fait ancien : « Car c'estoit adont li lius ù ou coronoit « les rois de Jherusalem. » Ailleurs le Ménestrel parle de la tour de Fîmes qu'on a vainement essayé de détruire en la minant et en l'incendiant (§ 343); la leçon primitive et encore tient (A B C) a été remplacée dans D par un équivalent {et est boine encore) qui ne se retrouve plus dans E F.
Mais il y a des variantes qui fournissent des indications précieuses et sur la date relative des manuscrits et sur celle de la rédaction primitive. La trace de ces modifications existe dans dix paragraphes; on n'en observe aucune dans A; mais on en trouve environ la moitié dans B et D, la presque totalité dans C et E, la totalité dans F. De la com-
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paraison de ces variantes il résulte, d'une part que la rédaction du texte remonte très-probablement à l'an 1260, de l'autre qiie, le manuscrit A excepté, tous les autres ont été copiés au plus tôt en 1295.
Les leçons du manuscrit A, qui ont échappé à tous ces changements, sont naturellement celles qui peuvent fournir les indications les plus exactes sur la date de la rédaction primitive. Il est certain d'abord que l'auteur écrivait avant 1286, date de la mort de Jean I'-''', comte de Bretagne, puisqu'en parlant du mariage de ce comte avec Blanche de Champagne, il ajoute : « Qui ore est cuens de Bretaingne « (§ 353). » Ailleurs il parle de Henri III, roi d'Angleterre, mort en 1272, comme d'un personnage encore vivant : « Père au roi Henri qui ore est (§ 456). » C'est dans les mêmes termes qu'est mentionné Richard son frère, mort en 1271 : « Li cuens Richarz ses frères qui ore est rois d'Ale- « maingne (§ 354). » S'il n'avait pas écrit avant 1270, il n'aurait pas dit en parlant de saint Louis « Qui ore règne « (§ 456) ; » il n'aurait pas non plus affirmé que le surnom de Tristan était encore porté par Jean, comte de Nevers, qu'il désigne à tort sous le nom de Pierre : « Et encore est « il apeleiz Pierres Tristanz (§ 378). » Deux passages différents prouvent qu'il n'a pas connu la mort tragique de Conradin, en 1268 : « Et de ce fil (Conrad) i a un fil qui doit « estre rois de Jherusalem (§ 142) ; — et en ot un fil qui « encore vit, qui deust avoir le roiaume de Jherusalem « (§ 233). » A propos de la prise de Namur par Henri III, comte de Luxembourg, en 1259, il atfirme que la ville depuis lors n'a pas changé de maître : «Et la tient encore (§ 455). » Or Gui de Dampierre attaquait Namur en 1264 et l'année suivante il y entrait en vertu d'un traité par lequel Henri III lui accordait la main de sa fiUe. Le même auteur qui, en parlant de Richard d'Angleterre, le désigne, comme ou vient de le voir, sous le double titre de comte et de roi d'Allemagne (§ 354), ne parle pas du titre de roi de Sicile conféré