‹ Récits de campagne, publiés par ses fils le comte de Paris et le duc de ChartresChapitre 27 sur 67 · Grande et réelle bouffonnerie · texte numérisé non relu

Grande et réelle bouffonnerie

plus loin dans son hostililé. Il ne nous attaquera jamais, je crois, mais il finira par nous pousser à bout, si nous ne lui suscitons pas des embarras chez lui, ce qui serait très facile, et ce qui l'occuperait loin de nos lignes. Sans cela, j'ai la conviction qu'un jour ou l'autre, la guerre générale s'allumera, qu'elle sera funeste pour la prospérité naissante de la colonie, et que même les chances militaires de succès seront fort incertaines. Mais j'en dirai plus sur cela une autre fois.

Je désire qu'on prévienne Cambis que je m'occupe avec quelque succès de former ici une ménagerie dont le fonds est déjà de deux jeunes chameaux, un lionceau, deux porcs-épics, deux gazelles, des poules de Carthage, quelques autres oiseaux, des rats à trompe, des gerboises, etc., et un animal qui a valu à un maréchal des logis de spahis une lettre autographe de Geofîroy Saint-Hilaire*. — Je fais aussi couper pour toi du gros raisin de la treille d'Oran, que le fidèle Neigre va emballer avec deux œufs d'autruche dont un taché (grande beauté), et dont j'espère apprendre l'arrivée à bon port à Paris.

En résumé, quoique le maréchal ail négligé Oran qu'il n'a pas vu, et que bien des affaires soient ici en souffrance, cependant tout marche; la ville s'anime, le progrès est manifeste.

Je passe le reste de ma journée à tout voir et à causer avec les knowing ones'\ Ce qui me frappe le plus, c'est l'établissement

{. Tout le monde sait aiijoiuiriuii que le ral à trompe n'a jamais existé; c'était une invention des soldats do l'armée d'Afrique qui l'obtenaient en pratiquant, sur la tète d'un rat ordinaire, une incision dans laquelle on greffait sa queue. Les savants furent assez longtemps dupes de cette surpercherie qui n'avait pas encore été découverte quand le duc d'Orléans écrivait ces lignes. Il n'est pas téméraire de supposer que l'animal nouveau qui motiva la lettre autographe de Geoffroy Saint-Hilaire avait la même origine que le rat à trompe.

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