X PREFACE
droit qu'il s'arroge d'arranger, d'embellir, de transformer ou de défigurer l'histoire. En un mot ce n'est pas un chroniqueur, c'est un conteur, qui peut avoir des titres à l'indulgence de ses lecteurs, mais qui n'en a aucun à leur confiance.
Je ne dissimulerai pas que cette conclusion n'est pas celle de M. Victor Le Clerc, et que tout en considérant l'auteur comme un trouvère qui débitait ses récits devant des auditeurs, il ne lui a pas refusé le titre de chroniqueur. Non-seulement il blâme ceux qui n'ont vu dans cette œuvre qu'un roman historique', mais il la qualifie de chronique populaire^ ou même d'histoire contemporaine % et va jusqu'à louer le vieux chroniqueur français de nous avoir rendu la narration épique des historiens de l'antiquité ^ Pour me raffermir dans mon opinion j'ai besoin de me rappeler que l'illustre critique s'en rapproche ailleurs quand il reconnaît que ces récits ne sont pas la réalité pure et simple % qu'on y voit se succéder les anecdotes vraies ou fausses « et « peut-être les fausses plutôt que les vraies, car il « suffit à l'étrange historien d'étonner et d'amuser ^ » Au fond je n'ai pas dit autre chose, et je trouve que M. Victor Le Clerc a exprimé mon opinion sur le ménestrel de Reims mieux que je n'y aurais réussi moi-même quand il l'a appelé « un ingénieux conteur « d'histoires''. »