XXXIJ NOTICE
en 1263 au frère de Louis IX; il ne connaît ce prince que comme comte d'Anjou : « Et est cuens d'Anjo (§ 314). » Dans le long récit du procès relatif à la garde de l'abbaye de Saint-Remi, récit qui termine l'ouvrage, Thomas de Beaumetz, qui mourut en février 1263, est mentionné comme occupant encore le siège de Reims : « L'archevesque « Thomas qui ore est (§ 467). »
Voilà des indices nombreux et concordants qui prouvent que l'auteur était contemporain de tous les personnages dont je viens de rappeler les noms. Il n'y a plus maintenant qu'un pas à faire pour montrer qu'il écrivait en 1260. J'en trouve la preuve au paragraphe 460 où, en parlant de la douleur profonde qu'éprouvèrent saint Louis et Marguerite de Provence à la mort de leur fils, il ajoute que la reine « estoit « grosse d'enfant, » sans dire pourtant qu'au mois d'août de cette même année elle accoucha de sa dernière fille Agnès. Or le nom de cette princesse est omis ailleurs (§ 355) dans la liste des enfants, au nombre de huit, que la reine a dou roy. La conclusion que je tire du rapprochement de ces deux paragraphes est d'autant plus vraisemblable que la rédaction du manuscrit A ne fait nulle part allusion à aucun fait qui soit postérieur à l'an 1260.
On pourrait objecter que le procès de l'abbé de Saint- Remi contre l'archevêque de Reims durait encore en 1271, et que cependant le texte relate un arrêt qui a donné gain de cause a l'abbé. Mais il s'agit d'un arrêt de 1259, qui statuait provisoirement sur la saisine du droit de garde, sans trancher la question de propriété. Le tort de l'auteur est d'avoir donné à cette décision, qui était au fond contraire à l'archevêque, un caractère définitif qu'elle n'avait pas.
En comparant les termes de cet arrêt* avec les détails contenus dans les paragraphes 468 à 476, on reconnaîtra sans
\. Voy. Archives admin. de la ville de Reims, t. I, p. 790; Olim^ t. 1, p. 45^..
NOTICE. XXXllj
peine que le récit de la chronique est calqué en entier sur ce document. On pourrait objecter encore que le mariage conclu en 1270 entre Marguerite, fille de saint Louis, et Jean I", duc de Brabant, est indiqué dans le passage où il est dit que cette princesse « est donnée au fil du duc de « Brabant (§ 355). » Mais il s'agit dans ce passage d'une promesse de mariage qui remonte à l'an 1257, et qui concernait le frère aîné de Jean P'". Cette promesse ayant été résiliée plus tard d'un commun accord, Marguerite épousa, non un fils du duc de Brabant , mais le duc de Brabant luimême ; car Jean P'' était investi du duché quand le mariage fut célébré. Le même paragraphe fournit d'ailleurs la preuve que les mots cités plus haut ne peuvent s'appliquer à un mariage conclu en 1270, car il mentionne Blanche, sœur de Marguerite, sans ajouter qu'elle était unie à Fernand de Castille, ce qui fut réalisé en 1269 conformément à une promesse contractée dès 1266.
Il me reste à montrer que tous les manuscrits (A excepté) ont été copiés au plus tôt en 1295. C'est dans le paragraphe 355 que je crois en trouver la preuve, à propos du mariage de saint Louis avec Marguerite de Provence. La leçon de A, qui remonte à l'an 1260, est ainsi conçue : « Et sachiez de « voir que celle damoisele que li rois de France prist à famme « ot à non Marguerite, qui moût est bone dame et sage, et « a dou roi huit enfanz. » 11 était naturel que la reine Marguerite fût mentionnée en 1260 comme une personne encore vivante, et que le chroniqueur dît au temps présent : « Cest « une bonne dame qui a du roi huit enfants. » Or, comme ces verbes au temps présent sont remplacés dans les autres manuscrits par les prétérits fu et ot, il en faut conclure que la mort de Marguerite, arrivée en 1295, est la circonstance qui a déterminé l'introduction de ces variantes dans la rédaction primitive.
Toutes les données fournies par la rédaction du manuscrit A sont donc parfaitement concordantes , et permettent