‹ Récits de campagne, publiés par ses fils le comte de Paris et le duc de ChartresChapitre 10 sur 67 · Valet do chambre du duc d'Orléans · texte numérisé non relu

Valet do chambre du duc d'Orléans

2. Ary Schefl'er, le peintre célèbre, ami personnel du duc d'Orléans, qu'il avait suivi comme officier de la garde nationale.

SIEGE DA.NVERS. 43

vent vint les dissiper. Bientôt la diane battit dans les bivouacs des divisions Fabre et Jamin, campées autour de Berchem. Les fanfares, au milieu du silence universel, nous parurent délicieuses. Les tambours hollandais y répondirent bientôt et, quelques instants après le lever du soleil, le feu du jour commença de part et d'autre. Je pus alors m'aper- ^

cevoir du peu de progrès que nous ? j/__

avions fait pendant la . , /^v

nuit et des travaux considérables que l'ennemi availexécutés.

Lesblindagesdétruits avaient été reconstruits, les embrasures entamées avaient été réparées; aussi, de part et d'autre, on se mit à tirer avec une nouvelle vigueur, et en passant dans les tranchées, on entendait la mitraille tomber sur la terre gelée comme la grêle sur des carreaux de vitre; c'était le même bruit.

Néanmoins, nos soldats pouvaient encore a.ssez s'en garantir, lorsque vers neuf heures, au moment où j'allais remettre le commandement au général Castellane, l'ennemi ouvrit sur nous un feu de petits obusiers placés dans le bastion Hernando numéro 1 , qui enfilait deux de nos boyaux en passant par-dessus les fortifications de la ville. L'effet en fui terrible. .Vu moment où j'entrai dans le

LBRCTOIRDE LA TIIA?iCH£E (CROQUIS DU DUC u'Olt L £a\ s; .

boyau le plus exposé, cinq balles de fusil de rempart passèrent à nos oreilles; quatre d'entre elles, plus une bombe, tombèrent presque à nos pieds. Un sergent, deux soldats et deux grenadiers du 80° furent blessés, deux soldats furent tués raide, cinq travailleurs furent atteints par des éclats d'obus; et, au moment où je venais de parler au capitaine du génie Lelièvre, ce brave officier fut renversé par un éclat d'obus qui lui sillonna l'épaule. Pendant

BLESSIIIIF. DU CAPITAINE I.EMÈVRE (CROQUIS DU DlC d'oRLÉANS).

le temps que je suis resté dans ce boyau, il ne s'est pas passé dix secondes sans qu'un obus y tombât. Les sapeurs du génie travaillaient à force à se garantir du feu des obusiers qui vraiment rendaient ce poste intenable.

Cinq minutes après j'avais terminé ma ronde, et je remis le commandement de la tranchée au général Castellane; puis j'allai voir mes blessés à l'ambulance. Quelques-uns étaient déjà morts, d'autres évacués sur l'hôpital d'Anvers. J'assistai au pansement du capitaine Lelièvre; et j'espère que ce brave officier, qui a été blessé tout contre moi, pourra se rétablir. Quant au commandant

Morlet, son cas est bien plus grave, et l'on a peu d'espoir de le sauver. Je ne trouvai plus à l'ambulance que douze de mes blessés, ceux qui avaient été atteints dans la dernière heure. Je leur donnai tout ce que j'avais sur moi et je leur promis ce qu'ils me demandèrent, c'est-à-dire de ne pas retourner au dépôt quand ils seraient guéris. Le pauvre sergent qui venait d'être blessé a dû être amputé. Je l'ai vu à l'instant où l'opération s'achevait, il était aussi bien que possible; il a été, ainsi que tous ses camarades, parfait dans ce qu'il m'a dit. Je m'occupe à rassembler les noms des hommes qui, ayant été blessés pendant mon jour de tranchée, seront hors d'état de continuer leur service militaire. Je vous les recommande très particulièrement, ma chère maman, et j'espère bien leur obtenir une place aux Invalides, surtout à ceux que j'ai vu blesser. Je suis sûr que le Roi ne démentira pas la promesse que j'ai faite à ces braves gens, que s'ils n'étaient pas en état de gagner leur vie on aurait soin d'eux et qu'ils n'auraient pas à craindre pour l'avenir.

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