II. — De Louis le Jeune et delà duchesse Eléonore
S'il n'est pas vrai que Louis le Jeune ait usurpé le trône, il n'est pas vrai non plus qu'il ait attendu son avènement pour épouser, par le conseil de ses barons, la duchesse
SOMMAIRE CRITIQUE. xliij
Eléonore : il venait en effet de conclure ce mariage quand il hérita de son père en 1137. La nouvelle reine était fort riche; mais la légende l'avait rendue plus riche encore qu'elle ne le fut réellement, puisque la Normandie, l'Anjou et la Touraine figurent ici, bien à tort, au nombre de ses domaines (§ 6). C'est aussi contrairement à la vérité qu'elle est accusée d'avoir profité de son séjour en Orient pour nouer une intrigue avec Saladin (7 à 10). Des griefs plus réels ne manquèrent pas à Louis le Jeune quand il se décida en 1152, trois années après son retour de la croisade, à faire prononcer la nullité de son mariage. « C'est un diable, « lui disaient ses barons; eUe vous fera tuer, et d'ailleurs « vous n'avez pas d'enfant d'elle. » Le Ménestrel ignorait donc qu'elle avait donné deux filles à Louis le Jeune (§ 11) ; il ne savait pas non plus le compte des enfants qu'eUe eut de son nouvel époux, Henri Plantagenet : sur huit, il n'en connaissait que trois. Mais ce qu'il n'ignore pas, c'est que ce roi d'Angleterre est celui qui fit occire saint Thomas de Cantorbéry (§12).