N'y pensons pas; en avant
Samedi 5 octobre [suite).
Après le départ du courrier le Vautour pour la France et quelques moments passés avec mon hôte, qui n'est pas en belle humeur, et qui, dans une grande robe de chambre brune avec une casquette molle, rappelle beaucoup le successeur de Charles VII, je nîe mets en route accompagné du général Rulhières et du comte Guyot', pour aller visiter quelques fermes européennes dans le cercle de Beni-Mouça.
Jusqu'à Koubba, la roule est déjà décrite. De Koubba au gué de l'Harrach- on traverse encore des cultures, puis des palmiers nains et on entre dans la plaine. Le temps, orageux et à grains, avec intervalles de soleil, produit des efTels vraiment fantastiques sur cette immense plaine entourée de hautes montagnes; des arcsen-ciel de tous les côtés et surtout un grand spectre solaire horizontal, dont je ne comprends pas le phénomène physique, nous occupent, tandis que nous traversons de vastes prairies couvertes de nombreux troupeaux.
Après un pont romain^ et un groupe de sept palmiers, la plaine se remplit de belles fermes indiquées par des bouquets d'arbres superbes et par des orangeries presque toutes de mille pieds autour des habitations. C'est le pays du colon sérieux, des gens qui cultivent et ne font pas d'agiotage. Une cinquantaine de fermes sont habitées, dans ce quartier, par des Européens.
i. Directeur de l'intérieur (administration civile) de l'Algérie.