‹ Récits d'un ménestrel de Reims au treizième siècleChapitre 23 sur 175 · XXXIV NOTICE · texte numérisé non relu

XXXIV NOTICE

d'assigner à ce texte la date précise de 1260. Gomme j'étais sûr d'ailleurs qu'il avait été écrit par un habitant de ReimsS je me trouvais en possession des deux éléments à l'aide desquels il est possible de préparer une édition critique. Je me suis donc décidé à renouveler pour le Ménestrel de Reims l'expérience que j'avais tentée pour Joinville. J'expliquerai en peu de mots comment j'ai procédé.

A défaut d'un recueil de chartes originales qui me manquait, j'ai pu étudier les règles de la langue de Reims au treizième siècle dans le registre officiel des Plaids de l'Échevinage, où l'analj^se sommaire des procès portés devant cette juridiction locale, de 1248 à 1299, a été consignée au jour le jour par plusieurs habitants de la ville. J'ai bien vite acquis la conviction que ce registre, par la variété et l'authenticité des écritures, réunissait, aussi bien qu'un recueil de chartes , toutes les conditions nécessaires pour qu'on pût y étudier avec confiance le dialecte propre au temps et au lieu où il a été rédigé. J'ai reconnu en outre que la langue de ce registre offrait une grande conformité avec celles qu'écrivaient les clercs de la chancellerie de Joinville, en sorte que l'autorité des chartes s'en trouve affermie, en même temps qu'elle se communique au registre des Plaids. Enfin j'ai constaté que quelques traces de l'orthographe commune aux clercs de l'Echevinage et à ceux de Joinville se sont conservées dans deux des manuscrits de la première famille. Dans le manuscrit A on trouve, par exemple, queis (§38), treif{%hh), neis (§66), teis (§ 88), deleis (§90), entreis (§ 91), sommeir (§ 469), pour nos mots quel, tref, nef, tel, delez, entrez, sommer. Dans le manuscrit

1. Ce fait me parait trop bien établi par les observations de M. Paulin Paris, pour qu'il y ait lieu d'attacher quelque importance aux nombreuses traces de dialecte picard qui existent dans les manuscrits de la seconde famille : il est naturel qu'un texte si gravement altéré au fond dans cette famille de manuscrits, y ait subi aussi des altérations dans la forme.

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