‹ Récits de campagne, publiés par ses fils le comte de Paris et le duc de ChartresChapitre 36 sur 67 · Le nom de gué de Constantine a prévalu · texte numérisé non relu

Le nom de gué de Constantine a prévalu

3. Ou plutôt un pont turc, sur la route d'Alger à Constantine.

Chaque ferme est d'une contenance d'environ neuf cents hectares, disposés presque toujours circulairement autour d'une orangerie avec une prise d'eau régulière et un bouquet de bois d'à peu près cinquante arpents. Toutes les maisons, entourées d'un fossé et d'un mur, ont un puits qui leur donne de bonne eau, à douze pieds de profondeur. Le pays est parfaitement sain et personne

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n'y a eu la fièvre. Ce point, Boufarik et la Reghaïa, à l'est, sont destinés à devenir les centres de la colonisation européenne dans la Mitidja.

Partout où les colons sont agglomérés, les vols deviennent plus rares et la chouannerie disparait presque complètement. Mais il a fallu beaucoup d'énergie aux premiers Européens aulour desquels les autres sont venus se grouper plus tard. MM. de ïonnac' et Montaigu ont surtout couru de grands dangers, et ont dû montrer bien du courage et de la persévérance pour sauver leurs tètes d'abord et leur fortune ensuite. Ils ont formé le premier noyau et aujourd'hui la milice de la plaine compte quinze cents baïonnettes ou environ quatorze cents familles de cultivateurs

1. A Aïn Khadra, près de Rivet. La ferme de M. de Montaigu était à Haouch- Aïssous et porte encore, croyons-nous, sou nom.

européens. C'est peu, sans doute, mais c'est un commencement, et, le jour où nous aurons vingt-cinq mille âmes européennes dans la Mitidja, la question d'Afrique sera résolue. C'est vers ce but que doivent tendre aujourd'hui tous les efforts : la question est mûre et chaque jour de retard est une nouvelle faute. 11 n'y a pas besoin d'appeler la population, il suffit de placer les gens qui viennent, et c'est ce que l'on ne fait pas : l'administration est en retard pour les concessions et j'ai vu des familles de Picards, gens aisés, qui attendent depuis cinq mois les terres qu'on leur promet.

Le Domaine, lui-même, a peu à donner : des agioteurs ont tout accaparé, et, si l'on ne prend pas de moyens pour les exproprier, dans un désert fécond, on manquera de terre pour les cultivateurs laborieux. Avant la fin de l'année, dix villages devraient être formés, d'abord autour des camps; puis, chez les Bcni-Mouça, plus de cinq cents familles pourraient être placées dans des localités salubres et fertiles.

Mais l'action du gouvernement est indispensable pour produire ce mouvement et le diriger. Il faut surtout se méfier des compagnies qui n'ont ni capitaux, ni capacité, ni probité, et qu'on voit, comme à Clauzelbourg', jeter, pour faire monter leurs actions, deux cents Allemands dans une ferme malsaine, et les y enfermer à clef pendant qu'ils mouraient de la fièvre, de peur que cette nouvelle ne fît tomber les actions ; il a fallu qu'on allât les délivrer de force, et, sur deux cents, cent ont succombé. Avec la paix, des terres à distribuer et quelques premiers secours aux colons, la Mitidja se remplira promptement d'Européens, et le jour où il

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