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soit constaté par de nombreuses leçons que Va tonique latin suivi d'une seule consonne se changeait en ei dans la langue de Reims (ce qui explique pourquoi les infinitifs latins en are s'y changeaient en eir), cependant cette règle était quelquefois négligée, en sorte qu'on pouvait écrire tour à tour tel et ieil, jurer etjureir, etc. Mais comme les formes teil etjureir sont les plus ordinaires, j'ai considéré tel et jurer comme des exceptions dont je ne devais pas tenir compte. En un mot c'est l'orthographe dominante du registre que j'ai introduite dans cette édition et que j'ai tâché d'observer d'une manière uniforme. J'ai eu soin néanmoins de placer entre parenthèses dans le Vocabulaire les variantes que j'ai cru devoir exclure du texte comme étant contraires, soit à la grammaire du temps, soit à l'orthographe dominante du registre. Le lecteur est donc bien averti que l'uniformité d'orthographe qui existe dans l'édition n'est constatée relativement au manuscrit A que pour les leçons inscrites au Vocabulaire sans indication d'aucune variante.
Si le texte du Ménestrel a conservé, comme par hasard, dans les manuscrits A et C un petit nombre de leçons qui le rattachent au dialecte de Reims, on peut dire que dans tous les manuscrits sans exception, malgré les libertés et les négligences des copistes, il ofi"re, à n'en pas douter, la physionomie et les allures d'une prose profondément française. Dans la seconde famille, comme dans la première, il est impossible de ne pas reconnaître une langue souple et gracieuse, qui a brisé toutes les entraves de la phrase latine, et qui se plie sans effort à tous les genres de récits. C'est une raison de plus pour moi de signaler un petit nombre de passages qui me sembleraient avoir pour original un texte latin , non que je les trouve écrits avec moins d'aisance, mais parce qu'il s'y trouve des noms propres altérés par une traduction inexacte.
On lit dans A que des envoyés de Henri Plantagenet trouvèrent Philippe- Auguste à Meleun (§ 17), et dans un autre passage, le manuscrit l) indique Meleun (§ 268) comme le
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lieu où se tenait uu parlement. Mais la leçon Meleun est contredite chaque fois par cinq manuscrits : les variantes du paragraphe 17 sont Monlaon, Monloon, Montlaon et Montleun, en sorte que la première syllabe n'est écrite me que dans A; les variantes du paragraphe 268 sont Monleum, Monloon, Montlaon, Montleun et Montloon, en sorte que D seul donne me pour sA^llabe initiale. C'est donc une leçon isolée contredite une fois sur deux par A D et condamnée par l'accord des autres manuscrits. Du moment où il faut préférer les autres variantes, il n'est pas difficile d'y reconnaître des équivalents de la leçon latine Mons Lauduni, qui a été employée pour désigner la ville de Laon, comme on peut le voir notamment dans Hadrien de Valois (p. 290) , dans la Table des diplômes (tome I) et dans le Recueil des Historiens de France (tome X). Les variantes Monlaon, Monloon, etc., n'ayant pas été comprises, on est arrivé à la mauvaise leçon Meleun.
Le surnom de Colemede (§ 236), attribué par cinq manuscrits à Pierre, archevêque de Rouen, dérive aussi d'une leçon latine dont il représente le calque, et non la traduction : en effet, la forme de Collemedio, qui se rencontre dans les textes latins, n'a pas été faite sur Coleraede, mais Colemede sur Collemedio. Il est vrai qu'on n'est pas bien sur de connaître le véritable surnom de cet archevêque, mais jusqu'à preuve contraire on peut admettre celui de Colmieu qu'on lui attribue généralement. De ce que Colmieu n'est pas représenté exactement par Collemedio, qui répondrait plutôt à Colmi, il faut conclure seulement que la traduction latine de ce nom vulgaire rentre dans la classe nombreuse de celles qui laissent beaucoup à désirer.
Le dernier exemple que j'ai à citer ne peut donner lieu à aucune incertitude : il n'est pas douteux que si le Ménestrel de Reims indique le siège du château de Loche comme celui où Richard Cœur de Lion a été blessé mortellement , cette erreur doit être attribuée à la fausse interprétation d'un
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texte latin. On sait que ce prince a été frappé au siège du château de Chalus, appartenant au vicomte de Limoges, et que les chroniques latines appellent ce lieu castrmn Lucii. C'est donc par une double méprise que le texte du Ménestrel mentionne à ce propos « un chastel qui estoit le roi Phelippe « que on apele Loche (§ 130). » Est-ce au Ménestrel qu'il faut attribuer cette mauvaise traduction, ou est-il coupable seulement de l'avoir acceptée toute faite? c'est un problème plus facile à poser qu'à résoudre.
Au lieu de risquer sur cette question accessoire une conjecture qui ne pourrait être suffisamment justifiée, j'aime mieux montrer en peu de mots que le plan de cette édition est d'accord avec ce que j'ai dit sur la nature de l'ouvrage et sur la valeur inégale des deux familles de manuscrits.
Puisque l'ouvrage n'est pas une chronique, mais un récit où la fiction se mêle sans cesse à la vérité, il faut que le lecteur puisse en goûter le charme sans être interrompu à chaque instant par des notes destinées à rétablir l'exactitude des faits, des noms ou des dates. Tous ces renseignements ont été placés plus convenablement dans le Sommaire cntique qui précède le texte. Ils forment là un ensemble où l'on reconnaît plus facilement le nombre et la gravité des erreurs qu'on peut reprocher au Ménestrel. Cette disposition avait d'ailleurs l'avantage de réserver le bas des pages aux notes qui ont pour objet de recueillir les variantes.
De telles notes devaient être d'autant plus nombreuses que la différence entre les deux familles de manuscrits est plus considérable. Il fallait y signaler les variantes relatives à toute altération de quelque importance qui a été introduite dans le texte, soit volontairement par addition, suppression ou changement de rédaction, soit involontaii^ement par omission ou faute de lecture. Quant aux variantes purement orthographiques, j'ai dit tout à l'heure qu'elles avaient été consignées dans le Vocabulaire.
En résumé, je me suis efibrcé de donner dans cette édition